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Chants, cris et danse pour soulager la souffrance

Un rassemblement pour le 10e anniversaire du séisme a eu lieu dimanche à Montréal

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Photo Agence QMI, Toma Iczkovits Des lampions et des cellulaires éclairaient la salle de la Tohu dimanche à Montréal, pendant la « minute de vacarme », qui rappelait le moment où le tremblement de terre a frappé Haïti, le 12 janvier 2010, tuant près de 300 000 personnes.

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« Honneur », « respect », la communauté haïtienne s’est recueillie à la Tohu, dimanche à Montréal, pour commémorer le 10e anniversaire du séisme qui volé la vie à près de 300 000 personnes.

« J’étais chez moi [en Haïti] quand la terre a tremblé. J’ai vu le néant. J’ai vu les portes de l’au-delà qui s’ouvraient », se rappelle l’artiste haïtien Bonga.

Bonga.
Artiste haïtien
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits
Bonga. Artiste haïtien

Le 12 janvier 2010, un tremblement de terre d’une magnitude de 7,3 a été enregistré sur l’île.

Au total, 280 000 personnes ont perdu la vie et près de 300 000 autres ont été blessées durant ces événements. 

Reconstruire l’humain

Dimanche, une dizaine de dignitaires et d’artistes sont montés sur scène pour parler de souffrance, de peine, de courage, d’entraide mais surtout d’espoir.

L’un de ceux qui ont ouvert la cérémonie remonte tranquillement la pente, mais précise qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire.

« Ma personne humaine a été fracassée, choquée et l’artiste que je suis est encore en construction », explique Bonga, 36 ans, établi à Montréal depuis cinq ans.

Tout comme plusieurs survivants dans la salle, Bonga n’est pas près d’oublier le jour fatidique.

Les bâtiments devaient être détruits pour aller récupérer les corps.

L’homme tente d’aider les enfants haïtiens à avancer et à garder espoir.

« Ayibobo »

Pendant les deux heures qu’a duré la cérémonie, les participants n’ont cessé de crier « Ayibobo », un mot très significatif pour les Haïtiens qui veut dire « Amen » ou « Entendez-nous ».

Un des moments les plus touchants de l’événement est survenu à 16 h 53 lorsque des survivants ont accompagné une dizaine de dignitaires sur la scène pour rappeler le séisme.

Puis, une vidéo avec des images du tremblement de terre a été projetée pendant cette minute de « vacarme ».

Boucher les oreilles

Des survivants ont placé leurs mains sur leurs oreilles pour ne pas entendre les cris provenant de la vidéo et ont baissé la tête pour éviter de voir le séisme qu’ils avaient tous vécu.

À leurs côtés, la députée libérale de Saint-Henri–Sainte-Anne, à Montréal, Dominique Anglade, qui avait livré un hommage à l’Assemblée nationale en décembre à la mémoire de son peuple et dont les deux parents sont décédés dans cette tragédie.

Puis, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui s’est adressée à la foule sans texte.

« Quand je suis arrivée sur scène, j’ai pris les mots du cœur qui sont parfois les meilleurs », a-t-elle révélé. 

Ils aimeraient que la tragédie ne soit jamais oubliée

Sacha et Cynthia Cantave en compagnie d’Ayden-Roméo Fequiere.
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits
Sacha et Cynthia Cantave en compagnie d’Ayden-Roméo Fequiere.

Les enfants de la diaspora haïtienne doivent se souvenir de la tragédie qui a frappé la Perle des Antilles il y a 10 ans, même s’ils ne l’ont pas vécue, croient des expatriés.

« [Mon fils] est un Québécois-Haïtien, il doit comprendre d’où vient son héritage. Il doit participer à la solution et changer les choses. Il doit comprendre d’où on vient et qu’il faut maintenant avancer », mentionne Sacha Cantave, 30 ans, à la sortie de la commémoration.

Sa sœur, qui était à ses côtés, croit exactement la même chose.

« Le travail n’est pas terminé, il ne faut pas s’asseoir sur nos lauriers. Il faut continuer à donner nos solutions et nos stratégies », ajoute Cynthia Cantave, 38 ans.

Si plusieurs Haïtiens présents dimanche à la Tohu n’étaient pas présents lors du séisme qui a frappé leur pays d’origine, ils ont tous perdu un des leurs ou des personnes qui auraient peut-être contribué à l’amélioration des conditions de ce peuple.

La famille

« Le 12 janvier 2010, on a perdu des enfants. Certains ne les ont pas connus... », a dit la porte-parole de Femmes autochtones du Québec, Viviane Michel, qui a chanté à l’ouverture.

Des enfants, il y en avait sur place, dimanche. Des ados aussi. La famille est une valeur significative pour ce peuple.

Vu leur âge, ces jeunes ne comprennent pas encore tous l’impact qu’a eu ce drame sur leur communauté, mais sont déjà très fiers de leurs origines, selon les témoignages recueillis par Le Journal.

Du haut de ses 4 ans, une pomme à la main, Ayden-Roméo Fequiere a été marqué par la commémoration.

« Ce que j’ai préféré, c’est le chant et la danse », a-t-il dit un peu gêné.

Sa mère et sa tante ont éclaté de rire, respirant la bonne humeur, malgré la douleur.