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L’adversité n’a pas freiné Kétel Assé

Le secondeur du Rouge et Or a eu un parcours de vie atypique qui en aurait découragé plus d’un

Kétel Assé, Rouge et Or
photo Courtoisie, Kevin KOSKI NFLPA Le bloqueur Kétel Assé participera aujourd’hui au NFLPA Collegiate Bowl qui se déroule au Rose Bowl, stade mythique aux États-Unis, et qui réunit des joueurs étoiles de la NCAA et trois Canadiens.

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LOS ANGELES | Kétel Assé a eu un parcours très différent et parsemé d’embûches qui l’a mené aux portes de la NFL.

Arrivé à Montréal à l’âge de quatre ans, le bloqueur du Rouge et Or de l’Université Laval a débuté le football sur le tard. Après deux ans de «touch football» au parc Henri-Bourassa, il a joint les rangs des Cougars de Saint-Léonard où il a remporté un titre provincial dans le circuit midget AAA avant d’abandonner l’école et le football après la saison plutôt que de se joindre à l’équipe junior.

«Je voulais faire de l’argent en travaillant comme portier dans les bars, même si je n’avais pas l’âge pour aider financièrement ma mère qui avait deux boulots pour subvenir à nos besoins, raconte le gaillard de 6 pi 7 po et 310 livres. Je n’avais pas intérêt à jouer junior parce que ce cheminement ne menait pas aux rangs professionnels.»

Entraîneur-chef des Nomades de Montmorency dans le réseau collégial, Paul-Eddy St-Vilien a alors joué un rôle crucial dans le cheminement d’Assé. «Polo a trouvé les mots pour me ramener sur les bancs d’école, ce que peu de gens auraient réussi, reconnaît Assé. Pour un jeune de Montréal-Nord, ce n’était pas évident en raison des besoins financiers. Polo m’a convaincu que c’était possible de faire plus d’argent en obtenant un diplôme universitaire et en jouant par la suite dans les rangs professionnels. J’ai retrouvé mon sérieux et j’ai complété mon diplôme secondaire en réussissant des cours de 3e, 4e et 5e secondaire en six mois.»

Un accomplissement

Son diplôme d’études secondaires en poche, le défi restait très important pour Assé quand il s’est joint aux Nomades. «En raison d’un trouble du déficit de l’attention combiné à une hyperactivité, l’école n’a jamais été facile et ne le sera jamais. À Laval, on a aussi découvert que je souffrais de dyslexie. Je n’aurais pas tenu ce discours il y a 10 ans, mais il est possible de connaître du succès si tu es passionné et que tu mets les efforts.»

Même si les portes du football professionnel vont s’ouvrir devant lui aux États-Unis ou au Canada, Assé a l’intention de respecter la promesse faite à sa mère en quittant son quartier pour se joindre au Rouge et Or il y a quatre ans.

«Ça serait facile d’abandonner les études, mais j’ai dit à ma mère que j’allais obtenir mon diplôme universitaire et je vais le faire, mentionne-t-il avec conviction. Dans ma famille, peu de gens ont obtenu leur diplôme de 5e secondaire. Ça va être un plus gros accomplissement que tout ce que je pourrais accomplir au football. Dieu m’a fait cadeau de mon physique, mais ce sont mes efforts qui permettront d’obtenir mon diplôme. C’est pour cette raison que je suis sorti de Montréal-Nord et pour devenir une meilleure personne.

«Même si je n’étais pas le plus gentil à l’époque, des professeurs du primaire et du secondaire m’écrivent pour me dire qu’ils sont fiers de moi et que des jeunes veulent suivre mes traces, d’ajouter Assé. Je veux marquer des gens.»

Coordonnateur défensif avec les Ravens de Carleton après une association avec les Carabins de l’Université de Montréal, St-Vilien est ému du cheminement de son protégé. «Parce que je sais qu’il vient de loin, j’en parle et j’en ai la chair de poule, exprime-t-il. Il n’a pas toujours pris les bonnes décisions, mais il a trouvé le moyen que ça marche. Il aurait eu toutes les raisons de quitter.»

Trouver un équilibre

Son stage collégial terminé, Assé a été recruté par plusieurs équipes dont les Carabins et St-Vilien, mais il a opté pour le Rouge et Or. « Ce fut l’une des très bonnes décisions de ma vie, affirme-t-il. Si j’étais resté à Montréal-Nord, il aurait été plus difficile de rester concentré parce que je n’aurais pas eu le même entourage qu’un étudiant-athlète. »

«C’est la meilleure chose qui soit arrivée à Kétel qu’il sorte de son entourage, de renchérir St-Vilien. Seul, il a retrouvé son équilibre, même si ce fut difficile à sa première année.»

À un cheveu de retourner chez lui 

Kétel Assé, Rouge et Or
photo d’archives, simon clark

La carrière de Kétel Assé avec le Rouge et Or de l’Université Laval a bien failli être de très courte durée. 

Après trois parties de sa première saison à Laval en 2016, Assé voulait retourner chez lui. « Je me souviens très bien d’une journée où j’avais fait mes bagages et j’étais prêt à retourner à Montréal, confie le joueur de ligne offensive de 6 pi 7 po et 310 livres. Je me disais que Laval n’était pas fait pour moi.  

« C’était un gros défi de partir de Montréal-Nord pour me retrouver à Québec, de poursuivre Assé. C’était complètement différent. Parce que je n’avais pas joué au sein du programme de l’équipe du Québec, je ne connaissais personne. En plus, j’habitais à Charlesbourg, loin de mes coéquipiers et du campus. J’étais seul dans mon coin et j’avais laissé ma propre mère seule à Montréal en quittant pour Québec. » 

Au cours de cette première saison à Laval, Assé n’avait pas été habillé lors des trois premières parties. « Je me disais que je pourrais être partant partout au Canada et que je n’étais même pas habillé à Laval, raconte le plus bel espoir canadien évoluant au pays en prévision du repêchage de la NFL. Avec le recul, j’ai réalisé que j’étais prêt physiquement à jouer, mais que je n’étais pas prêt mentalement à être partant à Laval. J’ai été habillé lors du 4e match de la saison et je n’ai plus raté aucune partie au cours de mon parcours universitaire. » 

Pas facile à vivre 

Assé lève son chapeau à ses coéquipiers et aux entraîneurs Glen Constantin et Carl Brennan. « Même si je n’étais pas facile à vivre et que je n’étais pas assidu, mes coéquipiers ainsi que Glen et Carl ne m’ont pas abandonné, souligne-t-il. Ce n’était pas seulement aux autres de faire des efforts. Moi aussi je devais faire des efforts et apporter des changements. Je n’avais pas réalisé que je n’étais pas facile à vivre. Je n’étais pas embarqué dans le bateau et j’ai changé beaucoup de trucs à ma première année. » 

Si l’adaptation n’a pas été facile au début, Assé a tissé des liens très solides, au fil des ans, et se plaît dans son nouvel environnement, où il souhaite ouvrir un restaurant de poulet avec sa mère et sa sœur dans les prochaines années. « Samuel Lefebvre est comme un frère pour moi, exprime-t-il. Il m’a invité à son mariage en mai. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit un gars de Lévis et un de Montréal-Nord devenir des amis. J’ai aussi développé une très grande amitié avec Samuel Thomassin, qui est aussi un frère pour moi. » 

Pendant cette première saison, Assé était en contact étroit avec Paul-Eddy St-Vilien qui travaillait à l’époque comme adjoint avec les Carabins de l’Université de Montréal et qui avait dirigé Assé dans les rangs collégiaux. « Polo me parlait comme un père et non comme un coach qui souhaitait que je change d’école, explique le produit des Nomades de Montmorency. Pour avoir joué lui-même à Laval, Polo comprenait ma situation. On parlait de la vie et non de football, et c’est encore comme ça. C’est pourquoi c’est l’entraîneur qui m’a le plus marqué. » 

« Kétel, c’est du matériel de pro » 

Paul-Eddy St-Vilien assure qu’il ne veut pas jouer au devin, mais il savait dès le premier instant que Kétel Assé avait un avenir dans les rangs professionnels s’il pouvait évoluer dans un contexte favorable. 

« Kétel, c’était du matériel pro », affirme le coordonnateur défensif des Ravens de Carleton. « Il était tellement athlétique et transportait bien son poids. Je ne pensais pas qu’il aurait une chance de prendre part à un camp de la NFL un jour, mais je savais qu’il aurait une opportunité dans la LCF s’il était bien encadré parce que c’est un athlète supérieur.  

« Kétel a eu la chance de rencontrer des personnes qui l’ont aidé, mais il mérite amplement ce qui lui arrive, de poursuivre St-Vilien. C’est tout à son honneur. J’ai été présent pour lui, mais aussi des gars comme Alain Mathieu, Glen Constantin et Carl Brennan. Carl est une sommité comme entraîneur de ligne offensive. C’est un entraîneur professionnel qui coache à Laval. » 

Brennan se souvient du moment où il a accueilli Assé à son premier camp d’entraînement, en août 2016. « Il n’avait pas un gros bagage technique », se rappelle l’entraîneur de la ligne offensive du Rouge et Or. « Il était imposant et pouvait faire ce qu’il voulait en raison de sa force. On a débuté à la base en misant sur les détails, la discipline et la méthode de travail.   

« Même s’il a été partant en 2017, le déclic s’est fait en 2018, d’ajouter Brennan. Il avait tous les outils pour être dominant et il a saisi la balle au bond. Il a connu une grosse amélioration au niveau de la discipline et de l’assiduité. » 

Un des meilleurs 

Assé est le troisième joueur de ligne offensive de l’histoire du Rouge et Or à prendre part à un match d’étoiles de la NCAA. Les gardes Carl Gourgues (2004) et Charles Vaillancourt (2016) ont participé au East West Shrine Bowl, sans compter plusieurs gros bonshommes qui ont trouvé preneur en première ronde du repêchage de la LCF.  

« C’est difficile de comparer les époques, mais Kétel est certainement l’un des bons qui sont passés à Laval en termes de talent. Il y a de très bons joueurs qui n’ont pas eu d’opportunités au sud de la frontière. Je pense à François Boulianne, qui a été un très bon bloqueur à Laval, sinon le meilleur. »