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«Le Fantôme de l’Opéra»: somptueux même sans artifices

«Le Fantôme de l’Opéra»: somptueux même sans artifices
Photo Agence QMI, Mario Beauregard

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MONTRÉAL | Nul besoin de grands artifices pour conférer de l’apparat à un spectacle musical. Dans sa version chantée en français, Le Fantôme de l’Opéra envoûte avec peu, mais ne manque pas de richesse et de clinquant.

L’impétueux fantôme et son visage à demi-masqué (Hugo Laporte), la douce Christine, objet de sa convoitise (Anne-Marine Suire), le doux Raoul (Michaël Girard), la vaniteuse Carlotta (Frédérike Bédard) et tout le reste de la peuplade de la célèbre histoire du romancier français Gaston Leroux se dévoilaient en première dans un Théâtre St-Denis qu’on avait rarement vu aussi endimanché, mercredi.

«Le Fantôme de l’Opéra»: somptueux même sans artifices
Photo Agence QMI, Mario Beauregard

Car Le Fantôme de l’Opéra n’incarne pas la modestie. Il personnifie plutôt la gloire de l’Opéra de Paris de 1881, le luxe et l’élégance de l’aristocratie. Tout y brille et y scintille, comme ce fameux chandelier, majestueux, emblématique de la fresque amoureuse, hissé haut dès le premier segment, qui surplombe cette romance à trois, sans lequel Le Fantôme de l’Opéra ne saurait exister.

Opulence

Pas exactement dépouillée avec ses 40 musiciens de l’Orchestre Azimut et sa vingtaine de chanteurs costumés, cette relecture – en français pour la première fois – du Fantôme de l’Opéra, mitonnée par Spectra Musique, ne se fonde essentiellement que sur les voix de ses interprètes pour émouvoir, transporter et faire revivre ce grand songe romantique: celui du fantôme solitaire et menaçant errant dans les souterrains de l’Opéra de Paris, entiché de la chanteuse Christine Daaé, déjà promise à Raoul, mais pas insensible au mystère émanant du curieux locataire.

Et l’opulence, la somptuosité du récit n’est pourtant aucunement affectée par l’absence de fioritures.

Une comédie musicale classique, dotée d’un imposant décor et de fréquents déplacements, aurait-elle mieux rendu l’émotion et le faste de ce «Fantôme...» qui traverse les âges?

«Le Fantôme de l’Opéra»: somptueux même sans artifices
Photo Agence QMI, Mario Beauregard

Peut-être, répondraient possiblement les habitués de l’œuvre, familiers avec l’univers distinct de la fresque, ses passages sombres et les facéties du personnage-titre. Les indications tracées au crayon situant les saynètes («Les coulisses de l’opéra», par exemple) ne rassasieront sans doute pas les amoureux de l’opus mis en musique par Andrew LIoyd Webber pour la première fois en 1986, et en mots par Charles Hart et Richard Stilgoe.

Mais la proposition qui nous occupe ici sait exister indépendamment des déclinaisons antérieures du «Fantôme...» et en rend généralement bien l’essence.

Inventif

Habile, la mise en scène d’Étienne Cousineau, qui travaillait dans le cadre restreint d’une mouture «concert», est inventive.

Répartis – et collés serré – sur leur plateforme, au sommet de l’escalier élargi qui distingue la scène en étages, les instrumentistes dirigés par le chef Dany Wiseman agissent comme gardiens des échanges entre les principaux protagonistes.

Les acteurs-chanteurs, valsant entre les micros dressés devant eux, dans des chorégraphies de Maud Saint-Germain, arrivent à rendre les enjeux de leurs alter ego avec aplomb, même s’ils ne jouent pas à proprement parler. Leurs voix sont aussi puissantes qu’impressionnantes et, si des spectateurs leur ont reproché de marmonner leurs paroles, mercredi, ce Fantôme de l’Opéra révèle de grands talents vocaux.

«Le Fantôme de l’Opéra»: somptueux même sans artifices
Photo Agence QMI, Mario Beauregard

Certains des costumes créés par Sylvain Genois, comme ceux du tableau de la Mascarade, au retour de l’entracte, sont de véritables bijoux.

Qui plus est, la traduction des textes de cette production-fleuve de 2 h 50 avec entracte est efficace, et on n’aura pas besoin d’avoir souvent baigné derrière le rideau de l’institution parisienne en vedette pour sourire aux accords, reconnaissables entre mille, de la chanson-titre du Fantôme de l’Opéra, à mi-chemin de la première partie.

Le Fantôme de l’Opéra tiendra l’affiche du Théâtre St-Denis jusqu’au 12 janvier, puis du 23 au 26 janvier, et du Grand Théâtre de Québec du 17 au 19 janvier.