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La force d’une mère

La députée Stéphanie Lachance s’est relevée après la mort de deux enfants

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Le 1er octobre 2018, Stéphanie Lachance, photographiée ici au Salon bleu du parlement, a été élue députée caquiste de Bellechasse.

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Après avoir surmonté la mort tragique de ses deux garçons, la députée caquiste de Bellechasse, Stéphanie Lachance, a réalisé un de ses rêves en siégeant à l’Assemblée nationale. Elle a choisi la vie en serrant les rangs avec les autres membres de sa famille.  

Impliquée depuis les débuts de la CAQ, Stéphanie Lachance avait mordu la poussière en 2014, avant de tenter le coup à nouveau à la dernière élection générale. Plusieurs savaient qu’elle avait perdu son fils de 20 ans, Raphaël, assassiné le 26 novembre 2016 alors qu’il se trouvait en Colombie-Britannique.   

Raphaël Bussières, un surdoué au tempérament doux, alors qu’il était jeune adulte.
photo courtoisie
Raphaël Bussières, un surdoué au tempérament doux, alors qu’il était jeune adulte.

Peu de gens savent que c’est la deuxième tragédie qu’elle a dû traverser. Le 22 mai 2002, elle a connu l’horreur une première fois lorsque son bambin de 19 mois, Louis-Étienne, s’est noyé dans la piscine familiale.   

«On avait travaillé dehors toute la journée, on est descendu au sous-sol et, dans les travaux, il y a une porte de cave qui était restée ouverte et on ne s’en était pas rendu compte», raconte l’élue, acceptant de revenir sur le drame pour une première fois.   

«Au moment où on l’a trouvé, tu appelles le 911 et tu es encore dans l’espoir, mais l’ambulance a été très longue à arriver, un bon 20 minutes. Ils l’ont ranimé au CHUL, mais il avait manqué d’oxygène au cerveau.»   

Quatre jours plus tard, le décès a été constaté.   

«C’est tellement gros que tu peux pas croire ce qui se passe. C’est comme si t’étais parachuté, mais en même temps, tu as mal au ventre, tu deviens agressif, c’est un tourbillon. Puis, te dire la colère que tu ressens...»   

Son deuxième garçon, Louis-Étienne Bussières, est décédé par noyade en mai 2002. On le voit avec son grand frère Raphaël, qui l’enlace. Ce dernier a été assassiné lors d’un séjour en Colombie-Britannique à l’âge de 20 ans.
Photo courtoisie
Son deuxième garçon, Louis-Étienne Bussières, est décédé par noyade en mai 2002. On le voit avec son grand frère Raphaël, qui l’enlace. Ce dernier a été assassiné lors d’un séjour en Colombie-Britannique à l’âge de 20 ans.

  

RECOMMENCER MALGRÉ LA PEINE  

Après avoir pris un temps d’arrêt dans le bois pour absorber le choc, elle a senti qu’elle devait recommencer à bouger pour ne pas perdre la raison.   

À son retour au travail, les choses n’étaient plus comme avant.   

«Les gens ne savent plus comment entrer en relation avec toi. Ils ne sourient plus parce qu’ils n’osent pas. Ils n’en parlent pas parce qu’ils n’osent pas.»   

La famille qui ne comptait plus que le jeune Raphaël s’est vite agrandie. Il y a eu Delphine, Florence et Camille, âgées aujourd’hui de 10, 12 et 16 ans.   

«Quand j’étais au cégep, j’avais écrit mes objectifs de vie sur une feuille et sur la première ligne j’avais mis avoir une grosse famille et la 2e ligne, c’était la politique. »   

Pendant que la mère de famille commençait son implication à la CAQ, en siégeant au comité exécutif national, son grand Raphaël, l’aîné devenu adolescent, avait pris l’habitude de passer ses étés dans l’Ouest.   

Le garçon au tempérament doux, tellement talentueux à l’école, avait sauté deux années au primaire. Au secondaire, désireux de jouer au football, il avait compensé son petit gabarit par une grande détermination.   

DESTIN TRAGIQUE  

Mais le soir du 26 novembre 2016, Stéphanie Lachance a été alertée sur Messenger. Un accident grave s’était produit. Elle s’est rendue de toute urgence à Victoria où elle a découvert le drame. Son Raphaël avait été poignardé à la gorge par un itinérant au lourd passé criminel, qui était en libération conditionnelle depuis seulement 48 heures.   

«Je l’ai vu dans son lit et je savais. L’agression a fait en sorte qu’il a manqué d’oxygène au cerveau comme Louis-Étienne dans son état de noyade. Je voyais exactement ce qui s’en venait, je voyais l’enflure au visage», raconte-t-elle, toujours bouleversée.   

Son grand garçon a été débranché deux jours après que son père, Nicolas, fut arrivé à son chevet.    

FAMILLE ANÉANTIE  

Brisés une deuxième fois, elle et son conjoint ont dû revenir au Québec en un temps record pour annoncer la triste nouvelle à leurs filles avant qu’elle ne soit ébruitée dans les médias.   

«Je ne pouvais pas ne pas être là avec mes enfants quand ils l’apprendraient. Florence s’est écroulée et a pleuré pendant une douzaine d’heures.»   

Personnellement, Mme Lachance avait du mal à croire qu’une telle tragédie la frappait à nouveau.   

«Quand j’ai vécu ça, avec Louis-Étienne, je me rappelle, je m’étais dit pour me remonter: “La bonne nouvelle, c’est que je n’aurai plus jamais autant de peine de ma vie.” Et là, c’était pire, parce que t’as tellement de souvenirs avec un enfant de 20 ans, avec qui tu as partagé tant de choses», poursuit-elle avec aplomb.   

Elle dit être «tombée en mode urgence», avec son conjoint, notamment pour leurs filles, qui avaient autant de peine qu’eux. «J’avais pas le choix de vivre», résume-t-elle.   

Le drame étant survenu à l’approche de la période des festivités de Noël, la blessure était encore plus vive.   

«On a passé un temps des Fêtes dans un monde parallèle.»    

Celle qui affiche une force et une détermination impressionnante soutient qu’elle a pu se remettre en marche, graduellement.    

Elle ne savait pas si elle aurait la force de faire campagne en 2018. Le chef François Legault n’a pas cherché à l’influencer. «Il disait: “Comment tu te sens? Si t’as besoin, on va t’aider plus, si t’es pas prête on va t’attendre.”»    

Elle est heureuse aujourd’hui d’avoir atteint un de ses objectifs professionnels en devenant députée.   

MARQUÉE À JAMAIS  

Mais, lucide, elle est consciente qu’une rechute est possible.   

«Trouver ton enfant sous la toile solaire ça te hante longtemps. Je peux encore voir l’image claire dans ma tête comme si c’était hier. Même chose pour Raphaël. [Elle a vu des images de l’agression captées par une caméra de surveillance.] Les cauchemars sont fréquents encore, pour les deux événements, c’est un choc post-traumatique. Je vais le porter toute ma vie, il faut que j’apprenne à vivre avec.»   

Même si le partage de ces souvenirs brise le cœur, elle se tient droite comme un chêne.   

Et elle reste humble lorsqu’on salue son courage exceptionnel, qu’elle dit partager avec son conjoint.   

«Continuer, ça veut dire avancer, profiter des moments qui sont agréables... Chaque bon moment, tu le savoures tellement. »   

Durant l’entrevue, elle se remémore quelque chose que son fils lui disait souvent en observant le rythme effréné de sa mère.   

«Il disait: “La beauté du temps c’est de savoir le prendre.” Alors, je me dis ça, des fois, il faut que je prenne le temps.»   

CONTENT POUR ELLE  

Et d’après elle, que pense son Raphaël, où qu’il soit aujourd’hui, lorsqu’il la regarde, représentant ses milliers de concitoyens de Bellechasse au Salon bleu, en dépit de tout ce qui est arrivé?   

«Il était lui-même un fonceur. Le coach lui avait dit à son arrivée au secondaire: “Si tu veux vraiment et tu persévères, je peux te garder dans l’équipe de football, mais tu vas peut-être être porteur d’eau”. Il avait répondu: “Pas de problème.” Il a toujours bien fini avec les Faucons après trois ans. Ça vient de quelque part, on est bâtis comme ça et on est chanceux. Probablement qu’il est content et qu’il ne s’attend pas à moins de moi», imagine-t-elle.    

Une vie chamboulée  

«T’as l’impression que t’es mort une fois et que tu retombes dans une autre vie, c’est quelque chose de trop gros pour qu’il y ait un fil conducteur entre les événements.»   

«Mon conjoint et moi, on avait des rythmes effrénés. On s’est concentrés sur notre famille, on a travaillé fort dans un projet de rénovation de chalet et on a impliqué nos filles. Quand on travaille dans quelque chose qui nous passionne, on pense moins.»