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« Ce n’est pas une peur rationnelle »

Depuis que son logement a brûlé, Yan Bonin souffre d’un traumatisme qui trouble son sommeil

Yan Bonin
Photo Michael H. Lambert Traumatisé par l’incendie, Yan Bonin peine à trouver le sommeil et le pardon.

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Yan Bonin a perdu beaucoup le 2 juillet dernier dans l’incendie qui a ravagé son logement à Saint-Jérôme. Bien sûr, il y a un paquet de souvenirs, tous ses vêtements, plusieurs milliers de dollars d’outils qui figurent au palmarès des biens matériels partis en fumée. Mais ce qui lui manque le plus, c’est la paix d’esprit.  

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Depuis le drame survenu il y a cinq mois, jamais l’entrepreneur en construction n’a pu dormir de nouveau à l’intérieur d’un logement standard. Au prix de mille précautions, il réussit à trouver le sommeil à l’intérieur d’une micromaison qu’il a lui-même construite.   

« J’en suis incapable, je me sens mal très rapidement. Si je réussis à m’endormir, je me réveille 20 minutes plus tard avec l’impression qu’il y a de la fumée noire et des flammes qui m’entourent, confie-t-il. Le sommeil, c’est tellement basique, mais en même temps c’est ce qu’il y a de plus précieux. »   

Il estime avoir subi un choc post-traumatique, même si aucun diagnostic officiel n’a encore été posé.   

En préparation pour un voyage dans l’Ouest canadien, le sinistré a tout perdu. « J’avais apporté tous mes biens dans mon appartement et j’avais annulé mon assurance parce que j’étais sur le point de partir » se désole-t-il.   

Accidentel  

La nuit de l’incendie, l’homme de 46 ans est passé près d’y laisser sa peau. Le feu s’est déclaré dans la chambre de son colocataire.   

« Cela faisait plusieurs jours d’affilée que je travaillais. Je me suis assoupi sur une chaise. Je n’ai pas entendu le système d’alarme qui était dans la chambre de mon coloc, c’est lui qui m’a réveillé lorsqu’il est rentré dans l’appartement en criant. Il y avait déjà une grosse fumée noire dans l’appartement, j’en avais jusqu’à la poitrine », se remémore-t-il.   

Yan Bonin se souvient s’être précipité à l’extérieur de son appartement pour y attraper un extincteur dans le corridor. « J’ai tiré de toutes mes forces sur la goupille, mais il n’y a rien qui est sorti. J’ai envoyé mon coloc chercher un autre extincteur, mais c’était trop tard. J’ai réussi à attraper mon chat Shiva, mais j’avais une autre chatte sauvage qui est restée à l’intérieur », précise Yan Bonin.   

L’enquête des pompiers indique qu’il s’agit d’un incendie accidentel causé par un article de fumeur de son colocataire. Trois personnes ont subi des blessures lors de l’incendie qui a ravagé 47 logements.   

L’incendie ravagea l’appartement de Yan Bonin ainsi que 47 autres logements.
Photo courtoisie
L’incendie ravagea l’appartement de Yan Bonin ainsi que 47 autres logements.

Après le choc initial de tout perdre, Yan Bonin s’est rendu compte qu’il devait faire face à un problème d’un autre acabit.   

« Ce qui frappe, c’est la perte du sentiment de sécurité », affirme-t-il.   

Question de se calmer après avoir tout perdu, Yan Bonin est parti camper quelques jours immédiatement après l’incendie.   

« Je n’arrivais pas à dormir, mais ça m’a permis de me calmer un peu. En revenant, j’ai accepté l’hébergement offert par la Croix-Rouge à condition de ne pas être hébergé sous le même toit que mon colocataire. »   

C’est dans un hôtel de Blainville que le sinistré a été confronté pour la première à la phobie qui mine sa qualité de vie.   

« Je ne sais pas par quel hasard de la vie, mais le tapis de l’hôtel était le même que celui de notre immeuble, même couleur, même logo. J’ai quand même décidé d’essayer de dormir à l’intérieur. À peine quelques minutes après avoir réussi à m’endormir, je me suis réveillé en sursaut en ayant l’impression que l’hôtel était en feu. J’avais l’impression d’être en danger. J’ai ressayé de dormir, mais le même cauchemar recommençait. Finalement, j’ai passé mes quatre jours à l’hôtel à dormir dans ma voiture », se remémore-t-il.   

Face au Froid  

L’entrepreneur s’est d’abord résolu à dormir dans sa camionnette avant de se tourner vers une tente-roulotte installée chez des amis dans les Laurentides pour plus de confort.   

« Je suis un gars de camping, j’ai été capable de m’en accommoder même avec le froid en automne, mais avec l’arrivée de la neige, ce n’était plus possible. Ça me confronte de nouveau à mon incapacité de dormir à l’intérieur ».   

Pourtant il a bien tenté de faire face à la situation. « J’ai même essayé de dormir dans la maison de mon frère. Je l’ai construite moi-même, en allant même au-delà des normes du bâtiment, mais il n’y a rien à faire ! Ce n’est pas une peur rationnelle », explique-t-il.   

Une amie a accepté de lui louer une micromaison qu’il a lui-même construite à Sutton il y a deux ans. Il s’accommode peu à peu des lieux en ne laissant « personne toucher au poêle à bois et en débranchant l’électricité la nuit ».   

Il assure y retrouver progressivement un sentiment de sécurité.   

Traumatisme  

Yan Bonin
Photo Michael H. Lambert

Pour faire face à son traumatisme, l’entrepreneur estime qu’il est nécessaire de « reprogrammer » ses pensées. Il croit que l’hypnose pourrait l’aider à se sentir mieux et prévoit se tourner vers des séances d’auto-hypnose. Il a auparavant consulté une psychologue, puis arrêté après quelques séances, craignant de devoir être médicamenté.   

En plus d’apprendre à gérer sa récente phobie, il essaie d’apprendre à pardonner.   

M. Bonin estime que la négligence de son colocataire, qu’il considérait comme un frère, est responsable du drame, car c’est lui qui fumait dans sa chambre.   

« Je suis en colère contre lui, il m’a trahi et il est responsable de ce que je vis. J’essaie de me mettre tranquillement en mode pardon, surtout pour me libérer d’un poids », confie-t-il en retenant une larme.