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Du pain et des jeux

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Photo AFP

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À quoi peut bien servir encore la royauté britannique ? Réponse courte : à nous divertir. Du vieux principe « du pain et des jeux », rien ne change. Chaque nouveau chapitre de l’interminable saga des petites et grandes misères existentielles de la famille royale exerce la même fascination.

Face à Donald Trump qui fait joujou avec l’Iran, la nouvelle de l’abandon par le prince Harry et son épouse, la duchesse Meghan, de leur rôle dit de « premier plan » au sein de la famille royale offre au monde une irrésistible diversion. Sur la planète, les médias font leurs choux gras du « Megxit ». Les tabloïds britanniques savourent leur vengeance servie bien froide contre l’Américaine métissée Meghan Markle — l’« étrangère » qu’ils avaient baptisée « la duchesse difficile ».

Comme d’habitude, le spectacle se nourrit de lui-même. Pauvre Elizabeth II. Depuis des décennies, cet inébranlable roc de stabilité tranquille se fait voler la vedette par sa progéniture, mieux connue pour ses frasques matrimoniales ou sexuelles que pour sa contribution au mieux-être de la société. Pourtant, elle nous fascine. Ses fastueux mariages nous attirent. Ses infidélités nous rassurent.

De tout temps, la « misère » toute relative des gens riches et célèbres hypnotise les populations parce qu’elle nous aide brièvement à anesthésier la nôtre. Difficile de résister à l’histoire tragique d’une jeune princesse belle comme le jour, néanmoins trompée par son prince et dont la vie se termine brusquement pendant qu’elle est pourchassée par un troupeau de paparazzis enragés. Rien d’étonnant à ce que, sur la planète entière, la mort de Diana, en 1997, ait fait couler des océans de larmes et commandé autant d’attention médiatique qu’une explosion nucléaire.

Divorce familial

Cette fois-ci, l’histoire est moins lugubre. Harry & Meghan, jeune couple doré de trentenaires, veulent leur liberté, mais sans les obligations venant avec leur statut. Dans bien des familles, c’est un grand classique. Or, parce qu’ils sont « royaux », leurs conflits prennent des proportions hallucinantes.

Les experts patentés de la royauté s’égosillent partout sur la supposée « manipulatrice » Meghan, la guerre ouverte de relations publiques entre le couple rebelle et Buckingham Palace, les querelles multiples entre les deux fils de Diana — Harry l’insoumis et William, le futur roi trop parfait.

Jusqu’au célèbre musée londonien Tussauds qui sépare les statues de cire de la famille royale de celles du couple maudit ! À côté de la vie des Windsor, même District 31 passerait pour une soirée de bingo. Ne riez pas. Le Canada risque d’hériter de la garde partagée avec Londres de Meghan & Harry. La rumeur veut qu’une fois négociés avec Buckingham Palace les termes complexes de leur « divorce » symbolique du reste de la famille royale, le jeune couple rebelle s’installe en sol canadien à temps partiel.

Du pain et des jeux royaux, il y en aurait alors tout plein pour nous aussi. Imaginez les images en boucle : Meghan sirotant son café latté à Toronto. Harry à un match des Maple Leafs. Justin & Sophie patinant sur le canal Rideau avec Harry & Meghan. Bébé Archie à son premier concert de Céline Dion. Etc.