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Des produits artisanaux de vapotage inquiétants

Il est facile d’acheter ou de faire des liquides de vapotage maison dont la composition inquiète des experts

Quebec
Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBE

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C’est un jeu d’enfant de fabriquer soi-même ou d’acheter à une fraction du prix sur le marché noir des liquides destinés aux dispositifs de vapotage, a constaté Le Journal, une situation qui inquiète des experts en santé publique.  

En seulement quelques minutes de recherche sur des sites de petites annonces et les réseaux sociaux, Le Journal a pu entrer en contact avec des vendeurs de liquides nicotiniques, également appelés les e-liquides.   

Une quantité impressionnante de saveurs et de types de nicotine est offerte, et ce, à une fraction du prix du marché légal.   

Notre journaliste a réussi à obtenir un rendez-vous rapidement dans le stationnement d’un centre commercial pour acheter des produits.   

Il a également été possible de commander sur internet une trousse de départ pour préparer les produits à la maison à faible coût.   

Vives inquiétudes  

Le Dr Antoine Delage, pneumologue et président de l’Association des pneumologues du Québec, dénonce la situation, estimant que personne ne devrait consommer un produit qui a été fabriqué de façon artisanale.   

« Il y a effectivement un risque d’utiliser un produit qui échappe à la réglementation, fait-il valoir. On ne connaît pas sa composition et [on ne sait pas] s’il respecte la norme. »   

Mathieu Morissette, chercheur au Centre de recherche de l’IUCPQ et professeur à la Faculté de médecine de l’Université Laval, renchérit en précisant que certaines difficultés respiratoires graves associées au vapotage sont attribuables aux liquides « faits maison ».   

Normes plus sévères réclamées  

Flory Doucas, codirectrice et porte-parole de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, estime que la réglementation concernant les produits de vapotage donne « une fausse impression » d’avoir affaire à une industrie hautement réglementée.   

« Des inspecteurs de Santé Canada ont inspecté 1000 points de vente au Canada, entre juillet et octobre, et le trois quarts étaient non conformes », fait-elle valoir. « Pour moi, l’industrie légale n’est pas un gage de conformité ou de bonnes pratiques », lance-t-elle, ajoutant qu’il n’est pas normal non plus d’avoir accès, en ligne, à des produits pour fabriquer soi-même ses e-liquides. Le gouvernement du Québec l’interdit.   

L’industrie dit respecter les règles  

La fabrication de liquides de vapotage est soumise à une réglementation de Santé Canada, mais aucun permis n’est nécessaire pour en produire.   

Les produits vendus légalement doivent être testés pour la toxicité et afficher notamment le taux de nicotine sur la bouteille.    

L’industrie du vapotage affirme respecter les règles et encourage les vapoteurs à ne consommer que des produits provenant de boutiques spécialisées.   

« Les jeunes étant déjà particulièrement attirés par l’interdit, si ces produits sont plus accessibles et plus abordables, ils iront naturellement vers ce marché. Nous tentons d’éviter que les jeunes aient accès aux produits pour vapoteurs, pendant que des gens sans sens moral profitent de la situation pour cibler exactement cette clientèle » se désole la directrice générale de l’Association québécoise des vapoteries, Valérie Gallant.   

Trousse de départ pour faire des liquides à la maison   

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Photo Stevens LeBlanc

UN JEU D’ENFANT À PRÉPARER  

1. Mélanger les deux premiers ingrédients de base   

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Photo Stevens LeBlanc

  

2. Ajouter l’arôme, selon l’intensité désirée   

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Photo Stevens LeBlanc

  

3. Ajouter la nicotine, selon l’intensité désirée   

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Photo Stevens LeBlanc

  

4. Laisser le produit macérer (le temps peut varier de 24 heures à 30 jours)   

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Photo Stevens LeBlanc

  

Les quantités de produits à mélanger varient, selon le type de vapeur recherché, l’intensité de nicotine souhaitée et le niveau d’arôme que le vapoteur souhaite obtenir. Une multitude de sites internet proposent des outils de calcul pour procéder.  

UNE FRACTION DU PRIX   

  • Le Journal a commandé facilement sur un site internet américain la trousse de départ au coût de 86 $ (incluant les frais de livraison)   
  • Les ingrédients permettent de fabriquer un minimum de 1120 ml de e-liquide, soit environ 19 bouteilles de 60 ml. Cela revient à 4,47 $ par bouteille.   
  • En boutique, un flacon de 60 ml de e-liquide se vend, en moyenne, 30 $   

Des risques encore plus graves pour la santé   

Nous avons réussi, en quelques clics, à acheter une bouteille de e-liquide de vapotage d’un revendeur qui s’affiche ouvertement sur le web. Il a donné rendez-vous à notre journaliste dans le stationnement d’un centre commercial de Québec. Nous avons choisi de protéger son identité.
Photo Jean-Francois Desgagnés
Nous avons réussi, en quelques clics, à acheter une bouteille de e-liquide de vapotage d’un revendeur qui s’affiche ouvertement sur le web. Il a donné rendez-vous à notre journaliste dans le stationnement d’un centre commercial de Québec. Nous avons choisi de protéger son identité.

Les produits liquides achetés sur le marché noir sont pointés du doigt pour des effets à court terme qui sont connus, comme des difficultés respiratoires, met en garde un chercheur de l’Université Laval.   

« Les effets à court terme des ingrédients des liquides, on ne les connaît pas tous, mais certains ont été identifiés. Ceux qui ont été identifiés, aux États-Unis, c’est principalement à la suite d’utilisation de liquides fabriqués à la maison ou achetés de façon illégale. Ces produits ne contenaient pas nécessairement juste de la nicotine, de la saveur, du propylène glycol et de la glycérine végétale, mais il y avait aussi des éléments de coupage », explique Mathieu Morissette, chercheur au Centre de recherche de l’IUCPQ et professeur à la Faculté de médecine de l’Université Laval.   

Ingrédients de coupage   

Les ingrédients de coupage sont très souvent des huiles végétales, des produits de cannabis ou de l’acétate de vitamine E.   

Aux États-Unis, plusieurs jeunes se sont présentés à l’urgence avec des difficultés respiratoires. Sur 2016 cas aux États-Unis, plus de la moitié sont des patients de moins de 24 ans. Certains ont été admis à l’hôpital et en sont même décédés. Ces problèmes respiratoires étaient principalement liés à l’usage de liquides artisanaux, explique le chercheur.   

Pas surprenant  

Ce dernier n’est pas étonné que le marché noir soit bien établi au Québec.   

« Je ne suis pas surpris de la facilité à avoir ces produits dans la rue, lance-t‐il. Les marges de profit de ces liquides sont plus importantes que n’importe quelle autre drogue. »   

Bien que les produits légaux ne soient pas non plus sans risques, M. Morissette invite les vapoteurs à rester le plus loin possible des produits offerts sur le marché noir.   

« Tu pourrais te retrouver avec des produits contenant du THC ou avec un taux de nicotine à 60 mg, au lieu de 12 mg. Tu peux acheter n’importe quoi, comme le vendeur ne respecte pas la loi. C’est comme la drogue, l’intérêt pécuniaire est plus important que la santé », fait-il valoir.   

♦ Un total de 15 cas de maladie pulmonaire grave liée au vapotage a été recensé au Canada, en date du 31 décembre 2019, dont 5 au Québec.   

Acheté sur le marché noir      

  • Un contenant de 60 ml de e-liquide à saveur de limonade a été payé 15 $. Un produit similaire, dans un point de vente autorisé, se détaille à environ 30 $.   
  • Aucune information n’est inscrite sur la bouteille, ce qui contrevient à la loi.   
  • Le vendeur affirme avoir installé un petit laboratoire dans sa résidence et y fabrique ses produits.      

CE QUE DIT LA LOI   

  • Au Québec, il est interdit de vendre des e-liquides au détail ailleurs que dans un point de vente autorisé.   
  • La vente de e-liquide est interdite aux mineurs et passible d’amende.