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Le monde scolaire s’inquiète

Un directeur suggère la mise sur pied d’une campagne de sensibilisation qui viserait les employeurs

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Le milieu scolaire comprend que le contexte actuel amène de plus en plus de jeunes sur le marché du travail, mais s’inquiète de la pression exercée sur ceux qui sont avant tout des élèves. Un directeur d’école invite même le gouvernement à sensibiliser les employeurs.

Dominic Guévin, directeur du Collège Saint-Bernard de Drummondville, était aux premières loges pour voir cette hausse du nombre de jeunes sur le marché du travail au cours des dernières années.

Il s’inquiète aujourd’hui de la pression causée par le contexte de pénurie de main-d’œuvre, affirmant que très peu d’adultes endureraient l’horaire imposé à certains jeunes.

« L’école est une occupation à temps plein de jour, mais en plus, tu travailles le soir et les fins de semaine ? N’importe qui comme adulte serait à bout après un certain temps, mais il y a une sorte d’acceptabilité sociale qui rend ça normal pour les jeunes », confie le directeur, qui affirme voir un impact sur les résultats de certains élèves. 

Sensibilisation à grande échelle

Ce dernier va jusqu’à souhaiter une intervention du gouvernement dans le débat puisque la pénurie n’ira pas en s’améliorant.

Il invite les intervenants à réfléchir à ce que l’on veut vraiment pour les jeunes.

« Ça va prendre un contrat social pour qu’au Québec, le ministère de l’Éducation dise ouvertement aux entreprises, dans une campagne nationale, que faire travailler un jeune plus de 15 heures par semaine compromet sa réussite », affirme Dominic Guévin. 

« C’est inquiétant, on les voit les impacts. On a des élèves qui travaillent 20 ou même 25 heures par semaine. C’est sûr que la disponibilité pour le travail scolaire n’est pas la même. Et l’énergie en classe n’est pas la même non plus », renchérit Cathy Boudreau, directrice de l’École secondaire Les Etchemins, à Lévis.

Selon un chercheur du groupe ECOBES qui s’est penché sur la question, trop d’entreprises ne seraient pas sensibilisées à l’effet du travail sur la réussite de certains étudiants.

« Certains employeurs sont très aux aguets et actifs dans les écoles. Certains cherchent même les potentiels décrocheurs et approchent le milieu scolaire pour offrir certains emplois qui demandent peu de spécialisation. C’est très inquiétant », souligne Michaël Gaudreault.

Foire d’emploi 

Pour sensibiliser quelques entreprises, le Collège Saint-Bernard a organisé le printemps dernier sa propre foire d’emploi, qui facilitait l’embauche de ses étudiants en vue de l’été.

L’activité permettait également de passer certains messages aux employeurs présents.

« Oui, c’était pour répondre à des besoins d’entreprises de la région et de partenaires d’affaires, mais on voulait aussi que nos jeunes travaillent chez des gens en qui on a confiance. Ç’a permis de les sensibiliser à la réalité du milieu scolaire et ç’a fait réfléchir », indique M. Guévin, qui assure ne pas être contre la conciliation travail-études. 

« J’y crois, au travail. Ça leur donne un sens des responsabilités, une valorisation, une assiduité. [...] Mais ça n’a pas d’allure un jeune qui va à l’école de 8 h 45 à 16 h et qui travaille de 17 h à 23 h. C’est quoi, sa vie ? On essaie seulement de conscientiser les jeunes, mais surtout les employeurs à cette réalité. »