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En furie et en quête de liberté

Steve Gagnon crée une œuvre inspirée par les mots de l’auteur québécois Sylvain Trudel

Pour qu'il y ait un début à votre langue
Photo Dylan Sheper Frédéric Lemay joue le rôle de Frédéric, un jeune homme de 26 ans qui attend la mort et qui décide de se taire.

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Steve Gagnon souhaitait, depuis longtemps, amener les mots de Sylvain Trudel sur les planches. L’auteur, acteur et metteur en scène aime les univers créés par cet auteur québécois où la jeunesse se questionne, s’élève contre la norme et a envie de vies extraordinaires.

À l’affiche à partir de mardi au Théâtre Périscope, Pour qu’il y ait un début à votre langue est une adaptation libre des personnages et des thèmes que l’on retrouve dans les romans Le souffle de l’Harmattan et Du mercure sous la langue de l’auteur québécois.

« Sylvain Trudel m’inspire depuis très longtemps. Je l’ai beaucoup lu et je me suis inspiré des traces que ces romans ont laissées en moi », a indiqué le metteur en scène lors d’un entretien.

Pour qu’il y ait un début à votre langue raconte l’histoire de Frédéric, un jeune homme 26 ans qui attend la mort dans une chambre d’hôpital et qui ne parle plus à personne.

« Il refuse de mourir dans la langue de ses parents. Il reproche à cette langue de nommer des choses souvent banales et qui ne servent qu’à évoquer le quotidien. Il souhaite que cette résistance devienne le début d’une nouvelle langue », a raconté Steve Gagnon.

En plein délire, Frédéric se retrouve en compagnie de ses parents et des gens qu’il a beaucoup aimés.
Photo Dylan Sheper
En plein délire, Frédéric se retrouve en compagnie de ses parents et des gens qu’il a beaucoup aimés.

La fièvre monte en lui. L’espace et le temps s’embrouillent, et une succession de morts et de vivants défilent devant lui. 

« Il délire et il revoit ses amis d’enfance Wilson et Odile, avec qui il a vécu une grande histoire d’amitié et d’amour. Ils étaient à la recherche d’une terre d’exil et ils ne se reconnaissaient pas dans la banlieue. Il va revoir, dans sa mort, ces gens qu’il a beaucoup aimés et le drame terrible qui les a frappés lorsqu’ils étaient adolescents », a-t-il ajouté.

Désobéissance

Steve Gagnon n’avait pas envie d’être poli et propre dans la création de cette œuvre qui parle beaucoup de désobéissance. Une désobéissance envers les codes, les cadres et le confort.

« Je voulais être complètement libre dans notre façon de créer et ne jamais être tenté, afin de plaire, de ramener les choses vers le centre. Ce que l’on finit par faire inconsciemment. On a décidé d’assumer totalement notre proposition », a-t-il fait remarquer.

Pour qu’il y ait un début à votre langue devait, à l’origine, être présentée dix fois au Périscope. Le tout a été ramené à cinq représentations parce que l’auteur n’a pas obtenu le financement nécessaire.

Daniel Parent se glisse dans la peau du père.
Photo Dylan Sheper
Daniel Parent se glisse dans la peau du père.

« On doit, lorsque l’on fait une demande de financement au Conseil des arts et des lettres du Québec, être déjà programmé dans un théâtre. Et si tu n’obtiens pas une réponse favorable, tu dois tout de même présenter la pièce. J’ai financé les représentations présentées à Montréal le printemps dernier, et ça m’a coûté 35 000 $ de ma poche. », a-t-il fait savoir.

Seulement cinq représentations

Steve Gagnon n’avait plus les moyens de présenter les dix représentations initialement prévues à Québec. 

Il précise que les deux tiers des projets qui se retrouvent à l’affiche dans les théâtres n’obtiennent pas de soutien financier. Une situation, dit-il, qui doit changer.

« Il arrive souvent que les acteurs et les membres de l’équipe acceptent de jouer en coupant dans leurs salaires. Une actrice m’a raconté avoir gagné 335 $ pour 120 heures de répétitions et 15 spectacles. Je refuse que les gens que j’engage travaillent dans ces conditions », a-t-il laissé tomber.


Pour qu’il y ait un début à votre langue est présentée du 21 au 25 janvier au Théâtre Périscope.