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Les véhicules électriques, c’est payant

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Photo Agence QMI, Joel Lemay Québecor annonçait cette semaine son intention d’électrifier son parc automobile.

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En demandant une aide financière au gouvernement pour électrifier la flotte de véhicules de Québecor, c’était évident que Pierre Karl Péladeau allait s’attirer des railleries.

Vous avez peut-être vu passer ça. Le conglomérat des télécommunications qui possède Le Journal que vous lisez annonçait mercredi qu’il allait investir 17,5 millions de dollars en cinq ans pour convertir son parc automobile.  

Pour y arriver, Québecor demande un soutien de 5 millions, par le biais de subventions auxquelles les citoyens sont admissibles lorsqu’ils font l’acquisition d’un véhicule électrique et via le programme pour les entreprises Transportez Vert du ministère des Ressources naturelles. 

Évidemment, quand le chef d’une entreprise rentable demande une subvention, ça fait sourciller, surtout lorsqu’on lui reproche déjà d’avoir qualifié de « quêteux » les journaux désirant recevoir l’aide de l’État. La grosse Presse s’est gâtée.

Sauf qu’à un moment donné, il faut se poser la question. Des véhicules électriques (VE) au Québec, est-ce qu’on en veut plus ou on en veut moins ? Si on veut atteindre nos cibles de réduction d’émission de gaz à effet de serre (GES), c’est évident qu’on en veut plus.

Surtout que ça peut être payant.

L’énergie d’ici 

Attention, les VE, ce n’est pas une panacée. Leur production génère en elle-même des gaz à effet de serre, ne serait-ce que par l’extraction du lithium utilisé dans leur batterie. En outre, un véhicule contribue autant à la congestion routière, qu’il soit électrique ou à essence.

Sauf que sur l’ensemble de son cycle de vie, un véhicule électrique va quand même générer beaucoup moins de GES, à condition toutefois qu’il soit alimenté par de l’électricité produite de manière propre. Un VE rechargé au charbon, on aurait aussi bien pu mettre de l’essence dedans et ça n’aurait pas été pire.

Cela dit, ça tombe bien, parce que de l’énergie propre, au Québec, on en a. On en a même de trop et ce serait pas mal plus payant d’alimenter nos transports avec une énergie qui est produite ici plutôt qu’avec du carburant importé.

En 2018, le Québec a enregistré un déficit commercial international de plus de 10 milliards de dollars. C’est donc dire que cet argent est sorti de notre économie pour aller dans celle d’autres pays. Savez-vous combien le Québec a importé au net de produits pétroliers bruts et raffinés la même année ? Autour de 10 milliards de dollars.

Bref, on s’appauvrit à acheter de l’énergie à l’étranger, alors qu’on en fait ici. Diminuer cette part dans notre balance commerciale, c’est à peu près la meilleure manière qu’on pourrait avoir d’enrichir le Québec tout en améliorant son bilan environnemental.

Stratégie globale 

Pour que ça arrive, ça prend une stratégie globale. Ça peut même être une occasion de positionner le Québec sur un marché en émergence partout dans le monde. L’importation de véhicules automobiles et de composantes, c’est d’ailleurs la plus grosse dépense extérieure du Québec. Ça pourrait être bien d’en profiter nous aussi.

En 2013, la première ministre Pauline Marois avait présenté une politique d’électrification des transports qui prévoyait notamment la conversion graduelle de la flotte automobile du gouvernement et le soutien à la grappe industrielle des VE. Un des premiers gestes de Philippe Couillard en arrivant au gouvernement fut de « scraper » cette politique, optant pour des gestes à la pièce. 

Le gouvernement Legault est branché quand il est question de VE. On le voit notamment dans le soutien à l’entreprise Recyclage Lithion annoncé en décembre. À partir de Montréal, on va donner une deuxième vie au lithium des batteries des véhicules électriques.

Le Québec est bien positionné. La Compagnie électrique Lion de Saint-Jérôme vend des autobus scolaires électriques partout en Amérique et se positionne dans le camion léger, comme Ecotuned, retenu par Québecor pour convertir sa flotte.

Mais il faut plus, ça prend une approche globale sur trois fronts : pour exporter davantage d’électricité afin d’alimenter les véhicules du continent, pour développer la filière industrielle de la construction et du recyclage de composantes ET pour avoir plus de VE sur les routes du Québec.

Pour ce faire, il faut que le gouvernement achète des VE, installe des bornes et encourage les entreprises à faire le saut également.

Un coup de pouce

En économie, il y a un concept simple qui n’a pas été imaginé par Karl Marx, mais bien par les économistes les plus classiques et qui s’appelle « les externalités ». Ce principe veut qu’on puisse compenser le coût négatif d’une activité pour l’ensemble de la collectivité, comme le tabagisme ou la pollution, en la taxant, et qu’on puisse encourager une activité qui a un bénéfice positif, comme l’éducation ou la pratique de l’activité physique, en la subventionnant.

Partant de là, je ne vois absolument pas pourquoi Québecor ne mériterait pas un coup de pouce du gouvernement pour réaliser une conversion qui aura des conséquences positives pour tout le Québec. Ça prendrait en fait un programme pour pousser toutes les entreprises à faire de même.