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Le pari iranien de Donald Trump

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Pour le président américain, son dernier coup de force contre l’Iran améliore les perspectives de paix au Moyen-Orient et améliore ses chances de réélection. Rien n’est moins certain. 

Suite à l’attaque ciblée contre le général Qassem Soleimani, l’Iran a choisi d’éviter l’escalade immédiate et le président Trump a répondu hier avec un discours prudent.  

Cette prudence masquait toutefois mal son intention d’exploiter ce qu’il présente comme une grande victoire à des fins électorales 

Les États-Unis sortent-ils gagnants de cet épisode ? Qu’en est-il pour Trump ?  

Guerre d’usure  

Même si l’élimination du général Soleimani et la réponse de l’Iran étaient incontestablement des actes de guerre, le conflit qui perdure entre l’Iran et les États-Unis demeure en deçà de la guerre ouvertement déclarée.  

Les militaires iraniens savent bien qu’ils ne font pas le poids devant l’énorme force de frappe des Américains, mais sur le terrain plus flou des groupes politiques et paramilitaires dans la région, les États-Unis ne peuvent pas vraiment neutraliser la présence iranienne.  

La guerre d’usure entre les deux pays ne s’est pas emballée comme plusieurs le craignaient, mais elle est loin d’être finie. 

Un monde plus en sécurité ? 

L’accord multipartite qui avait réussi à contenir les velléités nucléaires de l’Iran, par contre, n’est pas beaucoup mieux que mort. Après avoir trompé ses alliés en reniant la signature des États-Unis en 2018, Donald Trump les invite maintenant à lui faire confiance pour renégocier un nouvel accord. Bonne chance !  

Même s’il parvient à convaincre tout le monde de revenir négocier, un nouvel accord prendra du temps et amènera peu de nouvelles concessions de l’Iran, qui aura progressé d’autant vers l’acquisition d’une arme nucléaire. Mais Donald Trump n’en a cure. Ce qui compte pour lui est d’enregistrer des victoires à court terme qui l’aideront à se faire réélire. 

Stratégie électoraliste  

Depuis longtemps, Donald Trump est convaincu qu’une guerre contre l’Iran inciterait les Américains à se rallier derrière leur président. C’est ce qu’il affirmait quand il accusait Barack Obama de fomenter une guerre contre l’Iran qui n’est jamais venue.  

Hier, quelques heures après le discours modéré que Trump a lu laborieusement, sa campagne démarrait un blitz publicitaire sur les réseaux sociaux pour glorifier son exploit militaire face au régime honni des ayatollahs.  

Si les supporters inconditionnels de Trump n’hésiteront pas à partager son euphorie guerrière, il est loin d’être certain que l’aggravation des tensions avec l’Iran l’aidera vraiment à se faire réélire.  

D’abord, la politique étrangère domine rarement le choix des électeurs américains. Ensuite, l’opinion est tellement campée dans ses positions qu’il est difficile de concevoir un ralliement de l’opinion en faveur d’un président qui n’a jamais démontré d’intérêt à mobiliser qui que ce soit au-delà de sa sacro-sainte base électorale. 

Il est tout aussi illusoire de croire que le président ralliera l’opinion grâce à une crise qu’il a lui-même fabriquée de toutes pièces. De plus, il ne serait pas étonnant que les propos déjantés de Trump devant ses partisans contribuent à mettre le feu à la poudrière iranienne en cours de campagne.  

Donald Trump gagnera-t-il son pari iranien ? Il en est certes convaincu, mais les perspectives de paix au Moyen-Orient n’ont pas vraiment changé depuis une semaine, pas plus que les chances de réélection de Donald Trump.