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Hausse inquiétante de l’incidence chez les jeunes hommes

Man hands hold blue Prostate cancer awareness ribbon against the background of the autumn forest. Medicine and healthcare concept, Men's health.
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Le cancer de la prostate est en hausse constante chez les jeunes adultes et ces cancers sont très agressifs et associés à un plus faible taux de survie, rapporte une étude récente.

La plupart des hommes occidentaux sont à haut risque de développer un cancer de la prostate au cours de leur vie. Des études d’autopsie réalisées auprès de personnes décédées de causes autres que le cancer ont montré que le tiers des hommes dans la quarantaine présentent déjà des tumeurs cancéreuses microscopiques au niveau de la prostate (1). Chez environ 1 homme sur six, ces microtumeurs parviendront à atteindre un stade mature, cliniquement détectable, ce qui en fait le cancer le plus fréquemment diagnostiqué et la deuxième cause de mortalité masculine par cancer en Amérique du Nord. 

Cancers précoces

Dans la grande majorité des cas (80 %), les cancers de la prostate sont diagnostiqués chez des hommes âgés de 65 ans et plus, ce qui signifie que l’évolution des microtumeurs prostatiques en cancers matures est très lente et que plusieurs décennies sont nécessaires pour que ce cancer atteigne son apogée. Par contre, cette longue période de latence est remise en question par des données récentes qui montrent que de plus en plus de jeunes hommes sont touchés par le cancer de la prostate : par exemple, une étude a montré que la proportion des hommes qui étaient âgés entre 35-55 ans au moment du diagnostic est passée de 2,3 % entre 1988-91 à 9 % entre 2000-2003, soit une augmentation de 300 % en 20 ans à peine. L’âge médian au moment du diagnostic a également baissé entre 1988 et 2003, passant de 72 à 68 ans.  

Ces observations viennent d’être confirmées par une analyse de l’incidence du cancer de la prostate touchant les adolescents et les jeunes adultes (3). À l’échelle mondiale, les chercheurs ont observé que chez les hommes âgés de 15 à 40 ans, l’incidence de ce cancer avait augmenté de 2 % par année depuis 1990, touchant même dans certains cas extrêmes des adolescents de 17 ans. Cette tendance est inquiétante, car on sait depuis longtemps que les cancers de la prostate qui touchent des hommes de moins de 65 ans sont beaucoup plus agressifs et sont associés à un mauvais pronostic. Ceci a d’ailleurs été observé dans l’étude : aux États-Unis, les hommes dans la tranche d’âge 15-40 ans étaient 6 fois plus susceptibles de présenter des métastases au diagnostic que les hommes plus âgés, et présentaient de moins bons taux de survie à 5 ans. Alors que chez les hommes de 40-80 ans, ce taux de survie atteignait 95-100 % ; il n’était que de 30 % chez les jeunes âgés de 15-24 ans et de 50 % chez les 20-29 ans. 

En somme, non seulement le cancer de la prostate frappe de plus en plus tôt, mais ces cancers précoces sont associés à un plus fort taux de mortalité que les cancers qui se déclarent à des âges plus avancés.

Quelque chose cloche...

Une augmentation aussi soudaine de l’incidence d’un cancer implique nécessairement la participation de certains facteurs du mode de vie moderne. Selon les auteurs, deux des coupables pourraient être l’obésité, un contributeur au développement de plusieurs cancers et qui est connu pour être associé à une hausse du risque de cancer de la prostate agressif, de même que la sédentarité, qui est en forte hausse chez les jeunes. La contribution de produits industriels comme les perturbateurs endocriniens, tel le bisphénol A, est également évoquée, étant donné l’action cancérigène démontrée de ces molécules sur les cellules prostatiques. Chose certaine, l’apparition en bas âge d’un cancer qui ne touche normalement que les personnes beaucoup plus âgées est un signal d’alarme que notre mode de vie actuel peut accélérer de façon extraordinaire l’apparition et le développement de certains cancers comme celui de la prostate. 

(1) Sakr WA et coll.  The frequency of carcinoma and intraepithelial neoplasia of the prostate in young male patients. J. Urol. 1993 ; 150 : 379-85.
(2) Lin DW et coll.  Treatment and survival -outcomes in young men diagnosed with -prostate cancer: a Population-based cohort study. Cancer 2009 ; 115 : 2863-71.
(3) Bleyer A et coll.  Prostate cancer in young men : An emerging young adult and older -adolescent challenge. Cancer, publié en ligne le 25 septembre 2019.