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On est bizarre, au Québec, quand même

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Primo : on taxe la taxe – ce qui est, je crois, unique au monde. (À quand une taxe sur la taxe de la taxe ?) 

Deux : on a fait une Révolution tranquille (« Avancez par en arrière ! »). 

Et trois : on a besoin d’un rendez-vous pour aller dans une clinique sans rendez-vous.   

SURRÉALISTE 

Pas de farce. 

L’autre jour, ma blonde devait voir un médecin au plus sacrant. Alors elle s’est pointée dans une clinique sans rendez-vous. 

« On ne peut pas vous prendre, car vous n’avez pas de rendez-vous, lui a-t-on dit. Vous devez appeler la veille au petit matin et prendre un rendez-vous pour le lendemain... » 

Pas mal, non ? 

Tu dois prévoir que demain, tu vas être malade ! 

Sur internet, j’ai trouvé le site d’une clinique sans rendez-vous située sur la rue Jean-Talon, à Montréal. 

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

C’est écrit en grosses lettres : « SUPER CLINIQUE SANS RENDEZ-VOUS ». 

Et en bas, en plus petit, on peut lire ça... 

« Besoin de consulter au sans rendez-vous ? Grâce à notre service en ligne, vous avez désormais la possibilité de prendre rendez-vous dans l’une de nos cliniques sans rendez-vous. » 

Je vous le jure sur la tête de mes enfants, c’est écrit noir sur blanc sur leur site. 

« Vous avez désormais la possibilité de prendre rendez-vous dans l’une de nos cliniques sans rendez-vous. » 

Voulez-vous rire de nous, calvaire ? C’est comme si vous vous pointiez dans un restaurant « Apportez votre vin » et qu’on vous disait « Désolé, vous n’avez pas le droit d’apporter votre vin ». 

De kessé ? 

MISSION IMPOSSIBLE 

Mais que voulez-vous, c’est ça, le Québec. 

On se saigne à blanc pour se payer un système de santé hyper chromé, mais on ne peut pas y avoir accès. 

C’est comme si tu te faisais construire une « Monster House », mais que l’entrepreneur avait oublié de mettre une porte. 

« On entre comment, au juste ? Par la fenêtre ? » 

Une amie infirmière m’a contacté, hier. 

Elle m’a dit que c’est le foutu bordel quand vient le temps d’orienter une personne malade. 

Il y a les cliniques d’hiver, le 811, le moteur de recherche Rendez-vous santé Québec, le service privé Bonjour-santé, la prise de rendez-vous via Clic Santé... 

« On en perd notre latin », dit-elle. 

On parle ici d’une infirmière, qui connaît très bien le système de santé ! 

Imaginez Joe Blow. 

Vous connaissez les jeux d’évasion ? Tu as une heure pour sortir d’une pièce fermée. 

Eh bien, voici le nouveau jeu québécois : « Tu as une journée pour essayer d’entrer dans le système de santé québécois ! 

« Voici une boussole, un organigramme du ministère de la Santé et un cellulaire. Bonne chance ! » 

Je crois que c’est plus facile d’entrer dans les ordinateurs centraux de Desjardins. 

PROMESSE INUTILE 

Conseil aux politiciens : lors de la prochaine campagne électorale, de grâce, ne promettez pas que vous allez améliorer le système de santé. 

Tout le monde a essayé, personne n’a réussi. 

Contentez-vous d’interdire aux cliniques sans rendez-vous d’exiger un rendez-vous. 

Déjà qu’il faut attendre 20 heures pour être vu à l’urgence... 

Édito de Richard Martineau