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Cœur de feu et mâchoire d’acier

BOXING-DAVIS-VS-GAMBOA/
Photo Reuters Badou Jack est allé rejoindre Jean Pascal dans son vestiaire après le combat.

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ATLANTA | On venait d’entrer dans le petit vestiaire de Jean Pascal. Avant même que sa famille n’y soit invitée. Quatre journalistes et un caméraman.

Jean Pascal était affalé sur une chaise, les traits marqués, le visage enflé par les coups de Badou Jack, portant un étrange cuissard pastel tirant sur le jaune citron dépendant de l’éclairage. 

À côté de lui Greg Leon, son gérant, tenait une grosse ceinture de la WBC Silver. La ceinture WBA de champion du monde, était posée soigneusement sur les genoux de Pascal.

On est resté une bonne trentaine de secondes sans parler, ce qui pour des journalistes est une éternité après un combat de cette ampleur, de cette intensité.

« Avant de poser des questions, on veut te dire que t’as un cœur de lion. C’est pas croyable ce que t’as fait ce soir», a lancé un des vétérans.

« Le cœur et la mâchoire, ça ne s’enseigne pas », a précisé le champion pour un confrère qui venait de confondre mâchoire et couilles. 

Et après, on a posé les questions habituelles. Pascal semblait serein, les réponses sortaient claires et nettes quand il répétait que Badou Jack ne l’avait pas sonné au douzième. « J’ai hâte de voir la vidéo du combat pour comprendre ce qui s’est passé. Il ne m’a pas vraiment fait mal. Et il me restait encore des forces pour finir le combat en force. Ce que j’ai fait d’ailleurs », de dire Pascal.

Disons que son visage démentait ses propos. Mais on va le croire sur parole.

ENCORE AU LIT À 15 HEURES

Un peu plus tard, Badou Jack est venu rencontrer son vainqueur et ami. Il lui a dit qu’il pensait avoir gagné, mais que c’était tellement serré qu’il acceptait la décision des juges. « En tous les cas, nous sommes deux vrais guerriers », a lancé Badou en se penchant sur Pascal encore assis à la même place.

C’est le champion qui m’a raconté ce que Badou Jack lui avait dit. Quand je l’ai joint un peu avant 15 h hier après-midi, Pascal était encore dans son lit. « Je me repose. Je vais super bien. Pas de mal de tête, rien. Mais l’adrénaline vient de tomber et c’est certain que je ressens la fatigue. Hé ! On a fait douze rounds de boxe non-stop. Et puis, je n’ai plus 20 ans, je le vois à mon visage marqué. Avant, je sortais des combats sans marque. Je vais prendre plusieurs mois de repos. Je vais retourner au gym dans un mois, mais je vais attendre au moins quatre mois avant d’accepter un combat », de dire Pascal.

Il y a la satisfaction du devoir accompli. La griserie de la victoire. Mais il y a aussi le plaisir du showman. 

Et Jean Pascal le reconnaît volontiers. Il adore quand les fans ont droit à un grand spectacle. « Quand est-ce que j’ai livré des combats plates ? », a-t-il demandé avant de se recaler dans son lit.

Il avait un autre point à établir. « Je ne veux pas critiquer, mais ma chute au plancher au douzième round était bien plus une perte d’équilibre qu’autre chose. J’ai revu le tout à la télé et c’est clairement une perte d’équilibre après avoir raté une droite », de dire Pascal.

La voix était bonne, posée, le ton calme. Un homme qui a tout donné dans un grand combat qu’aux États-Unis ont met déjà en nomination pour le titre de combat de l’année.

QUELLE RETRAITE QUAND MÊME !

Ce sacré Jean avait confirmé à toute la presse du Québec qu’il prenait sa retraite. Le 8 décembre 2017 à Miami. Après avoir corrigé sévèrement Ahmed Elbiali.

Depuis qu’il est à la « retraite », Pascal a livré une bataille de cirque à 192 livres avec Steve Bossé et a disputé trois combats de championnat du monde. Contre rien de moins que Dmitry Bivol, défaite en douze rounds, victoire contre Marcus Browne, arrêt de l’arbitre au huitième et victoire serrée contre Badou Jack, deux fois champion du monde. 

Jean Pascal a rarement fait l’unanimité au Québec. Lui qui aime tellement les gens. Mais avec ce combat de lions gagné à Atlanta, il vient de franchir une étape. 

Les médias et les sites américains saluent tous son courage et son sens du ring. 

On prépare déjà la scène pour un très lucratif prochain combat. Jean Pascal vient de se hisser de nouveau parmi les têtes d’affiche des grands réseaux américains. Il y était encore, mais pas dans le top-5. Cette fois, il y est, et Greg Leon aura une marge de manœuvre pour négocier son prochain combat.

Quant aux Québécois, y a-t-il encore un sportif qui ne respecte pas cet incroyable guerrier ?

Si ça se passe au Québec, ça pourrait être Yvon Michel qui serait le co-promoteur. 

Ou Jean Pascal lui-même, qui a sa licence de promoteur, pourrait assurer la partie québécoise de la promotion. Il va finir promoteur de toute façon. 

Ça serait magique : Les Promotions Jean Pascal présentent Jean Pascal... 

DANS LE CALEPIN - Je pars en vacances. Je ne sais pas quand je vais reprendre. Les fefans, reposez-vous bien pendant mon absence. Les autres, continuez d’encourager vos Canadiens. Les p’tits gars font leur gros possible. Mais surtout, je souhaite santé et prospérité à chaque lecteur. Rien de mieux qu’une journée où on se lève heureux et les factures payées. Le café et votre Journal sont alors bien plus savoureux.