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Épuisés, les propriétaires de l’Épicerie J.A. Moisan vendent leurs actifs

L’établissement va réduire sa superficie et recentrer sa vocation

Épuisés, les propriétaires de l’Épicerie J.A. Moisan vendent leurs actifs
Photo Stevens LeBlanc

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Poussés à la retraite par un compte de taxes qu’ils trouvent éreintant et par les difficultés de recrutement, les propriétaires de la légendaire épicerie J.A. Moisan, à Québec, ont décidé de s’en départir.

Après 21 ans à la barre de l’entreprise, Clément St-Laurent, son épouse Nathalie Deraspe et son frère François, ont vendu pour près de 1,5 million de dollars l’immeuble de la rue Saint-Jean qui abrite la plus vieille épicerie en Amérique du Nord, mais aussi une auberge de quatre chambres, montre un acte notarié consulté par Le Journal.

Clément St-Laurent reconnaît que l’âge de la retraite approchait pour le trio, mais l’augmentation de l’impôt foncier et d’autres taxes n’en demeure pas moins un facteur « déterminant » selon lui.

La nouvelle propriétaire de l'épicerie, Donna Willett, est entourée de Clément St-Laurent, Nathalie Desraspe et François St-Laurent.
Photo Stevens Leblanc
La nouvelle propriétaire de l'épicerie, Donna Willett, est entourée de Clément St-Laurent, Nathalie Desraspe et François St-Laurent.

« Je suis parti à 18 000 piastres de taxes [il y a 15 ans], et je suis rendu à 50 000 $. [...] Je ne suis pas millionnaire ni milliardaire, il y a une erreur quelque part », lance-t-il.

Fatigue

Il soutient que J.A. Moisan ne pouvait plus assumer les salaires qui permettent d’assurer un personnel stable et hautement qualifié. Les patrons devaient s’impliquer davantage dans la gestion quotidienne. La fatigue se faisait sentir.

L’installation d’une pancarte disant que « tout doit être vendu » a inquiété tant les employés que la clientèle, lundi.

L’épicerie fondée par Jean-Alfred Moisan en 1871 « ne va pas disparaître, elle va changer un petit peu », a voulu rassurer, mardi, celle qui succédera aux proprios actuels, Donna Willett, une femme d’affaires gaspésienne qui dit réaliser un rêve en devenant commerçante dans le Vieux-Québec.

Épuisés, les propriétaires de l’Épicerie J.A. Moisan vendent leurs actifs
Photo Stevens Leblanc

« On doit rénover, on veut apporter des améliorations et insuffler une nouvelle vie, tout en respectant le cachet », explique la femme de 51 ans, qui se lance dans l’aventure avec un partenaire financier néo-écossais.

Parce que « les coûts sont très élevés à Québec », elle veut réduire de moitié la superficie de l’épicerie et recentrer sa vocation sur les produits du terroir. Le petit café va survivre à la transition et un autre commerce emménagera dans l’espace libéré.

Travaux de rénovation

Contrairement au bâtiment construit en 1850, la vente de l’épicerie n’est pas encore conclue, mais devrait l’être d’ici quelques semaines.

La mythique enseigne devrait fermer à la fin de l’hiver pour réaliser d’importants travaux de rénovation, puis rouvrir en mai. Surtout, elle conservera son nom.

« L’annonce a été un choc »

Une quinzaine de travailleurs perdent leur emploi, mais devraient pouvoir en retrouver un sous la nouvelle administration.

« L’annonce a été un choc. La première nuit, je n’ai pas dormi, mais on a rencontré la nouvelle propriétaire et elle a de bonnes idées. Aujourd’hui, je suis rassurée », estime Ljiljana Ikic, une employée fidèle depuis 23 ans, après avoir fui la guerre en ex-Yougoslavie et trouvé refuge au Québec.

Heureux que l’épicerie J.A. Moisan demeure ouverte, un client habitué, Frédéric Poisson, dit demeurer préoccupé par l’avenir de l’avenue commerçante.

« Il y a un message à passer, je pense, à la Ville : si vous voulez que ça tienne, il faut peut-être ajuster les taxes », croit-il.

— Avec la collaboration de Philippe Langlois, Agence QMI