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Le poids de la religion

salle de classe, salle d'examen
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Il faut avoir vécu dans l’eau bénite, traversé la Révolution tranquille et ses turbulences religieuses pour saisir à quel point la religion provoque encore des soubresauts au Québec.

Le cours d’Éthique et culture religieuse (ECR), créé en remplacement du cours de religion, n’a cessé de diviser les citoyens. Les néo-Québécois n’arrivent certainement pas à décoder les réactions violemment négatives de ceux qui ont subi cette éducation sous le signe du crucifix. Éducation dont ils se sont affranchis, croient-ils, et qu’ils se sont bien gardés de transmettre aux générations successives. En particulier, parce qu’ils ont eu honte d’avoir subi cette tyrannie.

Au Québec, le mot « religion » en fait dégainer plusieurs. Même parmi les générations élevées hors des dogmes et de la doctrine de l’Église. Les Québécois sans points de repère historiques sont incapables souvent de distinguer la foi à la base des institutions millénaires, qui en ont assuré la sauvegarde, des autres visions philosophico-religieuses du monde. Pour eux, l’Église catholique n’est qu’une plus grosse secte que toutes celles qui pullulent partout sous l’influence de gourous autoproclamés.

Malaise

Depuis la laïcisation du système d’éducation, toutes les tentatives de remplacer l’enseignement religieux de jadis n’ont su rallier les Québécois. Le malaise que ressent le gouvernement en essayant de repenser le cours ECR n’est pas étranger en fait à notre incapacité à réinventer une éthique laïque en replacement de la morale catholique, qui a modelé le Québec depuis l’arrivée de premiers colons français au XVIe siècle.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, souhaite plus ou moins mettre le cours d’ECR au grenier où sont entreposés les œuvres et autres artefacts religieux qui ont servi à enrichir notre patrimoine culturel.

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Le nouveau programme qui sera mis en place en 2022 fera peu de place à la religion, selon le ministre. Il abordera l’éducation à la citoyenneté, au numérique, au droit et à la sexualité. Mais n’est-ce pas la preuve que le Québec à travers son ministère de l’Éducation se sent incapable de transmettre l’histoire des grandes religions à défaut de laquelle nous sommes incapables de comprendre par exemple le fondamentalisme religieux répandu à travers la planète et qui met en péril tout espoir de paix et de prospérité ?

Formation essentielle

À ce jour, le cours ECR a échoué à cause de l’absence de formation des enseignants. Comment en effet transmettre une vision historique rigoureuse du rôle des religions dans l’histoire humaine si les maîtres n’ont pas reçu une formation intellectuellement exigeante, éclairée et en distance des croyances, des mythes et des idéologies, fossoyeurs de la connaissance ?

Dans le Québec de la laïcisation, on doit écarter les zélotes et les militants de ce nouveau cours, qui soutiendra la formation à la citoyenneté et à l’initiation à la sexualité.

Le gouvernement caquiste composé d’hommes et de femmes qui ont les pieds sur terre est allergique aux modes, ne se croit pas le dépositaire d’un prêt-à-penser, mais est respectueux des quelques valeurs qui nous rassemblent. Ce gouvernement est peut-être le mieux placé pour réussir ce virage sans heurter la majorité des citoyens.