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Aide à l’emploi des personnes handicapées : Pour la fin des quotas chez Emploi-Québec

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On ne compte plus les histoires d’entreprises qui, à Québec ou ailleurs, réduisent les heures d’ouverture de leur commerce, refusent des contrats ou ferment carrément leurs portes faute de main-d’oeuvre. D’autres redoublent d’ingéniosité ou déroulent le tapis rouge pour attirer et séduire cette denrée devenue rare. Devant l’ampleur de la problématique, le ministre du Travail et de l’Emploi, Jean Boulet, a lancé il y a un an, la « Grande corvée », une initiative destinée à soutenir les entreprises et à endiguer les pénuries de main-d’oeuvre. Dans le cadre de ce chantier, vous avez Monsieur le Ministre, le pouvoir de mettre en place une solution additionnelle toute simple et peu coûteuse.  

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Le modèle actuel de quotas qui prévaut chez Emploi-Québec dans l’intégration en emploi des personnes handicapées fait complètement abstraction de leur dignité en limitant le nombre d’individus qui peuvent faire leur entrée sur le marché du travail. La dernière Stratégie gouvernementale prévoit 130 postes en entreprises adaptées et 100 postes en entreprises régulières par année. Seulement 230 chances d’emplois alors que le programme de solidarité sociale compte près de 125 000 prestataires au Québec, dont plusieurs ont le potentiel de travailler dans un environnement adapté.  

À la lumière de ces statistiques, force est de constater qu’il existe deux classes de personnes handicapées au Québec. D’un côté, celles qui pourront tenter une expérience de travail et de l’autre, celles qui n’y auront pas droit en raison des quotas. Comme quoi en matière de participation au marché du travail, l’égalité des chances est à géométrie variable. Plus absurde encore, selon qu’une personne handicapée demeure au Saguenay-Lac-Saint-Jean ou dans la région de la Capitale-Nationale, son désir de travailler peut être exaucé ou refusé... Suffit de demeurer dans la bonne région! Cela illustre bien l’absurdité de la chose.  

Dans le contexte de rareté de main-d’oeuvre qui frappe sur la province, cet inquiétant paradoxe a de quoi surprendre. Il est regrettable qu’au-delà d’un certain plafond, la dignité humaine n’existe plus. Dans une société qui se dit inclusive et équitable, nous sommes d’avis que les seules limites qu’on devrait imposer à l’intégration en emploi des personnes handicapées, ce sont la capacité et la volonté de ces mêmes personnes à joindre le marché du travail.  

Entre septembre 2018 et septembre 2019, le Québec compte 2 254 personnes handicapées de moins sur l’aide sociale. Dans la Capitale-Nationale seulement, on parle de 257 personnes. En termes budgétaires, cela représente des économies annuelles et récurrentes de 32,6 M$ pour l’État québécois et de 3,7 M$ dans la seule région de la Capitale-Nationale.  

La solution que nous proposons est de transférer ces économies en subventions salariales pour permettre d’intégrer au travail davantage de personnes handicapées : une solution simple, sans coûts additionnels qui permettra de créer des centaines de nouveaux emplois. Les personnes handicapées désireuses de travailler pourraient non seulement regagner en dignité, contribuer à l’économie québécoise, mais aussi diminuer les charges de l’État en réduisant le versement d’autres prestations d’aide sociale. Une situation où les personnes handicapées, les entreprises et le gouvernement seraient triplement gagnants.  

À Québec, Groupe TAQ compte 300 travailleurs dont 70 % de son personnel est constitué de personnes avec des limitations physiques, visuelles ou cognitives. Cette entreprise, spécialisée dans la sous-traitance manufacturière, les solutions postales et l’emballage alimentaire, est devenue une solution à la pénurie de main-d’oeuvre pour plusieurs dizaines d’entreprises de la région de Québec. Signe de son dynamisme, Groupe TAQ s’est doté l’an dernier d’un nouveau siège social; installations qui, quelques mois seulement après leur inauguration, doivent déjà être agrandies. Mais pour répondre à une demande qui ne cesse d’augmenter, Groupe TAQ doit continuellement embaucher de nouvelles personnes handicapées.  

Comme les travailleurs visés par Groupe TAQ ont une productivité limitée et requièrent un encadrement adapté, l’aide d’Emploi-Québec doit être proportionnelle à l’embauche. Or, le nombre de postes subventionnés chez Groupe TAQ est plafonné par Emploi-Québec. L’embauche de plusieurs personnes handicapées au-delà des postes accordés fragilise la santé financière de l’organisme et freine son développement. Cette problématique s’observe également chez d’autres entreprises adaptées particulièrement dynamiques. Tout récemment, Groupe TAQ a dû renoncer à d’importants contrats qui auraient permis à des entreprises d’ici de soulager une partie de leurs problèmes de main-d’oeuvre.  

Comme entrepreneurs et leaders économiques de la région de Québec, nous avons choisi de nous mobiliser pour la cause et de réclamer des changements dans les programmes destinés à l’intégration et le maintien en emploi des personnes handicapées. Pour travailler étroitement avec Groupe TAQ, nous savons que ces entreprises adaptées font un travail absolument remarquable grâce à un accompagnement personnalisé et respectueux de leur différence qui facilite leur intégration socio-professionnelle.  

Monsieur le Ministre, il est impératif de déplafonner le nombre de postes subventionnés par région et par entreprise adaptée pour tenir compte de l’activité économique et de la croissance de ces entreprisesd’économie sociale qui font la différence autant pour les personnes handicapées que pour l’économie québécoise. Évidemment, cela ne règlera pas tous les maux d’un problème multifactoriel, mais au moins on s’attaquerait à un non-sens.  

* Sont signataires de cette lettre :   

Chambre de commerce et d’Industrie de Québec Biscuits Leclerc  

Chocolats Favoris La Capitale  

Simons Therrien, Couture, Jolicoeur  

Fruit-d'or Fondation Familles Jules Dallaire  

Atrium Innovations Vigneault Chocolatier  

Lumca Faber  

Nutrafruit Arnaud Marchand - Chez Boulay  

Mr. Cocktail Maison Orphée  

SSQ Assurance  

Mallette Play-Lü  

Alex Coulombe Deschamps Impressions  

Porte-parole : Charles Auger, Associé et Vice-Président Opérations – Chocolats Favoris