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Électrification d’une flotte de 1100 véhicules: une occasion pour le Québec

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Joël Lemay / Agence QMI

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Cette semaine, Pierre Karl Péladeau a annoncé que Québecor comptait électrifier l’ensemble de sa flotte d’environ 1100 véhicules d’ici 2030. 

Cette annonce est une première au Canada. En effet, aucune autre entreprise n’a mis en place un plan d’électrification de véhicules d’une telle envergure. Or, ce plan pose de nombreux défis, dont un très important qui est la disponibilité de ces véhicules. 

Lorsqu’on jette un coup d’œil à cette flotte, on comprend que la très grande majorité des véhicules (environ 900) à électrifier sont des camions légers, moyens et lourds, soit ceux utilisés par Vidéotron. Or, pour le moment, aucun grand constructeur généraliste tel que GM, Ford ou autre n’offre de tels véhicules en version électrique. 

C’est pourquoi on a fait appel à l’entreprise québécoise EcoTuned qui convertit des camions légers, moyens et lourds à essence et diésel en camions 100% électriques. De plus, d’autres entreprises de camions électriques établies au Québec pourraient être appelées à participer à ce déploiement. 

 

Le modèle EcoTuned: la conversion 

Selon Andy Ta, fondateur d’EcoTuned, une grande quantité de camions qui sont utilisés par des entreprises au Québec et en Amérique du Nord peuvent avoir une seconde vie en étant électrifiés. Ainsi, plutôt que de se débarrasser de ces véhicules, on prolonge leur vie utile, ce qui diminue les émissions de GES et les émissions polluantes émises par ces véhicules qui consomment généralement de 20 L/100 km à 30 L/100 km, une fois équipés. De plus, on diminue aussi l’impact écologique de ces camions en les réutilisant plutôt que de les envoyer au rancart. 

 

 

Les GES des camions : #1 au Québec 

Selon l’inventaire québécois d’émissions de GES de 2017, alors que les émissions des voitures ont diminué de 17% entre 1990 et 2017, les émissions des camions légers et des véhicules lourds ont augmenté respectivement de 127,1% et de 170,8% durant la même période. Ainsi, les émissions de GES de ces deux sous-catégories de véhicules représentaient 76,5% des émissions de GES du transport routier québécois. 

S’il y a un secteur à prioriser dans la lutte aux changements climatiques, c’est donc celui-là. 

 

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Joël Lemay / Agence QMI

 

Le camionnage électrique : Un créneau d’avenir pour le Québec 

Personne qui travaille en électrification des transports au Québec ne croit à court ou moyen terme au potentiel de développement d’une voiture électrique québécoise. Nous avons malheureusement manqué le bateau il y a plusieurs années de cela.  

Par contre, le Québec est en train de se positionner avantageusement dans le secteur des autobus (scolaires et urbains) et des camions électriques. En effet, avec des entreprises telles que Lion, EcoTuned et Nordresa qui sont ici et développent une expertise concrète dans le créneau des camions légers, moyens et lourds électriques, le Québec peut se tailler une place de choix dans l’écosystème nord-américain.  

Mais il faut pour cela que les gouvernements et les entreprises appuient ces secteurs. Or, jusqu’à ce jour, les quelques rares entreprises qui ont décidé de se lancer en commandant des camions électriques l’ont fait à coup de deux ou trois unités. Pas 50 ou 100. Imaginez maintenant 1000.  

D’où l’énorme défi que pose le plan de Québécor pour les gouvernements et ces entreprises.  

 

Le fameux 5 millions $ : les faits 

Beaucoup de gens ont commenté la présumée demande de subvention de 5 M$ de Québecor pour soutenir leur plan d’électrification. Or, après vérification, la réalité est la suivante : l’entreprise ne souhaite pas obtenir plus de soutien financier que n’importe quelle autre entreprise ou individu qui souhaite acquérir un véhicule électrique, léger ou lourd. 

Elle souhaite tout simplement que les programmes de soutien à l’achat de camions électriques passent du stade de soutien à la démonstration (limité à quelques unités) au stade de soutien au déploiement et ce, pour toutes les entreprises au Québec. Disons les choses franchement, le Québec ne deviendra jamais un leader en électrification des camions à coup de trois ou quatre commandes de camions électriques.  

La commande de 900 camions électriques québécois représente une opportunité pour le Québec comme on n’en a jamais vu en électrification des transports. Elle contribuerait à créer des emplois de qualité et d’avenir sans oublier une expertise et des produits que nous pourrions offrir au-delà de nos frontières. Saurons-nous relever le défi? Je l’espère. 

Après les nombreuses révélations sur les soutiens de nos gouvernements aux entreprises d’énergies fossiles à coup de dizaines, voire de centaines de millions de dollars, ça ferait changement.