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Le mariage des prêtres n’est peut-être pas la solution

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 Un catholicisme plus collé à l’époque actuelle est-il la solution pour ramener des brebis à l’église? Pas nécessairement, estime un sociologue qui comprend la position du cardinal Marc Ouellet sur la question du célibat des prêtres.   

 Sociologue et non théologien, Alain Bouchard est chargé de cours à l’Université Laval et coordonnateur du Centre de ressources et d'observation de l'innovation religieuse (CROIR).  

 M. Bouchard se réfère notamment à l’historien français Guillaume Cuchet pour conclure que les plus grands changements apportés par l’Église catholique y sont pour quelque chose dans la baisse de la ferveur religieuse.  

 «Il a fait une analyse très poussée de la pratique catholique de 1920-30 aux années 1970. L'une des raisons faisant que les gens se sont éloignés de l’Église catholique, c’est le concile Vatican II. Il conclut que ça a banalisé le catholicisme.»  

 Cuchet pointe l’abandon de la liturgie en latin, le prêtre qui fait dorénavant face à l’assemblée, la question des péchés mortels et véniels, le ciel, l’enfer, le purgatoire et l’abolition du vendredi maigre notamment.  

 «Ce sont des choses très concrètes. Pourquoi avant 1960, manger de la viande était un péché et plus maintenant? Les gens finissent par remettre en question la logique qui était derrière.»  

 «Quand je regarde les travaux de Cuchet et le débat sur le mariage des prêtres, je ne suis pas surpris de la position des gens qui, comme le cardinal Ouellet, ne veulent pas que l’on banalise le rôle du prêtre. Comme dans toute institution, lorsqu’il arrive une possibilité d’innovation, il se pose toujours la question à savoir si ça va se retourner contre nous, comme le concile Vatican II l’a fait.»  

 «Mon collègue Rodney Stark (un sociologue américain) estime que parmi les critères les plus importants pour qu’une religion perdure, il y a celui de se distinguer, ajoute M. Bouchard. De ce point de vue, si l’Église catholique abandonne le célibat pour les prêtres, c’est comme un nivellement vers le bas. Quelle est la différence, alors, entre un prêtre et un célébrant qui fait un mariage à la Star Wars? C’est comme l’après-Vatican II, l’Église catholique perdrait l'une des caractéristiques qui la distinguent, rejoindrait la majorité des autres religions et perdrait un de ses intérêts.»  

 «Une religion comme l’islam est bien encadrée. Ça plaît beaucoup aux gens qui s’y convertissent, même s’ils ne sont pas nombreux, parce que c’est clair ce qu’on a à faire comme les cinq prières par jour, le jeûne du ramadan. Ça devient un marqueur identitaire parce que ça distingue celui qui le pratique de la norme sociale.»  

 Questionnement  

 Que l’Église catholique traverse actuellement une période de débats ne surprend pas le sociologue. Selon lui, toutes les religions vivent actuellement la même chose.  

 «Ces religions sont mises devant des phénomènes comme la circulation de l’information sur internet et l’individualisme des sociétés démocratiques et industrialisées. Ça relativise les institutions religieuses qui ont à réagir à cette situation.»  

 «Toutes les institutions sont comme cela, pas seulement les religieuses. Regardez le débat sur le coton ouaté (de Catherine Dorion, députée de Québec solidaire) à l’Assemblée nationale. On réfère à une tradition et, quand les gens prennent position, ils révèlent qui ils sont et ce qui est important pour eux.»  

 Alain Bouchard donne aussi en exemple qu’en 2020, pour la première fois, le groupe n’ayant aucune appartenance religieuse sera le plus important aux États-Unis avec plus de 25% de la population.  

 Décentrer ou pas?  

 Les réactions aux idées qui circulent actuellement au synode allemand et aux conclusions du synode de l’Amazonie (voir autre texte) ont un lieu avec une particularité de l’institution, croit-il.  

 «Une caractéristique de l’Église catholique c’est qu’elle est très centralisée. Il y a des revendications nationales qui se font. Est-ce qu’on va commencer à se décentraliser? Les cardinaux sont devant ce choix. On pourrait avoir des couleurs locales comme permettre la prêtrise aux femmes dans certains milieux», avance-t-il.  

 «Si on emprunte la voie de la décentralisation, il peut y avoir une place pour une Église catholique québécoise. À une époque, il y avait beaucoup de théologiennes au Québec qui ont réussi à influencer l’Assemblée des évêques du Québec qui arrivaient à l’international avec des positions très différentes de celles de l’époque. On l’a vu dans d’autres traditions religieuses qui ont pris des couleurs locales comme le bouddhisme. Et François 1er est un pape très ouvert aux discussions», risque-t-il.  

 «Je ne peux pas croire qu’on ne va pas voir une avancée sur la place des femmes dans l’Église dans les prochaines années. Le désir d’avancer est plus grand qu’il y a 10 ans. Mais l’Allemagne devra ramener ses préoccupations sur le plan continental. On ne fera pas de petits isolats pour le Québec et l’Allemagne. Ce qui n’empêche pas une certaine effervescence dans un pays», tempère Gilles Routhier, doyen de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval.  

 Célibat et pédophilie  

 Il ne fait aucun doute pour Alain Bouchard que le mariage des prêtres n’aurait pas empêché le plus gros scandale à éclabousser l’Église catholique.  

 «C’est clair, on sait aujourd’hui qu’il n’y a aucun lien entre la question du célibat et la pédophilie. Les enquêtes nous le montrent bien», conclut-il.