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Perdu en montagne, il survit à sept jours au grand froid, mais doit faire le deuil de ses pieds

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Stéphane Boisvert a survécu à six nuits et sept jours, perdu avec sa planche à neige dans les montagnes de la Colombie-Britannique, alors que les températures frôlaient les - 20 °C. Il ne s’en est toutefois pas sorti indemne. Les engelures ont eu raison de sa jambe droite et de ses orteils du pied gauche. Aujourd’hui, ce sportif aguerri doit faire le deuil de ses pieds et réapprendre à pratiquer ses sports favoris avec des prothèses.   

«Je n’étais pas naïf. Je n’étais pas dans un monde de licorne. Plus les journées avançaient, plus je savais que je sortirais de là avec quelques conséquences», admet, résilient, Stéphane Boisvert.    

En février 2017, cet enseignant d’éducation physique au secondaire, adepte de planche à neige, s’est aventuré et perdu dans «l’arrière-pays» de la station de ski Kicking Horse Mountain Resort.    

Après quatre jours, perdu en montagne, Stéphane a commencé à sentir que ses pieds étaient raides, qu’ils manquaient de flexibilité. À deux reprises, ses pieds s’étaient retrouvés dans la rivière qui lui permettait de boire de l’eau et ainsi de survivre. «J’ai eu le temps de penser. Les deux derniers jours, j’étais dans l’acceptation. Je me doutais fortement que je perdrais mes orteils. Je me demandais ce que je pouvais faire, sans orteils, si je m’en sortais», relate Stéphane Boisvert.    

Une fois sauvé, le diagnostic est rapidement tombé. Ses pieds avaient subi de graves engelures.    

Deuil des pieds  

Stéphane Boisvert possède plusieurs prothèses qui lui permettent de pratiquer différents sports.
Photo Andréanne Lemire
Stéphane Boisvert possède plusieurs prothèses qui lui permettent de pratiquer différents sports.

Après qu’il fut transféré à l’hôpital l’Enfant-Jésus, à Québec, Stéphane et ses médecins spécialistes ont élaboré plusieurs scénarios de type «guillotine». Ils couperaient ses pieds seulement selon les dommages causés par les engelures. Après plusieurs semaines et quelques chirurgies et complications, sa jambe droite a été amputée ainsi que ses orteils du pied gauche.    

Le deuil n’a pas été simple. «J’avais de la misère à faire le deuil, même encore aujourd’hui», dit-il la gorge nouée par l’émotion. «Le deuil de mes pieds. J’ai joué au soccer pendant 30 ans. Ç’a été ma vie... mes pieds.»    

Par chance, il souligne avoir rencontré des personnes extraordinaires durant son parcours. Particulièrement sa physiatre et une psychologue de l’Enfant-Jésus.    

Cette psychologue lui a d’ailleurs dit une phrase très importante qui lui a permis d’avancer. «Elle m’a dit de changer de lunette. D’être reconnaissant. De remercier mes pieds qui m’ont donné pendant 30 ans. De m’avoir permis d’aller au Brésil en jouant au soccer, de m’avoir permis de jouer universitaire, de vivre des moments de grande joie et de bonheur», souligne Stéphane, aujourd’hui âgé de 38 ans. «Encore, il y a des bouts difficiles. Mais, cette phrase-là m’a enlevé tellement de poids sur les épaules.»    

Réadaptation et nouveaux sports  

De Victoriaville, il passera plus de quatre mois à Québec, principalement à l’Institut de réhabilitation où il a rencontré des gens extraordinaires.    

«Je l’ai pris comme un défi, un objectif. Pour avoir joué au soccer compétitif, c’est quelque chose que tu apprends. Faire en sorte de te surpasser», explique Stéphane.     

Il a tenté le paddle board.
Photo Courtoisie
Il a tenté le paddle board.

Les visites et les messages ont aussi été nombreux. Il a reçu une grosse vague d’amour.    

«L’école, Facebook, ç’a été incroyable de se sentir soutenu et aimé», souffle-t-il.    

Puis, rapidement, il a commencé à étudier les sports qu’il pourrait faire sans ses pieds. «J’ai décidé de faire un deuil sur cette vie-là. Ça sera autre chose. Ça sera positif et plaisant», affirme Stéphane Boisvert. «Ça fait partie de moi, de mon ADN. Le besoin de bouger et être actif.»    

Alors qu’il était toujours sur son lit d’hôpital, il s’intéressait aux sports paralympiques. Stéphane a d’ailleurs déjà fait des tests. Ski, golf, tennis en fauteuil roulant, la natation, le kayak, etc.    

«Je suis beaucoup là-dedans depuis que je suis sorti de la réadaptation. Je suis dans l’exploration. J’ai essayé beaucoup d’affaires», dit Stéphane.    

Pour l’instant, le tennis avec ses prothèses est un succès. «Je joue debout. Le stop-and-go gauche et droit fonctionne bien. Ce qui est difficile, c’est courir en ligne droite à cause des orteils», précise-t-il. Il a plusieurs prothèses différentes. Elles lui permettent de s’adapter à ses activités. Certaines sont personnalisées avec des motifs qu’il aime bien.    

Le problème, c’est qu’il s’est blessé beaucoup durant sa première année de réhabilitation. L’opération à son pied gauche s’était terminée avec une greffe de peau sous son pied. Une rare situation qui complexifie ses mouvements. Lorsqu’il est blessé, Stéphane doit être en fauteuil roulant. Sa maison a dû être adaptée, un chantier qui vient tout juste de se terminer.      

De retour à l’école  

Depuis septembre, il a recommencé à enseigner. Un autre défi, car les démonstrations sportives ne sont plus les mêmes. «Les cours, avec les jeunes, ça aussi c’est une adaptation. Il faut que je vive avec le fait que je ne suis plus l’enseignant que j’étais. Ce qui est bien avec les technologies maintenant, avec les tableaux, on peut projeter des trucs, montrer des vidéos», dit-il.    

Au début, les jeunes étaient intrigués. Leurs regards avaient changé. «J’ai fait une présentation en début d’année pour leur expliquer mon aventure», indique Stéphane.    

À court terme, Stéphane commencera l’année avec un voyage entre amis au Costa Rica. Avec son sac à dos, comme dans le temps. Il repart à l’aventure, déterminé.    

Il a gravi une montagne lors d’un voyage à Tadoussac en août dernier.
Photo Courtoisie
Il a gravi une montagne lors d’un voyage à Tadoussac en août dernier.

Un voyage de planche à neige qui se termine mal    

Le dimanche 29 janvier 2017, l’enseignant Stéphane Boisvert, qui est en vacances seul pour dix jours dans l’Ouest canadien, va faire de la planche à neige à Kicking Horse Mountain Resort.    

Les conditions ne sont pas belles. Il n’a pas neigé depuis six jours.    

Dans son sac, il a un lunch, deux paires de bas, un sifflet et son cellulaire. Il a laissé son briquet dans sa voiture, car il a pris l’avion et a dû le transférer de sac.    

Après une discussion avec des gens dans la remontée mécanique, il s’aventure seul dans un secteur hors des pistes. Il y resterait quelques beaux endroits avec de la neige vierge.    

Il passe sous le cordon et il décide, non sans hésitation, de suivre une trace qui semble fraîche. Une série d’événements qui l’entraînera dans sa malchance.    

Coincé  

Il se déplaçait sans le savoir en direction de Canyon Creek, une vallée à l’arrière de la station.    

Après 1 h 30 min de descente et une pause diner, il arrive en bas. Il décide de suivre la trace qui s’arrête soudainement sans explication. Il est seul, perdu. L’adrénaline est à
son maximum.    

Stéphane essaie de remonter la pente. Mais la neige est trop dense. Impossible d’avancer. Après 20 minutes, il n’a plus d’énergie.    

Il écrit un gros help dans la neige et décide de suivre le ruisseau en aval, espérant retrouver la route.    

La noirceur le surprend soudainement. Il se fait un abri pour la nuit. Il enlève ses bottes et ses bas mouillés.    

Le lundi matin, il continue sa marche. Jusqu’au mardi, il parcourra 8 kilomètres. Épuisé et sans vivres, sauf l’eau de la rivière, il décide de se construire un abri et écrire un gros SOS. Il restera à cet endroit jusqu’à son sauvetage quatre jours plus tard.    

C’est sa voiture qui se trouvait dans le stationnement qui a alerté les autorités de la station le samedi suivant. Après des vérifications, personne n’avait eu de nouvelles de Stéphane qui devait rentrer le lendemain à la maison.    

En soirée, le 4 février, il est officiellement porté disparu par les autorités    

Le Golden and District Search and Rescue (GADSAR) retrouve l’homme le dimanche matin.