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Fugueuse - la suite: Retrouvailles attendues

série Fugueuse
Photo Chantal Poirier La 2e saison de Fugueuse prend l’antenne de TVA le lundi 6 janvier à 21 h.

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Les carrières de Ludivine Reding et Jean-François Ruel se scindent en deux parties : l’avant-Fugueuse et l’après-Fugueuse. En entrevue au Darling, un café-bar du boulevard Saint-Laurent à Montréal, les deux amis se rappellent avec bonheur le mélange d’excitation et d’insouciance qu’ils éprouvaient à pareille date en 2018, juste avant que 1 600 000 téléspectateurs découvrent la série de Michelle Allen sur l’exploitation sexuelle des jeunes filles. Alors que TVA s’apprête à diffuser la suite, le sentiment est quelque peu différent. « La première saison, j’avais juste hâte, confie Ludivine Reding. Aujourd’hui, j’ai comme peur ! »  

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On comprend l’actrice d’être aussi fébrile. En démystifiant l’univers violent et brutal de l’industrie du sexe au Québec, Fugueuse est devenue un véritable phénomène de société dès son entrée en ondes. Pendant des mois, Ludivine Reding a été submergée de centaines – voire de milliers – de messages de femmes ayant traversé des épreuves semblables. Encore aujourd’hui, elle en reçoit une demi-douzaine chaque semaine.L’histoire de Fanny, cette adolescente de bonne famille qui amorce une longue descente aux enfers après s’être amourachée d’un proxénète prénommé Damien, a également enchanté la critique, récoltant au passage plusieurs nominations aux prix Gémeaux.     

En d’autres termes, la deuxième saison de Fugueuse est attendue.     

« Ce serait un gros mensonge pour moi de dire que je n’y ai jamais pensé pendant qu’on tournait, admet Ludivine Reding au Journal. Ça m’a rendue encore plus critique envers mon travail, envers le show. Parce que j’ai envie qu’on livre quelque chose d’aussi bon. »     

« Il fallait entrer dans le projet avec la même naïveté qu’on avait la première fois, quand on n’avait aucune idée, ajoute-t-elle du même souffle. C’est dur de faire abstraction des attentes, mais on avait tellement une belle équipe de tournage que j’ai réussi à tout oublier. C’est depuis qu’on a terminé que c’est moins évident... »     

Pression  

Pour Jean-François Ruel, anciennement du groupe Dead Obies, qui poursuit depuis une dizaine d’années une carrière de rappeur sous l’alias Yes McCan, la seule pression qu’il a ressentie est celle qu’il s’est lui-même imposée.      

« Dans Fugueuse, je suis un interprète. Quand je recevais les textes, j’avais juste la pression de bien jouer mon rôle. Que ce soit dans un court métrage étudiant ou dans une grosse série comme Fugueuse, c’est la même pression : je capote d’avoir l’air cave ou non. »     

C’est d’ailleurs cette crainte de mal paraître qui l’avait assailli juste avant d’entamer le tournage des premiers épisodes, en 2017. « J’étais rempli de doutes : “Est-ce que je m’en vais jouer la parodie d’un rappeur ? Est-ce que je m’en vais faire Watatatow ?” J’avais peur de perdre ma crédibilité dans l’univers d’où je venais. »      

Finalement, Jean-François Ruel n’avait rien à craindre. Son portrait de Damien, un proxénète/chanteur de hip-hop, s’est tenu loin des clichés. Et rapidement, ce pimp en puissance est devenu le méchant qu’on aimait détester.     

Encore plus de suspense  

Aux dires des interprètes, la suite de Fugueuse tiendra les téléspectateurs en haleine à grands coups de rebondissements. Parue le mois dernier, la bande-annonce semble leur donner raison. Damien, Natacha et Carlo y apparaissent aux côtés d’une nouvelle cuvée de personnages, dont Daisie et Yohan. Quant à Fanny, on sent qu’elle n’a toujours pas réussi à chasser ses démons.     

Une semaine après son arrivée sur internet, le montage de 60 secondes avait généré plus d’un million de visionnements et 3000 commentaires sur Facebook. « C’est dur de parler du show sans brûler de punchs », concède Ludivine Reding.     

Pour sa part, Jean-François Ruel souhaite que Fugueuse serve d’exemple aux auteurs et producteurs télé. « J’espère qu’ils vont continuer à pousser pour créer des séries qui sortent un peu du salon/cuisine. La première saison, on avait des gros chars, on allait dans des clubs... J’aime la fiction pour pouvoir m’échapper. En checkant un film d’alpiniste, je peux vivre plein d’affaires pendant une heure et demie : gravir le mont Everest, perdre une jambe... Et quand j’éteins la télé, je suis safe. C’est ce qui manque au divertissement québécois. »     

Suite inespérée  

La suite de Fugueuse était inespérée. Au départ, la série ne devait durer qu’une seule saison. Mais devant l’engouement du public pour Fanny et compagnie, TVA en a commandé une autre.     

Jean-François Ruel a appris qu’il participerait aux nouveaux épisodes le printemps dernier. « Quand j’ai vu ce que j’avais à faire, j’étais vraiment content, raconte le jeune homme de 28 ans. J’étais content de pouvoir pousser mon rôle encore plus loin. »     

Tout comme son partenaire de jeu, Ludivine Reding n’a pas mis beaucoup de temps à retrouver son personnage. Une fois les premiers coups de manivelle donnés, tout était rentré dans l’ordre.     

« C’est comme si Fanny ne m’avait jamais quittée, soutient l’actrice de 22 ans. Je m’en fais encore parler tous les jours ! Fanny, ce n’est pas moi, mais elle n’est quand même pas loin. J’y ai tellement mis mon corps, mon cœur et mon âme qu’elle est revenue tout de suite. »     

Du tout au tout  

La première saison de Fugueuse « a tout changé » pour Ludivine Reding et Jean-François Ruel. Du jour au lendemain, le Québec en entier connaissait leurs noms et surtout, leurs visages.     

« On a été chanceux d’avoir un réalisateur, un réseau et une boîte de production qui étaient prêts à prendre un risque en engageant des inconnus, souligne Jean-François Ruel. Dans un marché en chamboulements, le monde préfère souvent les trucs safe, les gros noms rentables. »     

« J’étais zéro connue avant Fugueuse, renchérit Ludivine Reding. Quand la série a commencé, dans la rue, les gens me disaient : “Fanny, attention ! Damien est pas loin !” Chaque fois que j’entrais dans un bar, les gens mettaient la toune (Désirée, de Yes McCan, qu’on entend à profusion au cours des dix premiers épisodes). C’était fou ! »     

Effet durable  

Deux ans plus tard, l’effet Fugueuse ne s’est toujours pas dissipé, et Ludivine Reding est toujours aussi reconnaissante d’avoir décroché cet important contrat.     

« C’est le plus beau projet que j’ai fait à date, souligne celle qui s’est également illustrée dans Clash, La dérape et Cerebrum. C’est rare des rôles féminins pour mon âge où t’as autant de choses à jouer. Souvent, t’es juste “la fille de”... Fugueuse m’a donné un élan, un boost de confiance. Ça m’a donné le goût de relever de nouveaux défis.

La saison 2 en 5 points  

La deuxième saison de Fugueuse est entourée d’un épais nuage de mystère. Le premier épisode sera d’ailleurs présenté aux médias lundi, quelques heures seulement avant d’être diffusé à TVA. Le réseau et Encore Télévision, la boîte de production derrière la série, auraient organisé ce visionnement tardif pour éviter qu’un rebondissement majeur impliquant le personnage de Fanny s’ébruite.En entrevue au Journal, Ludivine Reding (Fanny), Jean-François Ruel (Damien) et l’auteure Michelle Allen (Pour Sarah, L’Échappée) ont toutefois accepté de révéler quelques détails du scénario.          

  1. L’action reprend quatre ans plus tard. « Ça tourne autour d’une Fanny qui pense avoir réglé ses affaires, mais qui ne l’a pas vraiment fait », indique Michelle Allen.     
  2. « Quatre ans, ça paraît beaucoup, mais dans la vie de quelqu’un comme Fanny, c’est rien, précise Ludivine Reding. Ce serait irréel de penser qu’après quatre ans, elle s’en est totalement sortie et qu’elle va super bien. Elle avait seulement 16 ans quand c’est arrivé. Elle est troublée. La plaie ne s’est pas encore cicatrisée. »     
  3. La mort d’Ariane (Laurence Latreille) hante toujours Fanny. Ariane avait rendu l’âme en pleine rue, en route pour aller voir un client, après avoir consommé un dangereux cocktail de drogues. « C’est Fanny qui avait présenté Ariane à Carlo et tous les autres, rappelle Michelle Allen. Elle est morte un peu à cause d’elle. »     
  4. Damien sort de prison. Il est désormais père de famille puisque durant son séjour derrière les barreaux, sa copine Joannie (Ève Lemieux) a accouché d’un enfant. « Il a tout perdu : ses acquis, son statut... Il n’a plus rien, sauf une job au salaire minimum trouvée par l’État, révèle Jean-François Ruel. Ses conditions de libération sont sévères. Ça complique sa vie, parce qu’il veut reprendre sa carrière en musique. Il doit faire des choix entre la réhabilitation pure et suivre un peu son instinct. »     
  5. « Je voulais qu’on montre comment Damien s’en sort, ajoute Michelle Allen. Est-ce qu’on peut guérir un pimp ? Est-ce qu’il peut résister aux tentations ? »     
  6. Natacha (Kimberley Laferrière) s’est extirpée des griffes de Carlo. Elle dirige maintenant un salon de massage érotique. « Elle n’a pas quitté la prostitution, mais elle mène ses propres choses », dévoile Ludivine Reding.     
  7. Carlo (Iannicko N’Doua-Légaré) poursuit ses activités et rôde autour de Damien. « Tous les personnages sont ailleurs, sauf Carlo », déclare Ludivine Reding.