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Une intense quête d’amour

Les mains d’Edwige au moment de la naissance à La Bordée

Les mains d'Edwige au moment de la naissance
Photo courtoisie, Vincent Champoux La colère gronde à l’étage, où des gens contrariés veulent voir le don d’Edwige, pendant que la jeune femme, sa mère et son amoureux font face à une situation pleine de tension dans la cave.

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Il y a énormément de tension dans la pièce Les mains d’Edwige au moment de la naissance. Une tension qui se déploie habilement et avec densité sur les planches de La Bordée.

À l’affiche jusqu’au 8 février à La Bordée, cette œuvre de jeunesse de Wajdi Mouawad, écrite avant Incendies, Forêts et Tous des oiseaux, mélange suspense et envolées oratoires.

Edwige a un don. Une eau pure coule de ses mains lorsqu’elle prie. Ses parents décident de monnayer ce don miraculeux lors d’une cérémonie funéraire symbolique. 

Une cérémonie pour souligner la disparition d’Esther­­­, la sœur aînée d’Edwige, disparue il y a dix ans. Son corps n’a jamais été retrouvé. 

La véritable raison de ces funérailles n’est pas de rendre hommage à Esther. Il s’agit seulement d’un prétexte. Les gens sont prêts à payer pour voir le don d’Edwige, et les parents et leur fils, Alex, ont orchestré la chose, avec l’objectif d’accéder à une vie meilleure.

Et ça fonctionne, une foule se réunit, dans et autour de la résidence des parents, pour voir couler les mains de la jeune femme.

Réfugiée dans la cave, Edwige refuse de participer à cette mise en scène. Elle est convaincue que sa sœur est toujours en vie. 

Elle va même jusqu’à trouver injuste que l’on coupe des fleurs pour une cérémonie funéraire qui n’a pas sa raison d’être.

Et tout à coup, pendant que la colère gronde, à l’étage, et que les gens s’impatientent de plus en plus, Esther, enceinte et ensanglantée, revient à la maison.

Une femme qui avait décidé de quitter l’ennui de son village et qui était à la recherche d’amour.

Les mains d’Edwige au moment de la naissance est un objet théâtral dense et très intense durant certains segments.

Interactions rythmées

La mise en place est bien menée. On plonge directement et rapidement dans la situation. 

Habitée à la perfection par Marianne Marceau, Edwige est entière et inébranlable. Elle refuse de faire ce qu’on lui demande et de participer à cette mascarade. Elle résiste et se tient debout.

Mathias, son père, Éloïse, sa mère, et Alex, son isolent frère, excellent Lucien Ratio, viennent, tour à tour, essayer de la convaincre de monter et de faire couler ses mains. Ce qui leur permettra de quitter leur vie de misère. 

Les interactions et les dialogues entre les différents personnages, qui rythment et dynamisent l’œuvre, sont un des points forts de la pièce.

Les grandes envolées oratoires et lyriques sont parfois très et trop denses. Les mots sont nombreux et le tout est livré en urgence, en intensité et de façon très théâtrale.

Ce qui amène une certaine lourdeur dans une situation de suspense qui est habilement mise en place.

Annabelle Pelletier-Legros livre une partition physique exigeante dans le rôle d’une Esther qui est sur le point d’accoucher.  

La mise en scène, avec une scénographie simple, évocatrice, est fort réussie. Quelques effets d’éclairage, sonores et de fumée, bien placés et intéressants, contribuent à magnifier certains éléments de tension.