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Publisac: l’envoyer à ceux qui en veulent

Publisac: l’envoyer à ceux qui en veulent
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Publisac et l’énorme gâchis environnemental  

Il est temps que ça finisse. À écouter les patrons de Transcontinental et des papetières Cascades et Résolu, le Publisac fait partie du bien commun, de l’économie verte, du développement durable, de l’aide aux démunis et j’en passe. Seulement à Montréal, «les circulaires distribuées gratuitement génèrent 20 800 tonnes de papier chaque année, ce qui représente environ 11 % des matières traitées par les centres de tri montréalais», au frais de l’ensemble des contribuables, doit-on préciser.  

Ça c’est seulement à Montréal. Et ceux que l’on retrouve par terre dans les rues, dans les fossés et dans la nature ne sont pas inclus dans ce chiffre. Au Québec, c’est plus de 182 millions de sacs de plastique et 100 000 tonnes de déchets par an .  

Je ne comprends pas pourquoi on n’y a pas mis fin avant, surtout en cette période de pollution environnementale et d’émissions de gaz à effet de serre. Ces trois entreprises parlent de nombreuses pertes d’emplois. Ces travailleurs pourront être engagés ailleurs, puisque selon le patronat et les entreprises, le Québec est en grave pénurie de main-d'œuvre et ils demandent sans cesse aux gouvernements de hausser drastiquement le niveau d’immigration.  

La liberté des uns et des autres  

Pourtant, il y a une solution de compromis qui devrait faire l’affaire de ces trois entreprises, soit celle de faire parvenir le Publisac seulement à ceux qui le veulent, même si moi je suis partisan de l’interdiction totale. Mais voilà, «Transcontinental refuse d’envoyer gratuitement, à l’ensemble des foyers, un autocollant indiquant le refus de recevoir le Publisac» (Le Journal de Montréal, 7 décembre 2019). Des circulaires numériques existent déjà, et 94% des ménages y ont accès.  

Mais il y a la liberté des entreprises de faire ce qu’elles veulent afin de faire respecter «leurs droits» inaliénables, même au mépris de l’environnement et de ceux comme moi qui n’en veulent pas. Liberté plus importante que celle de tous de vivre dans un environnement sain. Ces patrons ne voient-ils pas l’état catastrophique de notre planète? Pour eux, seuls les profits et l’enrichissement personnel comptent vraiment. Le reste est superflu et c'est de la foutaise.  

Comme d’habitude viennent les menaces  

Le président de Transcontinental l’a dit: si des villes comme Montréal ou d’autres interdisent leur patente inutile et polluante, «l’imprimeur et emballeur québécois sera contraint de se défendre en se tournant vers les tribunaux afin de protéger leurs intérêts».  

Toujours le même chantage exercé afin de tenir la population en otage des intérêts égoïstes d’une certaine minorité. Mirabel a interdit la distribution du Publisac, mais Transcontinental en fait fi, jugeant illégal son règlement. Beau modèle démocratique.   

Les entreprises ont évidemment l’oreille des caquistes  

Pour bien faire avancer son projet «rassembleur» des Publisac, Transcontinental y a mis le paquet en embauchant huit lobbyistes pour «dialoguer» avec les ministres caquistes. Déjà que la CAQ aime bien les papetières, et les ont autorisées à raser des forêts vierges sans tenir compte de l’impact sur la survie du caribou forestier, près de l’extinction.   

Les dirigeants de Transcontinental, de Cascades et de Résolu ont eu droit, les chanceuses, à une rencontre en privé avec notre premier ministre, afin de faire valoir leurs doléances: «François Legault se mêle de la crise du Publisac».  

Si François Legault s’en mêle, ça regarde très mal selon moi, lui qui est plus sensible aux élucubrations patronales qu'à celles des autres. La «crise» du Publisac, mais quelle crise?  

Après Legault, c’est au tour de Fitzgibbon d’intervenir  

Le ministre caquiste de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, celui qui se targue de connaître beaucoup de gens importants a aussi rencontré le président de Transcontinental, M. François Olivier: «Le ministre de l’Économie nie être en conflit d’intérêts».  

Disons que M. Fitzgibbon a siégé pendant huit ans au conseil d’administration de l’entreprise, mais il ne sait pas s’il détient encore des actions; son portefeuille d’actions étant géré par d’autres que lui. Hum, hum...  

Cela n’a pas empêché le ministre d’accorder un prêt de 9,5 millions $, sans intérêt, afin d’aider Transcontinental à procéder à la conversion de l’imprimerie en usine de fabrication d’emballages souples en... plastique! Il arrive que ces prêts sans intérêt ne soient pas remboursés et constituent bel et bien une subvention directe. Ah oui, lors de cette rencontre, Pierre Fitzgibbon a nié avoir parlé de la dette d’un million de dollars que Groupe Capitales Médias doit à Transcontinental avec le patron de Transcontinental, ce qu’a contredit M. Olivier: «En avez-vous parlé à M. Fitzgibbon du dossier Capitales Médias? Bien oui. Pierre fait son travail. Il appelle toutes les parties prenantes, il est très au courant du dossier, a indiqué M. Olivier. Donc, oui, il nous en a parlé parce qu’on est l’imprimeur, et c’est important pour eux de parler à toutes les parties prenantes.»   

Jamais de conflit d’intérêts à la CAQ, même pas d’apparence de conflit. Par contre, Fitzgibbon et Legault en voient ailleurs, comme quand ils ont accusé à cet effet la dirigeante de Vidéotron qui siégeait au conseil d’administration de Capital régional Desjardins, pressenti alors comme investisseur important dans la relance de Capitales Médias. À la suite du premier refus de Desjardins d’investir dans le projet, n’est-ce pas M. Fitzgibbon lui-même, dans tous ses états, qui avait gratuitement et faussement accusé la dirigeante de Vidéotron d’être en conflit ou en apparence de conflit d’intérêts. Ce dernier percevait derrière la décision négative de Desjardins l’influence de Québecor de vouloir intervenir pour bloquer l’affaire afin de privilégier ses propres intérêts corporatifs.   

Transcontinental veut convaincre à tout prix  

C’est beau d’avoir les moyens financiers de pouvoir influencer l’opinion des gens en investissant les réseaux sociaux et en se payant de pleines pages de publicité dans les médias écrits comme Transcontinental l’a fait dernièrement: «Publisac: 10 mythes et réalités».  

Ce n’est pas d’être contre Transcontinental que de vouloir mettre fin à cet anachronisme que sont les Publisac. C'est simplement de respecter la liberté de la majorité et de poser des gestes concrets pour être en mesure de laisser une planète vivable pour les générations futures. Nos élus doivent prendre leurs responsabilités au lieu de nous submerger de leurs vœux pieux et verts.