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Celui par qui tout le bien arrive

Celui par qui tout le bien arrive
AFP

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L’habitude de Donald Trump de s’attribuer le crédit pour tout ce qui va bien dans son pays en évitant soigneusement de prendre le blâme pour ce qui va moins bien serait comique si elle n’était pas parfois si pathétique.

Le fil Twitter de Donald Trump est vraiment une source inépuisable d’information sur la nature du personnage qui occupe présentement le rôle qu’on désignait à une autre époque comme celui de «leader du monde libre». Ce matin, il annonce avec fierté que, grâce à son administration, le taux de mortalité due au cancer a chuté à un taux historiquement bas. 

Cette affirmation vient d’une étude publiée mercredi par la Société américaine du Cancer, qui rapporte effectivement que le taux de mortalité due au cancer a atteint un plancher historique. Le hic, c’est que la même chose était vraie à chaque année depuis une bonne vingtaine d’année, puisque le taux est en baisse constante depuis environ 1990. Ce qui est encore plus comique st le fait que les données rapportées par l’étude sont celles de 2016-2017, alors que Trump est arrivé en poste en janvier 2017. Si un président pouvait s’attribuer le crédit pour la chute record enregistrée entre 2016 et 2017, ce serait son prédécesseur.

Évidemment, ce n’est pas le seul exemple de telles déclarations. Trump ne manque jamais de souligner que les indices boursiers ont atteint des niveaux record pendant son administration (tout comme pendant l’administration précédente et plusieurs autres administrations avant cela). Le nombre d’emplois est plus élevé que jamais (il suit la population). Le chômage a baissé pendant son administration (suivant une tendance amorcée pendant l’administration précédente). Les dépenses militaires sont à un niveau record (battant le record du président précédent, qui lui-même avait vraisemblablement battu celui établi par son prédécesseur). 

La tendance ne se limite pas aux statistiques. Trump s’attribue régulièrement des succès législatifs qui reviennent à son ou à ses prédécesseurs. Par exemple, Trump affirmait récemment qu’un de ses plus grands honneurs en tant que président avait été de signer une loi améliorant l’accès aux soins de santé pour les anciens combattants. 

En fait, la loi qu’il a signée en 2018 faisait des modifications mineures à une loi signée par Barack Obama en 2014.  

Quelques autres exemples? En novembre, il se donnait le crédit pour l’ouverture d’une usine d’Apple qui est en opération depuis 2013. Il s’est aussi donné le crédit pour l’émission d’une pièce commémorative du centenaire du vote des femmes (depuis 1920), en demandant, le plus sérieusement du monde, pourquoi ça n’avait pas été fait longtemps avant. Il s’est aussi donné le crédit pour la construction de barrières frontalières érigées par l’administration Obama. Encore mieux, il s’est félicité au début de l’année de voir entrer au Congrès un nombre record de femmes (il avait raison, cette fois, car c’est bien grâce à lui que toutes ces nouvelles femmes démocrates ont été élues en novembre 2018).

Ce qui arrive aussi régulièrement est de voir Trump se donner le crédit pour avoir «réglé» un problème qu’il a créé lui-même, comme il l’a fait au sujet des séparations de familles à la frontière. Il n’hésitera sans doute pas non plus à se vanter pour chaque période d’accalmie qui surviendra dans la crise actuelle entre les États-Unis et l’Iran, qu’il a lui-même contribué à créer en reniant l’accord nucléaire conclu par son prédécesseur.

À propos, si vous trouvez un exemple où Donald Trump prend le blâme pour quoi que ce soit, faites-moi signe.