/opinion/columnists
Navigation

Une présidence bien loin de la normalité

Coup d'oeil sur cet article

Au début d’une année électorale, la question sur toutes les lèvres est habituellement « Qui va gagner ? » En 2020, la réponse dépend d’une question encore plus importante, qui scellera l’issue de l’élection : la présidence Trump est-elle normale ? 

Une réponse affirmative serait de bien mauvais augure pour l’idéal démocratique américain.

Si tout était normal...

Normalement, quand la croissance et la création d’emplois sont favorables et que les militaires américains à l’étranger subissent peu de pertes, un président en exercice a toutes les chances d’être réélu. Cette année, malgré les conditions favorables qui devraient, normalement, lui permettre de voguer vers la victoire, Donald Trump pourrait fort bien perdre en novembre prochain. Il est trop tôt pour faire des prédictions claires parce que, à bien des égards, la présidence de Donald Trump n’est pas normale.

Est-ce normal ?

Est-ce normal d’avoir un président qui enfreint quotidiennement les normes élémentaires de la civilité en insultant outrageusement, voire vicieusement, ses opposants ? Et que dire de son comportement erratique et de ses discours déjantés qui incitent parfois à la violence ? 

Est-ce normal de se moquer des mécanismes constitutionnels de contrôle de l’exécutif et de pousser la dérive autoritaire jusqu’à exiger de ses subordonnés une loyauté entière non pas à la Constitution, mais à sa personne ? Est-ce normal de mépriser les faits et la vérité en servant quotidiennement des mensonges, des faussetés et des « trumperies », de mépriser la règle de droit en insistant sur une immunité totale qui le met à l’abri de toute enquête, poursuite ou mise en accusation ? Est-ce normal de gouverner à sens unique en réservant les faveurs à sa base partisane et aux mieux nantis ? Est-ce normal que le président mette son intérêt politique personnel au-dessus de l’intérêt national ou qu’il fasse profiter ses propres entreprises de sa présidence, tout en cachant ses conflits d’intérêts potentiels en refusant obstinément de dévoiler ses déclarations de revenus ? 

Est-ce normal de jeter par terre le consensus bipartisan sur l’internationalisme libéral qui soutenait le leadership des États-Unis depuis trois quarts de siècle ? 

Aux Américains de juger

J’en passe, et des meilleures. La présidence Trump a déjà passablement amoché les idéaux démocratiques et républicains — dans le sens général et non partisan de ces termes — dont dépend le succès du modèle politique américain. Sa réélection viendrait approfondir les dommages. Au-delà des frontières américaines, la présidence Trump a donné un souffle inespéré à des mouvements d’extrême droite, des nationalistes revanchards et des régimes populistes autoritaires. Sa réélection représenterait une tache indélébile sur les idéaux fondateurs de son pays, qui cesserait définitivement d’être le modèle qu’il a été.

À l’aube de 2020, la grande question demeure de savoir si un nombre suffisant d’Américains jugeront cette présidence « normale », ce qui ouvrirait la porte à une réélection probable de Trump et risquerait d’entraîner le pays et le monde vers des lendemains qui déchantent.