/opinion/columnists
Navigation

Trop d’insanités sur le tramway

Coup d'oeil sur cet article

L’opposition au tramway à Québec se fonde trop souvent sur une bataille bas de gamme s’appuyant sur des arguments totalement irrecevables et formulés par des incultes, estime l’ex-politicien et urbaniste Richard Bergeron, qui a amené l’idée d’un tramway au Québec.

Depuis des mois, je songe à contacter ce dernier pour obtenir son point de vue plus qu’éclairé dans ce dossier. 

Or, M. Bergeron n’en revient tout simplement pas de toutes les «insanités» qui circulent à Québec à propos du tramway. 

Il évoque notamment les «animateurs de radio poubelle qui se font aller» allègrement sur le dos du projet. 

L’urbaniste ne s’inquiète pas pour la réalisation du projet, dont le financement est bouclé, car l’argent, «c’est le nerf de la guerre» dit-il. 

En revanche, il enjoint au maire Régis Labeaume de ne pas faire de compromis au niveau de l’aménagement, dans le but de rallier des opposants, et de continuer de porter le dossier, mais en s’entourant d’ambassadeurs (drices). 

Détenteur d’une maîtrise en urbanisme et d’un doctorat en aménagement du territoire de l’Université de Montréal, ce Jeannois d’origine était aux premières loges lorsque le maire Jean-Paul L’Allier avait promis à Alain Juppé, alors maire de Bordeaux, de l’inviter à Québec pour inaugurer son tramway lors du 400e anniversaire de la ville. 

«Ma seule déception»

«C’est ma seule déception par rapport à M. L’Allier», dit aujourd’hui cet ex-chef de Projet Montréal, qui a été candidat à la mairie dans la métropole. 

Le maire L’Allier n’avait toutefois pas la chance dont bénéficie aujourd’hui M. Labeaume, celle d’une ville fusionnée, et l’accès à de généreux programmes d’infrastructures de transport en commun émanant des gouvernements supérieurs. 

Ainsi, le tramway pourra se réaliser sans endetter la ville, comme s’y refusait M. L’Allier, qui avait dû abandonner le projet, faute des conditions actuelles réunies. 

Tramway moderne

À ceux qui s’inquiètent qu’il puisse s’agir d’un moyen de transport dépassé, M. Bergeron réplique qu’au contraire, en termes d’urbanisme, le tramway constitue la nouveauté de la fin du 20e siècle. Il s’agit d’un mode de transport réinventé, assorti d’une opération de renouveau urbain pour chaque ville où il s’installe. 

En tant que puissant attracteur de développement urbain, le tramway constitue un statement de modernité et de dynamisme chez toutes les villes qui l’ont adopté, expose-t-il dans une présentation que l’on retrouve sur son site web, https://www.urba2050.info

En effet, à Québec et dans les nombreuses autres villes canadiennes où l’on en a implanté, il ne s’agit pas du tramway dans sa forme ancienne. 

Le tramway moderne innove là où l’ancien modèle avait échoué, ce qui a conduit à son démantèlement à plusieurs endroits, entre autres à Québec. 

Ainsi, d’un moyen de transport englué dans la circulation, bruyant et inconfortable, le tramway est passé à un mode à l’accès aisé, pour les personnes à mobilité réduite notamment, et silencieux. Mais surtout, il est l’occasion d’une opération d’embellissement urbain tout au long de son corridor. 

Succès à Bordeaux

Pour en revenir à Bordeaux, Richard Bergeron s’étonne aussi que des gens puissent citer cet exemple pour dénigrer l’idée d’un tramway à Québec. 

Là-bas, rappelle-t-il, «le tramway a ni plus ni moins révolutionné la ville, qui grâce à lui est passée de la plus laide à la plus belle de France». 

Bordeaux a inauguré en décembre dernier une quatrième ligne de tramway, dont le réseau compte à présent près de 80 kilomètres. 

«À Bordeaux, on est tout simplement allé au bout du potentiel de cette technologie, qui s’avère un grand succès», souligne M. Bergeron. 

Loin d’un tel contexte, à Québec, tout est à faire, et le tramway ne peut apporter que des impacts positifs. On part de zéro, faut-il le rappeler.