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États-Unis–Iran: quelle étincelle va mettre le feu aux poudres?

États-Unis–Iran: quelle étincelle va mettre le feu aux poudres?
AFP

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Les États-Unis ont assassiné le chef de la Force Al-Qods, chargée des activités militaires et du renseignement à l’étranger du régime iranien. Il a été pulvérisé par des missiles tirés par un drone alors qu’il quittait dans un convoi l’aéroport de Bagdad.  

Depuis l’assassinat de Qassem Soleimani, j’entends constamment dans les médias américains «qu'il l'avait bien mérité» puisqu’il serait responsable de la mort de 6000 soldats américains en Irak. Tiens donc! Ce sont les Américains qui ont envahi l’Irak en 2003 et ont occupé le pays pendant huit ans. Résultat: des centaines de milliers de morts parmi la population civile.  

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, pour justifier l’assassinat de Soleimani, affirme que le général iranien préparait une «action d'envergure» imminente qui menaçait des «centaines de vies américaines». Sur CNN, il n’a pas voulu préciser de quelle menace il s’agissait.   

En 2003, George W. Bush a justifié l’invasion de l’Irak en affirmant que Saddam Hussein avait des armes de destruction massive. Aucune arme de destruction massive n’a été trouvée en Irak. C’était un prétexte mensonger pour justifier cette guerre qui allait déstabiliser le Moyen-Orient pour des décennies à venir.   

Contrairement à Ben Laden et à al-Bagfhadi, Qassem Soleimani n’était pas le chef d’un groupe terroriste, mais un haut responsable militaire du gouvernement de Téhéran. Est-ce que les Iraniens vont considérer qu’ils peuvent maintenant faire la même chose en ciblant de hautes personnalités politiques et militaires américaines?  

Je rappelle que les États-Unis, depuis 20 ans, se sont livrés à des enlèvements, à des assassinats par drone ou autrement et à des détentions illégales dans des «sites noirs» à travers la planète où ils torturaient des prisonniers. Mais rassurez-vous, quand les Américaines ont recours à de telles méthodes, c’est pour une bonne cause. La preuve? Trump vient de gracier un militaire américain condamné pour crime de guerre pour avoir tué des prisonniers sans défense. Trump envisage même de le faire participer à sa campagne électorale.  

Le général Soleimani n’a pas seulement été l’ennemi des États-Unis, mais l’un de leurs principaux alliés dans leur guerre contre l’État islamique. En 2014, se sont les milices irakiennes pro-Téhéran qu’il commandait qui ont bloqué l’avance des djihadistes de l’État islamique sur Bagdad. Sans lui, la capitale irakienne serait tombée. Les forces armées irakiennes, formées et équipées par les États-Unis, s’étaient liquéfiées au premier choc devant les combattants de Daesh et avaient fui en panique.  

Soleimani est mort comme il a vécu. Au service de l’abominable régime des ayatollahs. L’Iran promet une revanche brutale. Les Américains ont fait de lui un héros et un martyr à la fois pour les Iraniens et les Irakiennes.  

«On se réveille dans un monde plus dangereux», dit la ministre française Amélie de Montchalin. Elle a raison. À part satisfaire les plus bas instincts de Trump, je ne vois pas autre chose qui pourrait justifier cet assassinat qui va «enclencher une guerre dévastatrice en Irak», selon le premier ministre démissionnaire irakien, Abdel Mahdi.   

Les Américains risquent de regretter longtemps la catastrophique erreur qu’ils viennent de commettre. Ça ne sera pas la première en Irak. En 2003, ils ont commis la plus grande bêtise géopolitique du début du XXIe en envahissant l’Irak et en abolissant l’armée irakienne. Les États-Unis ont ainsi permis à al-Badghadi de recruter, parmi les militaires sans emploi, des cadres et des combattants aguerris pour encadrer l’armée de l’État islamique.  

Au Moyen-Orient, tout le monde se prépare. Le leader chiite irakien, Moqtada Sadr, a réactivé sa milice anti-américaine. Au Liban, le Hezbollah a affirmé que venger le meurtre de Soleimani était maintenant une «responsabilité» de la «Résistance» dans le monde entier. Au Yémen, les rebelles Houthis pro-iraniens ont appelé à des représailles rapides et directes.  

Les Iraniens vont-ils, à leur tour, dénoncer l’accord sur le nucléaire que Trump a renié en 2018? Le président Hassan Rouhani a indiqué que l'Iran prendrait une nouvelle mesure en violation de l'accord dans les prochains jours.  

La reprise du programme de développement d’armes nucléaires par Téhéran serait un casus belli pour Washington et Israël.