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De François Girard à Roman Polanski

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Si j’associe ces deux réalisateurs, c’est qu’il y a des points communs entre Le chant des noms, dernier film de Girard, et J’accuse, le film de Polanski qui fait salle comble en France et qu’on devrait bientôt voir au Québec.

La dernière allégation de viol lancée contre Polanski et la manifestation qui a perturbé la première du film à Paris n’ont pas ralenti les ardeurs du public français. C’est heureux, car J’accuse est un film d’exception, l’un des plus achevés de Polanski.

J’accuse, qui raconte la malheureuse affaire Dreyfus, capitaine d’origine juive qu’on avait faussement accusé d’espionnage, est à l’affiche au moment où il y a en France une remontée de l’antisémitisme. Au point où des amis juifs, nés en France, songent à quitter Paris pour finir leurs jours en Israël.

UN FILM QUI ARRIVE À PROPOS

Si J’accuse arrive à propos, c’est moins le cas pour le film de Girard. Même si le scénario ne concerne pas directement la Shoah, l’intrigue du Chant des noms se déroule sur fond de Shoah, un sujet surexploité s’il en est. 

Le chant des noms raconte l’histoire d’un jeune violoniste prodige d’origine polonaise, Dovidl Rapoport (Clive Owen), qui abandonne abruptement sa famille londonienne d’adoption en 1951. Il disparaît juste avant le concert qui devait lancer sa carrière. 

Des décennies plus tard, Martin (Tim Roth), son ami d’enfance, part à sa recherche. Vers la fin de sa quête, on assiste à une scène qui vaut le film à elle seule. Un rabbin (interprété par le célèbre chantre new-yorkais Daniel Mutlu) psalmodie les noms des juifs exterminés à Treblinka. Il faudrait avoir un cœur de pierre pour ne pas s’émouvoir aux larmes.

Dommage que ce soit l’un des rares moments d’émotion du film. Girard a pris garde de ne pas tomber dans le mélo, mais de là à tenir l’émotion en laisse à ce point, c’est assez frustrant. Même d’aussi bons acteurs que Roth et Owen restent sur leur quant-à-soi. Heureusement qu’il y a la musique d’Howard Shore.

LE MEILLEUR FILM DE POLANSKI

Dans J’accuse, Polanski prend soin aussi ne pas tomber dans l’émotion. Le scénario du film est si bien ficelé et l’histoire du capitaine Dreyfus tellement révoltante qu’on oublie l’émotion pour serrer les poings et fulminer contre l’injustice flagrante dont font preuve l’armée et le gouvernement français. 

Même l’écrivain Émile Zola, qui avait eu le courage de prendre la défense de l’officier juif, est condamné en cour.

Le film ayant été tourné en décors naturels – chose de plus en plus rare –, il est d’un réalisme sans pareil. La caméra nous promène dans des lieux aussi spectaculaires que le château de Versailles, l’ancien palais de justice de l’île Saint-Louis et nombre d’hôtels particuliers. 

Quel plaisir pour les yeux que ces costumes, ces véhicules et ces objets d’époque, filmés presque en demi-teinte, comme pour laisser toute la place au drame et au jeu des acteurs ! Ils sont tous remarquables, d’ailleurs, mais Jean Dujardin dans le rôle du lieutenant-colonel Picquart est impérial.

Si vous n’avez pas encore vu Le chant des noms, courez le voir, mais ne manquez pas J’accuse. Deux films qui prouvent à quel point le cinéma traditionnel garde un charme fou.