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Gabriel Matzneff : mieux vaut tard que jamais?

Gabriel Matzneff
AFP Gabriel Matzneff

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Gabriel Matzneff, l’octogénaire écrivain français est enfin précipité au bas de son piédestal de trop longue date par le livre-témoignage percutant d’une de ses nombreuses victimes, l’auteure et directrice des Éditions Julliard, Vanessa Springora.  

Pendant des décennies, Matzneff, sous couvert de ce qu’il appelle faussement des rapports «amoureux», a agressé sexuellement des filles et des garçons mineurs, parfois même de très jeunes enfants, tout en en faisant ouvertement le récit dans ses propres livres et entrevues.  

Porter aux nues pendant tout ce temps-là par le très puissant milieu littéraire français, ceux qui, aujourd’hui, sous le coup de massue du livre de Mme Springora, reconnaissent enfin qu’il s’agit bel et bien ici de comportements pédophiles, donc, criminels, se cachent néanmoins derrière une justification qui ne repose que sur du vent.  

Soit que toute cette complaisance envers Matzneff ne serait que le produit des séquelles de Mai 68, l’époque rebelle connue pour sa maxime libertaire «Il est interdit d’interdire».  

Or, comme je l’expliquais ici, cette «explication» est fausse. De fait, la pédophilie est un crime qui ne connaît ni époque, ni classe sociale, ni frontière. Incluant à notre propre époque où l’internet et le «tourisme sexuel» vont même jusqu’à multiplier les pédophiles de par le monde.  

Dans cette nouvelle prise de conscience face à Matzneff, il ne faudrait donc surtout pas oublier qu’il en est un parmi des milliers d’autres. Bref, que le «cas» Matzness est gravissime en soi tout comme le sont tous les autres cas de pédophilie à travers le monde.  

Quant à Matzneff lui-même, non seulement ses grands défenseurs du milieu littéraire français lui tournent enfin le dos, des maisons d’édition refusent aussi de publier ses livres ou de les commercialiser, une enquête préliminaire est également ouverte en France sur Matzneff – enfin -, pour viols sur des mineurs de moins de 15 ans.  

Comme le rapportait l’AFP : «Cette enquête pour «viols commis sur mineur» de moins de 15 ans a été confiée à l’Office central de répression des violences faites aux personnes (OCRVP), a annoncé le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz. Au-delà des faits décrits par Vanessa Springora», elle s’attachera «à identifier toutes autres victimes éventuelles ayant pu subir des infractions de même nature sur le territoire national ou à l’étranger», a précisé M. Heitz.»   

Tout cela est juste.  

La vraie question se pose encore et néanmoins de plus en plus fortement : comment se fait-il que Matzneff ait pu agresser des mineurs pendant des décennies et le raconter en même temps de manière très publique, le tout en étant encensé par le milieu littéraire et n’étant JAMAIS enquêté au criminel?  

Et surtout, qu’on ne nous lance plus «mai 68» comme excuse aussi pathétique que fausse.  

Car, la pédophilie reste ce qu’elle est : un crime dont le carburant, contrairement à ce qu’en dit Matzneff, n’est pas la «séduction», mais un abus incessant de contrôle et de pouvoir sur une personne vulnérable de par son jeune âge.  

Les levées actuelles de bouliers contre Matzneff arrivent certes tard, très, très tard. Plusieurs sont mêmes d’une hypocrisie sidérante, mais elles ont tout au moins le mérite d’arriver. Enfin.  

C’est pourquoi nous n’assistons pas à ce que certains ont néanmoins eu le culot de qualifier de «lynchage public», mais bel et bien à un moment collectif salvateur de lucidité et de justice.  

Addendum :  

Voilà aussi que Le Parisien rapporte ceci :   

«C'est une adresse de rêve pour un appartement HLM, niché dans un joli petit immeuble ancien d'une ruelle tranquille du quartier Latin (Ve), au cœur de Paris. Depuis 26 ans, Gabriel Matzneff, l’écrivain poursuivi pour « viol sur la personne d'un mineur de 15 ans » à la suite de la publication la semaine dernière du livre de Vanessa Springora, « Le consentement », habite un logement HLM de la ville de Paris.  

Le logement, d'une superficie de 34 m2, géré par le bailleur social Elogie Siemp, est loué 348 euros par mois – un loyer que la ville de Paris confirme du bout des lèvres : « 34 m2 dans la catégorie PLI (logement dit intermédiaire), c'est du 10€ le m2 sans les charges ». Situé rue Maître-Albert, entre les quais, la rue de Bièvre (où habitait François Mitterrand) et le boulevard Saint-Germain, le studio, au premier étage, donne sur rue et sur une petite cour silencieuse et pavée. (...)  

L'arrivée de l'écrivain dans cette HLM date de 1994. Rien d'illégal dans l'obtention de son logement si ce n'est que les conditions de son attribution posent question. Matzneff n'a pas attendu des années pour avoir un logement comme les autres Parisiens.  

Il y a eu des interventions en haut lieu, sous la mandature Chirac », détaille une source proche du dossier. Tout comme l'auteur avait fait des pieds et des mains pour faire intervenir des élus et un ministre dans l' attribution d'une bourse du Conseil national du livre (CNL) à laquelle il n'avait plus droit.  

« C'est Jean Tiberi, alors maire du Ve arrondissement, bras droit de Chirac, pilier du RPR, qui s'en est lui-même occupé », poursuit cette source.  

« Il ne lui a pas trouvé pas un appartement dans une barre de la porte de la Chapelle avec vue sur le périph», ironise Jean-Baptiste Eyraud du DAL (Droit au logement) qui rappelle en passant qu'à Paris «il y a 130 000 demandeurs de logement en souffrance». (...)  

Cette HLM de luxe a, depuis, échappé à tout contrôle. Si les revenus de l'écrivain semblent très modestes ces dernières années, pendant ces 25 ans, il ne lui a jamais été demandé, comme aux autres locataires de HLM classiques, de justifier de ses ressources, y compris l'année où il a gagné le prix Renaudot. Il n'a pas non plus été assujetti au supplément de loyer.  

Aujourd'hui, la municipalité socialiste « aimerait bien le virer », lâche une source à l'Hôtel de ville. Mais Gabriel Matzeff a plus de 65 ans (il a 83 ans) et de faibles ressources, et ce serait illégal.  

Contacté ce jeudi, Jean Tiberi, l'ancien maire RPR du Ve, qui « a connu Matzneff », dit ne « pas bien se souvenir » de son intervention mais « c'est possible. Ça me dit quelque chose ». Dominique Tiberi, son fils, « horrifié par l'affaire Matzneff », ajoute : « Mon père est intervenu pour tellement de personnes ! ».  

Vingt ans plus tard, en 2014, dans ce petit monde du Ve arrondissement tenu par la famille Tiberi, lors des municipales à Paris, Gabriel Matzneff a procédé à ce qui pourrait ressembler à un « renvoi d'ascenseur ». « Ça m'avait fait plaisir », avoue le fils Tiberi. L'auteur qui avait une Chronique dans le Point avait pris sa plume lors des municipales pour soutenir... Dominique Tiberi qui se présentait dans le Ve. Ce jeudi soir, le père concède : « Oui, il a pu être reconnaissant je suppose. »»