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«1917»: voyage au bout de la guerre

«1917»: voyage au bout de la guerre
capture d'écran

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La boucherie insensée de la Première Guerre mondiale est rendue de main de maître par Sam Mendes (007 Skyfall) dans ce 1917 dédié à son grand-père.

Techniquement, 1917 – primé de deux Golden Globes, dont celui du meilleur film dramatique – s’impose comme l’égal du Dunkerque de Christopher Nolan. Le long-métrage, conçu comme un long plan-séquence (même si ce n'en est pas un), immerge rapidement le spectateur dans l’horreur des tranchées et de ce conflit aux 40 millions de morts. 

Des morts, des cadavres, il y en a partout en ce 6 avril 1917, lorsque Blake (Dean-Charles Chapman) et Schofield (George MacKay), jeunes soldats britanniques, reçoivent leurs ordres de mission. Ils doivent aller livrer un message urgent à un commandant sur la ligne de front. La retraite allemande est un piège, les 1600 soldats anglais ne doivent pas attaquer, sans quoi ils se feront massacrer. Pour Blake, l’ordre à transmettre avant le lendemain revêt un caractère personnel puisque son frère fait partie des 1600 soldats qui doivent lancer l’offensive. 

Filmés d’abord de face avant que Sam Mendes ne profite de leurs mouvements pour changer les angles de caméra avec une fluidité qui sert l’urgence de la mission, Blake et Schofield parcourent leur tranchée puis en sortent. La boue, celle qui colle aux chaussures et aux uniformes, les cadavres, les cratères béants laissés par les obus, l’absence de végétation, les corps en décomposition, les rats, l’absence de nourriture, toute l’inhumanité du conflit est là dans une crudité que fait ressortir la luminosité grise de cette journée sans soleil. Les deux soldats avancent, mètre par mètre en raison des dangers – snipers allemands de la tranchée d’en face, pièges laissés par l’ennemi, avions qui bombardent leur position. En 119 minutes, Blake et Schofield vont au bout de l’horreur, celle d’un bébé anonyme survivant dans les ruines, celle de soldats qui se battent par réflexe parce qu’ils sont là pour tuer l’ennemi, celle d’ordres illogiques, et celle d’un massacre qui ne sert à rien. 

Admirablement servi par une équipe technique composée, entre autres, de Roger Deakins à la direction photo, de Lee Smith (un familier de Christopher Nolan, il a travaillé sur Dunkerque notamment) au montage et de Thomas Newman à la musique (discrète, digne, superbe), ce très grand 1917 est incontestablement l’un des meilleurs films de l’année.   

  • Note: 4,5 sur 5