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Le roman contemporain avant tout

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L’acteur et animateur Christian Bégin a un mois de janvier bien chargé : le 20, il animera la première édition de La nuit de la déprime, au Théâtre St-Denis, et à partir du 28, il jouera dans Histoire populaire et sensationnelle, à Espace Libre. D’ici là, il nous livre ses coups de coeur littéraires.

Vous vous rappelez avec quel roman vous avez réellement commencé à apprécier la lecture ? 

Avec Gros-Câlin d’Émile Ajar (Romain Gary). C’est la première fois que j’avais l’intime impression de « faire connaissance » avec un auteur et de me sentir personnellement interpellé par l’histoire. Le ludisme, la virtuosité de la langue et l’humanisme impitoyable dont faisait preuve Ajar/Gary m’ont profondément bouleversé.

Aujourd’hui, qu’est-ce que vous aimez lire le plus ? 

Le roman contemporain demeure ma lecture préférée. Mais de plus en plus, la poésie me procure de grandes et indicibles joies ! Jean-Christophe Réhel, Patrice Desbiens, Maude Veilleux, Isabelle Forest, Natasha Kanapé Fontaine pour ne nommer qu’eux. De purs moments d’évasion et de réinterprétation du réel !

Si vous étiez libraire, quels seraient les livres que vous recommanderiez d’emblée ?  

Ouf ! Question impossible à répondre, mais bon...

  • La vie devant soi d’Émile Ajar/Romain Gary. Tout Gary s’y retrouve, dans cette constante oscillation entre l’humour et le drame, la compassion pour la condition humaine et un regard impitoyable sur cette même condition. Un chef-d’œuvre ! Couronné par le Goncourt (son deuxième !) et le début de la controverse Gary/Ajar.
  • L’équilibre du monde de Rohinton Mistry. Une fresque qui happe totalement. Un récit captivant. Une invitation au voyage. L’Inde par tous les pores de la peau, à chaque page tournée !
  • Le lambeau de Philippe Lançon. Le récit terrifiant, poignant, profondément humain et exempt de jugement d’un survivant de l’attentat odieux de Charlie Hebdo. Incontournable !
  • Les tranchées et Les retranchées de Fanny Britt. Parce que Fanny Britt a, à mon sens, un des regards les plus justes et les plus magnifiquement écrits et empreints d’humanisme lucide sur l’état des lieux, sur le monde dans lequel nous tentons de vivre... Un appel à la réflexion et à la remise en question de ce que nous croyons acquis et de ce que nous avons embrassé comme étant le réel et la norme. Une voix indispensable !
  • La route de Cormac McCarthy. Pour cette angoissante odyssée au cœur d’un enfer trop possible. Pour cet hommage à l’amour paternel. Époustouflant ! Terrifiant !
  • Les villes de papier de Dominique Fortier. Pour l’élégance, la finesse, la dentelle de la langue ! Pour avoir découvert à travers ce livre l’œuvre titanesque et fragile d’Emily Dickinson.

Quel a été le dernier roman à avoir réussi à vous river à votre siège -pendant des heures ?  

Ta mort à moi de David Goudreault. Encore une fois, après sa jouissive trilogie de La Bête, David me prend littéralement en otage avec un récit captivant qui témoigne de son incommensurable culture, de son inassouvissable curiosité, de son incontestable amour de l’humain et de ses aspérités, et de sa déroutante et réjouissante capacité à se réinventer. Une invitation à réfléchir sur l’art et sa valeur, voire sa -nécessité. Une remise en question ludique de certaines de nos certitudes. Une mise à mort nécessaire des nouvelles Églises. Absolument jouissif !

Et celui à avoir réussi à vous émouvoir profondément ?

Un homme amoureux de Karl Ove Knausgaard. Une radiographie sans compromis du sentiment amoureux. Tout y est ! J’ai beaucoup pleuré...

Y a-t-il un écrivain que vous regrettez de ne pas avoir découvert plus tôt ? 

J’aurais aimé rencontrer Fanny Britt avant (admettons qu’elle aurait écrit alors que j’avais 20 ans !). Patrice -Desbiens aussi, Patrick Modiano, Annie Ernaux, Emily Dickinson, Marguerite Duras, Nathalie Sarraute, Michel -Houellebecq, Jean Racine, Raymond Carver, Martine Delvaux, Friedrich Nietzsche, Emil Cioran... Je comprendrais peut-être un peu mieux un peu tout... Ou pas du tout...

Vous pouvez nous parler du dernier livre que vous avez choisi d’offrir en cadeau ?

Carnet de parc de Véronique Grenier. Je suis un fan de Véronique Grenier ! Là aussi, après Hiroshimoi et Chenous, une langue singulière, actuelle, métissée, vivante. Une quête. Une valse entre l’ombre et la lumière. Des rires aussi. De la douleur. La vie. Ici et maintenant. 

Qu’est-ce que vous vous promettez de lire durant le temps des Fêtes ?

L’optimisme contre le désespoir de Noam Chomsky. Parce que j’ai besoin de revenir ponctuellement à ce grand penseur et parce que l’optimisme est une subversion ! Et TOUT Raymond Carver ! Parce que lui et moi, bien qu’il soit mort, on a un projet ensemble.