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Demain, la guerre?

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L’étrange théâtre militaire et diplomatique entre les États-Unis et l’Iran a inspiré pendant quelques heures une peur immense à ceux qui voyaient se dessiner un conflit entre ces deux pays. On y trouvait aussi une forme de fascination apocalyptique.

Le philosophe Roger Caillois l’avait noté de manière perspicace : l’homme porte en lui le désir de la catastrophe. Il est tenté par l’abîme. Quelques heures plus tard, il semble toutefois que nous soyons, selon le mot du jour, sur le chemin de la désescalade. Le monde ne s’embrasera pas.

De manière caricaturale, certains voulaient voir Trump sous les traits de Néron, à la manière d’un empereur dément engageant la planète dans une spirale destructrice. Il semble bien que ce ne soit pas son intention. À tort ou à raison, il a éliminé un ennemi, mais il ne semble pas vouloir forcer un changement de régime à Téhéran. Malgré ses rodomontades, il ne sonne pas la charge.

Trump

On ne le confondra pas avec les théoriciens néoconservateurs proprets des années Bush fils, qui, sans l’exubérance clownesque de Trump, voulaient démocratiser les pays du Moyen-Orient en les bombardant. Le monde paie encore le prix de l’invasion de l’Irak.

Sans le moindre doute, le régime des mollahs qui domine l’Iran depuis 1979 est abject et doit être condamné. Il l’est d’autant plus qu’il s’est abattu sur un pays qui n’a rien d’une construction artificielle, comme c’est souvent le cas au Moyen-Orient. Il écrase avec sa rigidité idéologique abrutissante une civilisation subtile, brillante et un peuple qui, au fil des ans, a cherché à se révolter contre la clique tyrannique qui l’écrase.

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

On aurait tort, toutefois, de vouloir provoquer militairement sa chute. La prudence devrait nous inspirer.

Le monde dans lequel nous entrons ne ressemble en rien à celui de la Guerre froide. Il n’est pas divisé entre deux grands blocs prétendant se partager la planète en plantant partout leur drapeau. Il ne ressemble pas non plus au fantasme d’un monde unipolaire dominé par les États-Unis.

Nous assistons plutôt au retour de puissances régionales, qui s’inscrivent souvent dans l’histoire longue de vieux empires. C’est le cas avec la Chine, la Turquie et la Russie. C’est aussi le cas avec l’Iran. Aucun de ces pays ne prétend dominer seul la planète, mais chacun veut dominer ou peser lourdement dans son coin du monde.

Naturellement, leur tentation hégémonique doit être contenue.

Iran

Chose certaine, nous ne vivrons jamais sur Terre sous le règne de la paix perpétuelle. La guerre est une possibilité inscrite dans l’ordre international et, plus fondamentalement, dans la nature humaine. Il arrive qu’elle soit nécessaire. Elle est toujours dévastatrice.

Les dirigeants doivent quelquefois bomber le torse et tirer quelques missiles pour sauver la face devant leur peuple et la communauté internationale. Ils ne doivent toutefois pas confondre leurs hurlements scénarisés et scandalisés et le véritable basculement vers la guerre. On y entre plus aisément qu’on en sort.