/news/politics
Navigation

Réforme du programme d’éthique et culture religieuse: les profs craignent un nouveau cours «fourre-tout»

Josée Scalabrini
CAPTURE D'ÉCRAN / TVA NOUVELLES / AGENCE QMI Josée Scalabrini

Coup d'oeil sur cet article

En faveur d'une réforme du programme d'éthique et culture religieuse, les enseignants sont toutefois déçus de ne pas avoir été consultés en priorité par le ministre Jean-François Roberge et craignent la création d’un nouveau cours «fourre-tout».  

Le ministre de l’Éducation a lancé vendredi une consultation citoyenne en vue de réviser le cours d’ECR, cette matière qui a remplacé l’enseignement religieux confessionnel et moral dans les écoles du Québec depuis 2008.     

«De repenser le curriculum et les cours, c’est une bonne idée, convient d’emblée la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement, Josée Scalabrini. Mais pourquoi on n’a pas commencé par aller parler avec les enseignants d’ECR? Pourquoi on ne leur a pas demandé leur avis?»

Selon elle, la panoplie de sujets que le ministre Roberge souhaite intégrer dans le nouveau cours n’est pas rassurante. «Est-ce qu’on va allonger les heures? Il va y avoir sexualité, il va y avoir du numérique, il va y avoir du juridique, c’est énorme», insiste-t-elle.  

Rappelons que le gouvernement de la CAQ souhaite y intégrer notamment l’éducation à la sexualité, l’éducation juridique, l’écocitoyenneté, le développement de soi et la citoyenneté numérique.  

À la Fédération autonome de l’enseignement, on partage les mêmes préoccupations. «Est-ce appelé à devenir un programme fourre-tout, où on va demander à ces profs-là d’enseigner des apprentissages que personne d’autre n'a le temps de faire?» s'interroge le président Sylvain Mallette.  

Il déplore lui aussi la manière de faire de Jean-François Roberge, qui n’a pas daigné consulter ses partenaires enseignants avant de procéder à cette annonce.  

«Que le ministre veuille consulter la population – l’école publique, elle appartient à toute la population –, nous, on n’a pas de difficulté avec ça [...] mais les gens qui répondent en toute bonne foi [aux consultations] n’ont pas les connaissances, ne maîtrisent pas les contenus, ne savent pas ce que c’est que d’être dans une classe, d’enseigner», signale M. Mallette.  

Gouvernement pressé  

La députée libérale Marwah Rizqy ne s’explique pas, elle non plus, que le ministre de l’Éducation n’ait pas jugé bon de consulter les enseignants avant de lancer une refonte majeure du cours d’ECR.  

«C’est un gouvernement qui est pressé, ce n’est pas la première fois qu’ils vont vite, des fois même trop vite, et c’est par la suite qu’ils doivent rectifier le tir», affirme la députée de Saint-Laurent.  

Elle s’interroge d’ailleurs sur le sort qui sera réservé aux étudiants qui sont actuellement formés pour enseigner l’éthique et la culture religieuse.  

Pas le rôle de l'école, d'enseigner la religion  

Le Parti québécois, qui réclame l’abolition du cours depuis plusieurs années, salue l’intention du gouvernement Legault, de mettre la hache dans le programme d’ECR.  

«On est heureux que le gouvernement ait répondu favorablement à notre demande, parce que, pour nous, il y a un enjeu de cohérence avec la laïcité», soutient le chef intérimaire péquiste Pascal Bérubé.  

Le ministre Roberge ne souhaite pas, toutefois, éliminer totalement la religion du nouveau cours qui sera offert à tous les jeunes Québécois à compter de l’automne 2022.  

«Dans le cadre des consultations, on va vouloir participer aussi, pour s’assurer que ce n’est pas le rôle de l’école de faire l’enseignement des religions», a précisé M. Bérubé.