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Écraser après 50 ans de tabagisme

PSYCHO - Daniel Legault
Photo Ben Pelosse

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Grand fumeur pendant 50 ans, Daniel Legault croyait avoir épuisé tous les recours pour vaincre sa dépendance jusqu’au jour où il a appris qu’il souffrait d’emphysème. En suivant un programme d’abandon du tabac, non seulement il est parvenu à écraser la cigarette pour de bon, mais il a retrouvé le souffle nécessaire pour faire le chemin de Compostelle. 

Fumer comme une cheminée : l’expression aurait pu être inventée pour Daniel Legault tant le tabagisme était ancré dans son quotidien. « La première chose que je faisais le matin, c’était de m’allumer une cigarette. J’en fumais 40 par jour et je ne quittais jamais la maison sans mon paquet », déplore ce fonctionnaire à la retraite de 69 ans. 

Depuis plusieurs années déjà, sa santé déclinait. « J’avais l’impression de pourrir par en dedans. J’étais essoufflé facilement et je toussais comme un damné. Les gens de mon entourage disaient que je devais me prendre en main, mais je les envoyais promener », raconte celui qui a commencé à fumer alors qu’il étudiait au cégep.  

Daniel savait bien que la cigarette lui faisait du tort. À huit reprises, il avait essayé d’arrêter en utilisant divers moyens comme les timbres de nicotine ou un traitement au laser, mais rien à faire. Après quelques mois, voire quelques jours, sa dépendance reprenait le dessus à son grand découragement.

À l’été 2018, plusieurs épisodes de canicule l’acculèrent au pied du mur. « J’étais constamment à bout de souffle. Je marchais quatre rues et j’étais épuisé. » Très inquiet, Daniel s’est présenté à l’hôpital Notre-Dame, où on lui a annoncé qu’il souffrait emphysème, une maladie pulmonaire dégénérative. « Ce fut un gros choc. Je m’attendais à ce qu’un jour on me dise que j’avais un cancer aux poumons, mais pas ça. »

Il a tout de suite songé à sa tante Florence, une grande fumeuse décédée de cette maladie en 2001. « Elle avait passé la dernière année de sa vie accrochée à sa bonbonne d’oxygène. Elle souffrait beaucoup et répétait à toute la famille qu’elle regrettait amèrement de ne pas avoir arrêté de fumer par entêtement. Je ne voulais surtout pas finir mes jours comme elle. »

Se prendre en main

Si l’emphysème ne se guérit pas, il est possible d’en freiner l’évolution, principalement en arrêtant de fumer, lui a signalé le pneumologue. L’hôpital l’a référé au CLSC de Villeray afin de suivre un programme d’abandon du tabac auprès de l’intervenante France Côté. « Aussitôt entré dans son bureau, je me suis senti en confiance. Elle connaissait son affaire. Elle m’a aidé à établir un plan d’action pour les mois à venir. » 

Daniel a d’abord tenu un journal dans lequel il devait consigner chaque cigarette qu’il fumait et décrire les émotions qu’il ressentait. Après quelques jours, il a réalisé qu’il consommait 10 cigarettes pendant la première heure suivant son réveil et qu’il en grillait 40 par jour. « C’était effrayant de constater que je fumais autant, mais il fallait dresser un état des lieux. » En une dizaine de jours, Daniel a réussi à diminuer de 40 à 25 cigarettes quotidiennement. 

Lors de la rencontre suivante, France Côté lui a suggéré de modifier certaines de ses habitudes. Par exemple, plutôt que de déjeuner au resto du coin comme il en avait l’habitude, il pourrait manger dans un autre quartier et s’y rendre à pied. Elle a aussi précisé qu’il devrait laisser ses cigarettes à la maison et ne prendre que des pastilles de nicotine. « Le temps de faire l’aller-retour et de manger, j’en sauvais quatre autres. »

N’empêche, Daniel avait plafonné sa consommation à une vingtaine de cigarettes par jour et l’idée d’abandonner graduellement le démoralisait. Autant arrêter d’un seul coup ! L’homme s’est fixé la date-butoir du 29 octobre 2018. « Durant l’après-midi, j’ai fumé jusqu’à m’en écœurer et je l’ai annoncé à un groupe d’amis pour me compromettre. J’étais tellement fébrile à l’idée de vivre une première journée sans tabac que je n’ai presque pas dormi de la nuit ! »

Libéré d’une dépendance

Les premiers jours d’arrêt ont été plus déroutants que difficiles. « Lorsque je parlais au téléphone, ma main cherchait mon paquet dans l’une de mes poches par simple automatisme. C’est dire à quel point c’était ancré dans mes habitudes. »

Daniel n’a pas eu à attendre longtemps avant d’en ressentir les bienfaits. Quelques semaines plus tard, son souffle était devenu plus régulier. Aussi, il pouvait marcher sur de plus longues distances. Les gens de son entourage ont même remarqué qu’il avait perdu son teint jauni de grand fumeur. 

Trois mois plus tard, Daniel s’est permis de penser à nouveau à un vieux rêve qu’il n’avait jamais pu réaliser : faire le chemin de Compostelle. En partageant son idée à l’équipe du CLSC, on lui a répondu qu’il n’était pas trop tard. La kinésiologue et la nutritionniste du centre lui ont fait un programme de remise en forme et de nutrition. Puis de son propre chef, il s’est mis à marcher de 15 à 25 kilomètres par jour, six fois par semaine. 

Le 25 septembre dernier, Daniel s’est envolé en France pour deux semaines. Depuis le village de Le Puy-en-Velay, près de Lyon, il a emprunté la voie du Puy dans l’espoir d’atteindre la frontière espagnole. Malgré ses efforts, il a dû rebrousser chemin à Conques, après quelques jours de marche. « C’était plus difficile que je ne le croyais. Les dénivelés étaient vraiment importants et je n’étais pas habitué à ça. N’empêche, je suis très fier de moi. Je suis allé jusqu’au bout de mes limites. Pour moi, ce n’était pas faire 10 ou 15 km qui importait, c’était d’avancer. La prochaine fois que je me lancerai un défi, je serai mieux préparé ! »

Nouveau départ

Même s’il lui arrive parfois de ressentir l’envie de fumer, Daniel est convaincu d’avoir pris la bonne décision. « Il a fallu que je touche d’être au fond du baril pour m’arrêter. L’abandon du tabac est confrontant, mais ça vaut le coup. Mes proches et mon fils sont très fiers de moi, ce qui est très important. Surtout, je sens que j’ai retrouvé une énergie nouvelle. Je me sens comme un ado : tout ce que je n’ai pas pu vivre, j’ai envie d’y goûter. »

Cinq trucs pourarrêter de fumer 

Demander les conseils d’un professionnel et recevoir une aide pharmaceutique est beaucoup plus efficace que d’essayer d’arrêter seul, souligne France Côté, intervenante au centre d’abandon du tabagisme au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal. « En accompagnant une personne, on peut l’amener à se poser les bonnes questions pour qu’elle développe une stratégie qui corresponde à ses besoins. Pour réussir, il faut planifier sa sortie du tabagisme parce que la dépendance à la nicotine est très forte. »

  1. Identifier les situations où l’on fume et comprendre ce qui déclenche cette envie. Ex. : Le fait de fumer durant ses pauses avec des collègues pour décompresser. 
  2. Visualiser ces mêmes situations sans cigarette et se demander ce qui pourrait faire obstacle à notre objectif. 
  3. Trouver une stratégie de substitution à ces situations. Ex. : Pendant ses pauses, on peut faire une promenade santé avec des collègues non-fumeurs. 
  4. Procéder par étape. Il est souvent plus facile de diminuer graduellement que d’arrêter d’un seul coup. On peut déterminer des lieux où éviter de fumer, comme la voiture ou la maison. 
  5. Se fixer une date où on écrase définitivement.

Qu’est-ce que l’emphysème ?

Selon l’Association pulmonaire du Québec, l’emphysème est une maladie dégénérative à évolution lente et progressive qui se manifeste par la destruction et la perte d’élasticité du tissu pulmonaire. Le tabagisme est en cause dans 90 % des cas. Il n’existe aucun traitement curatif à cette maladie.