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La colère et la guerre

A crack in the monolith. Iran-United States relations
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Plus les heures passent, plus les déclarations des dirigeants américains et iraniens deviennent irrationnelles.  

Samedi, Donald Trump a twitté avec colère qu’en cas de riposte iranienne contre l’assassinat du général Soleimani, les États-Unis attaqueraient 52 sites iraniens, dont des sites culturels.   

Les Iraniens ont répondu, avec raison, que l’attaque de sites culturels constituait un crime de guerre. En effet, rien ne saurait justifier la destruction de tels sites, sauf s’ils camouflent des installations militaires vitales.    

Plus graves, les déclarations de Trump lui ôtent beaucoup de flexibilité. Toute attaque iranienne prouvée contre des intérêts américains entraînera une riposte quasi automatique sur 52 cibles iraniennes. L’escalade vers la guerre ouverte sera alors pratiquement inévitable.    

  • ÉCOUTEZ la chronique politique de Loïc Tassé:  

C’est que les attaques aériennes ne fonctionnent pas vraiment. Les populations finissent par s’habituer aux raids aériens. Ceux-ci peuvent même renforcer la détermination de l’ennemi.   

Déclarations surprenantes  

Les autorités iraniennes font des déclarations tout aussi surprenantes. Hier, un général iranien affirmait que les États-Unis n’oseraient pas attaquer le territoire iranien. Il ajoutait que l’armée iranienne allait viser une cible miliaire américaine. Ensuite, disait-il encore, l’armée iranienne arrêtera ses actions, parce que l’Iran ne veut pas la guerre avec les États-Unis.   

Rien ne permet de penser que Trump ne répondrait pas à une telle attaque. Au contraire, la parole de Trump auprès de ses partisans est engagée. S’en dédire lui serait reproché pendant la campagne présidentielle.   

Mais la colère obscurcit la raison des dirigeants iraniens. Hier, au parlement iranien, les députés se sont levés et ils ont unanimement scandé « mort à l’Amérique ».    

Problème qui persiste  

Le fond du problème iranien demeure non résolu depuis le renversement du shah en 1979. Les États-Unis refusent d’avoir perdu leur influence dans le pays. Le régime totalitaire religieux qui s’est installé en Iran menace plusieurs pays de la région, dont Israël. Le régime iranien poursuit sa marche vers l’acquisition d’un armement atomique. Au mieux, les accords de 2015 auraient ralenti ce mouvement.   

Comme toujours, Trump met le doigt sur un problème réel, mais ses solutions risquent d’être pires que le problème qu’il veut régler.   

Que l’armée américaine puisse détruire l’armée iranienne, Israël et l’Arabie saoudite trépignent de joie à cette idée. Mais après, qu’arrivera-t-il ?   

L’expérience récente de l’Afghanistan et de l’Irak montre que les États-Unis sont incapables de demeurer sur le terrain. Elle montre aussi que les guerres modernes de cette envergure coûtent des sommes faramineuses qui font mal à l’économie américaine.    

Attaquer l’Iran, c’est à terme rehausser le sentiment anti-américain dans le monde musulman et ouvrir la porte à davantage de terrorisme. C’est accélérer le développement de l’armement nucléaire.    

Ne rien faire, c’est aussi risquer que l’Iran se dote de l’armement nucléaire, et inciter les autres pays de la région à s’engager davantage dans cette voie.    

Pourtant, le régime étouffe. Sans les actions brutales des États-Unis dans la région, actions qui ravivent sans cesse le nationalisme iranien, il serait probablement tombé depuis longtemps.   

Les États-Unis et l’Iran récoltent les fruits amers des politiques que leurs gouvernements mènent depuis des décennies. Plus les dirigeants des deux pays s’entêtent dans leur colère, plus la guerre se rapproche.

«Colère», l’Iliade commence par ce mot.