/news/currentevents
Navigation

Un ancien administrateur d'Hydro-Québec condamné à trois ans de prison en France

Louis Lagassé
Photo courtoisie

Coup d'oeil sur cet article

Un homme d’affaires de Sherbrooke et ancien administrateur d’Hydro-Québec sous le gouvernement de Jean Charest a été condamné hier à trois ans de prison en France pour avoir détourné l’équivalent de 44 M$. Louis Lagassé a été accusé en 2013 « d’abus de bien social, de banqueroute et de détournement de fonds » en France.  

• À lire aussi: Des documents inédits publiés en intégralité 

• À lire aussi: Une nouvelle tuile tombe sur la tête de Charest et Bibeau 

• À lire aussi: Encore un des hommes forts de Power  

• À lire aussi: Une opération secrète digne d’un film de James Bond 

• À lire aussi: Un ex d’Hydro placé par Jean Charest risque trois ans de prison... en France  

Il est notaire à Sherbrooke et un homme d’affaires proche de l’ancien premier ministre Jean Charest. À la suite de l’élection de ce dernier en 2003, Lagassé avait été nommé au conseil d’administration d’Hydro-Québec. Il y a siégé jusqu’en 2014. Il avait démissionné après que le Journal a posé des questions à la société d’État sur les procédures judiciaires en France.   

Louis Lagassé avait racheté en 2005 à la compagnie EADS une société de télécommunication numérique située à Douarnenez, en Bretagne. Il a ensuite créé LCI (Lagassé Communication Industrie), employant 220 salariés. Mais en 2012, l’entreprise a été liquidée.     

On lui reprochait d’avoir « siphonné » l’entreprise pour 30 millions d’euros « pour se renflouer au Canada ».   

« Le prévenu est de mauvaise foi. Il se comportait en empereur sur ses sociétés », avait dit le procureur de la République Jean-Baptiste Doubliez lors du procès du Québécois au palais de justice de Quimper, en octobre dernier.    

L’homme, aujourd’hui âgé de 72 ans, a été reconnu coupable puis condamné hier à trois ans d’emprisonnement ferme.    

« Louis Lagassé, par ses agissements, commis sur une longue période, a appauvri une personne morale, au point de la rendre si exsangue que le tribunal de commerce n’a pu que décider de sa liquidation judiciaire », peut-on lire dans le jugement, dont le Journal a obtenu copie.   

Il a aussi écopé d’une amende de 375 000 euros, en plus de devoir rembourser 6 millions d’euros et offrir 180 000 euros en indemnisation à 21 des salariés mis à la rue.   

Pour ces employés licenciés, cette condamnation met fin à une saga judiciaire de plus de neuf ans.    

« Il s’agit d’une décision satisfaisante, mais malgré tout pas très sévère à l’égard des malversations pour lesquelles il a été jugé », a commenté hier Dominique Le Guillou Rodrigues, l’avocate représentants ces salariés, lors d’un entretien téléphonique avec le Journal.  

Selon elle, Lagassé s’en sort « largement gagnant sur le plan financier », qualifiant du même coup ce crime comme « un des délits financiers les plus graves » en France.    

Lagassé était absent au moment du prononcé de sa sentence hier. Me Le Guillou-Rogrigues craint ainsi « qu’on ne réussisse à mettre à exécution cette sentence ».    

Si l’homme d’affaires a pu conserver son passeport et revenir au Canada après sa mise en accusation en France, c’est parce qu’il a versé une caution de 1,5 M$, une somme record pour le tribunal de cette région, rapportait le média Ouest-France, en 2014.     

L’avocat de Lagassé a pour sa part justifié l’absence de son client par d’importants soucis de santé.   

Selon Me Kossi Amavi, le septuagénaire a été opéré le 22 décembre dernier et se déplace depuis en fauteuil roulant.    

M. Lagassé « clame toujours son innocence », a commenté l’avocat.    

« Il a fait ce que tout homme qui gère une société doit faire », a-t-il indiqué, estimant que ce « procès n’aurait pas eu lieu au Canada, ni ailleurs en Europe ».   

« On peut considérer qu’à un moment donné il y a une somme d’argent qui est venue d’une société vers une autre et que ce n’est pas légal ici alors que ça l’est ailleurs », a poursuivi Me Amavi.    

M. Lagassé a 10 jours pour faire appel de cette condamnation.    

Contacté par le Journal jeudi, il n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue.       

  • Le tribunal français a aussi condamné Lagassé à « une interdiction définitive d’exercer une activité commerciale ou industrielle, de diriger, administrer, gérer ou contrôler une entreprise ou une société ».