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Joe Biden demeure en tête de la course démocrate

Joe Biden demeure en tête de la course démocrate
AFP

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À moins d’un mois du premier rendez-vous électoral en Iowa, l’ex-vice-président Joe Biden mène encore la course à l’investiture du Parti démocrate, alors que la composition du peloton de tête se précise. Mon classement.  

Il se passe rarement un jour sans qu’un analyste ne prédise l’essoufflement ou la fin de la campagne présidentielle de Joe Biden. Entre autres problèmes, le fait qu’il a été depuis quelques mois mêlé à l’affaire qui a entraîné la mise en accusation formelle (impeachment) du président Trump par la Chambre des représentants aurait pu lui nuire, alors que les doutes circulaient autour de potentiels conflits d’intérêts résultant de la présence de son fils sur le conseil d’administration d’une entreprise gazière ukrainienne. Les sondages nationaux et, de plus en plus, les sondages menés dans les États clés qui démarreront le processus électoral indiquent toutefois que l’avance de Biden dans la course se confirme plutôt que de s’estomper.  

Au plan national, la moyenne des sondages compilée par le site FiveThirtyEight donne 27,5% d’appui à Biden contre 17,7% à Bernie Sanders, 15% à Elizabeth Warren, 7,7% à Pete Buttigieg, 5,1% à Michael Bloomberg, 3,4% à Andrew Yang et 3,2% à Amy Klobuchar. La seule chose dont on puisse être raisonnablement certain est que le gagnant se trouvera parmi ce petit groupe de tête. Voici l'évolution des sondages nationaux selon FiveThirtyEight:  

Si Biden représente la prédiction la plus sure à ce stade-ci, cependant, sa nomination est encore loin d’être une certitude. Une autre mesure utile à la prévision dans une course comme celle-ci est le marché des paris que font les observateurs. À ce chapitre, Joe Biden domine également, mais les probabilités de sa victoire avoisinent les 35%, contre 26% pour Bernie Sanders et 16% pour Elizabeth Warren, ce qui laisse encore beaucoup de place pour la surprise. Voici l'évolution du tableau des parieurs selon le site RealClearPolitics.   

L’ex-vice-président Biden mène aussi assez confortablement la course aux appuis parmi les notables du Parti démocrate. Il a par exemple reçu à ce jour l’appui de 5 sénateurs et 24 représentants au Congrès, contre 11 représentants et un sénateur pour Warren et 5 représentants et un sénateur pour Bernie Sanders. De tels appuis ne sont pas une garantie de succès, surtout à une époque où l’étiquette de représentant de l’establishment d’un parti est un fardeau à porter, mais ces appuis ne sont pas négligeables lorsqu’il s’agit de mobiliser les troupes pour le vote.  

Le talon d’Achille de la campagne de Biden est son retard dans la course aux dollars. Dans ce domaine, il y a bien sûr deux candidats hors-concours: les multimilliardaires Tom Steyer et Michael Bloomberg (dont les fortunes respectives font paraître celle de Donald Trump comme le petit cochon d’un enfant d’école). Selon le décompte des fonds effectué par le Center for Responsive Politics, Bernie Sanders mène de loin la course au financement avec un total de 74 millions $, contre 60 millions $ pour Elizabeth Warren, 51 millions pour Pete Buttigieg, 50 millions pour Tom Steyer et 37 millions pour Joe Biden (les autres suivent loin derrèreà moins de 20 millions $ chacun). Il est possible que les donateurs potentiels de Joe Biden soient suffisamment convaincus de sa victoire aux primaires pour réserver leurs économies à la course finale contre Trump, mais il n’en demeure pas moins que ce manque de fonds pourrait être très dommageable à la campagne de Biden dans les semaines très coûteuses qui précéderont le «Super Mardi».  

Mon classement  

Voici donc mon classement révisé des candidats qui conservent une chance non nulle de remporter l’investiture démocrate, en rappelant qu’il ne s’agit pas ici de préférences mais de prévisions (mon classement du mois dernier est ici).   

1. Joe Biden : Malgré la mauvaise publicité dont il a été (et continuera d’être) l’objet en raison des perceptions de conflits d’intérêts liées aux activités de son fils Hunter, l’ex-vice-président n’a pas perdu d’appui au niveau national. Il a même gagné de précieux points dans les États clés que sont l’Iowa https://projects.fivethirtyeight.com/polls/president-primary-d/iowa/ et le New Hampshire, https://projects.fivethirtyeight.com/polls/president-primary-d/new-hampshire/ où les sondages plus récents indiquent une remontée de sa part qui le place à peu près égalité avec ceux qui le distançaient jusqu’à récemment. Sa performance solide au débat de décembre n’est peut-être pas étrangère au maintien de ses appuis. De plus, son avance considérable sur tous les autres concurrents dans la tranche cruciale de l’électorat démocrate que sont les Afro-Américains ne se dément toujours pas. Finalement, les tensions dans le conflit avec l’Iran donneront probablement un avantage à Biden, en raison de son expérience en politique étrangère et du risque que pourraient représenter ses adversaires moins connus. Ça ne lui nuira pas non plus que plusieurs de ses principaux opposants seront réduits au silence pendant le procès en destitution de Donald Trump.  

2. Bernie Sanders : Le sénateur indépendant du Vermont monte d’un cran. Ses supporters sont manifestement les plus enthousiastes et les plus actifs dans cette course. Son fonds de campagne considérable lui permettra de soutenir un effort de mobilisation important en Iowa et au New Hampshire, tout en gardant suffisamment de fonds pour inonder les ondes des grands États de publicité en prévision du «Super Mardi». Sa base électorale lui est très fidèle, mais la question se pose encore à savoir s’il pourra percer parmi les Afro-Américains et les démocrates modérés dans un champ plus étendu où le vote «anti-establishment» a plusieurs autres options, contrairement à 2016.  

3. Pete Buttigieg : L’ex-maire de South Bend, Indiana, a provoqué une grande surprise en s’accaparant un bloc d’électeurs démocrates relativement fidèles qui n’ont pas hésité à délier les cordons de leurs bourses. Même si je demeure assez sceptique sur ses chances d’emporter l’investiture en raison des perceptions sur son manque d’expérience et parce ses appuis ne décollent toujours pas, surtout parmi les Afro-Américains. Comme Biden, toutefois, il aura l’avantage d’avoir la parole libre pendant le procès de Donald Trump au Sénat. Reste à voir ce qu’il fera de cette occasion de se démarquer.  

4. Amy Klobuchar : Je m’aventure ici en donnant à la sénatrice du Minnesota des chances réelles d’être la candidate surprise qui se révélera à l’électorat national suite aux caucus de l’Iowa. Le premier État à se prononcer est en effet voisin du sien et il est tout à fait possible qu’elle puisse faire une percée chez ces électeurs de ce qu’on appelle communément le «fly-over country» (Buttigieg mise aussi là-dessus, toutefois). Elle représente à la fois un choix de renouveau et une option relativement modérée, mais la marche sera haute pour elle en termes de reconnaissance nationale et de capacité de levée de fonds, d’autant plus qu’elle sera coincée à Wahington pendant le procès en destitution au Sénat.    

5. Elizabeth Warren : La campagne de la sénatrice du Massachussetts commence à s’essouffler. Malgré ce recul, son appui dans les sondages nationaux demeure assez stable. Elle aura toutefois besoin d’un nouveau coup d’éclat et d’une performance hors du commun au prochain débat pour redevenir la meneuse potentielle qu’elle a déjà été.  

6. Michael Bloomberg : L’ex-maire de New York et ex-républicain ferme ce peloton de tête, mais il est en fait assez loin derrière. Même s’il ne participe pas aux tout premiers concours, il a tout misé sur le «Super Mardi» et les dizaines de millions de dollars qu’il consacrera d’ici-là à saturer les ondes de publicité pourraient lui permettre de causer une surprise importante si tous les autres candidats se dégonflent. Il faut aussi s’attendre à ce qu’il ne fasse pas l’objet de grandes attaques de la part des autres meneurs, car le parti aura bien besoin de ses millions à l’approche des élections de novembre.  

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM