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Aide médicale à mourir: pas si vite.

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J’ai été extrêmement surprise par l’annonce du gouvernement concernant l’élargissement de l’aide médicale à mourir. On s’attendait certes à une ouverture, mais le processus est d’une opacité inexplicable, et certains éléments soulèvent des inquiétudes importantes.  

Je m’attendais à de nouvelles dispositions à la suite du jugement Baudouin, dont le retrait du critère de «fin de vie», après le combat de Nicole Gladu et de Jean Truchon, tous deux atteints de maladies incurables dégénératives.    

Je m’attendais à ce que des maladies comme la sclérose en plaques, la sclérose latérale, et la maladie de Parkinson soient concernées par ces changements.     

Mais voilà que le gouvernement nous garroche d’autres gigantesques changements ayant des conséquences très lourdes et soulevant des questionnements éthiques qui méritent qu’on s’y attarde.   

En retirant le critère de fin de vie, on ouvre la porte à l’aide médicale à mourir pour les personnes atteintes d'une maladie mentale grave.   

Opacité totale  

En plus, on nous dit que les Québécois sont rendus là... Je ne me souviens pas d’avoir participé ou même entendu un débat entourant l’accès à l’aide médicale à mourir pour les gens atteints d'une maladie mentale sévère! Et vous? Comment a-t-on mesuré notre sentiment sur le dossier?   

Cet enjeu-là est très profond. Je ne dis pas que je m’y oppose à tout prix, mais il soulève des questions et des inquiétudes. Nous devons tenir un débat ouvert, non partisan, transparent et démocratique sur la question.   

La schizophrénie et la bipolarité ne sont pas des maladies dégénératives incurables.   

Et l’accès aux soins en santé mentale?  

La loi sur les soins de fin de vie, issue de la commission spéciale Mourir dans la dignité, avait une dimension d’accès aux soins. Elle proposait une vision globale et intégrée des soins palliatifs et de fin de vie. Elle assurait aux personnes en fin de vie l’accès à des soins de qualité et à un accompagnement adapté à leur situation particulière, lors de cette étape de leur vie pour prévenir et apaiser leurs souffrances.    

Or, au Québec, l’accès aux soins en santé mentale est pitoyable!   

Pour avoir accès aux services d’un psychologue, on doit soit payer le fort prix, ou alors attendre des mois voire des années dans le réseau public. Comment s’assurer que les personnes schizophrènes ou bipolaires ont reçu tous les soins et la médication avant de pouvoir conclure, avec un consentement éclairé, que la souffrance est non seulement insoutenable, mais qu’elle ne cessera pas?    

Comprenez-moi bien, je ne dis pas que ces personnes ne souffrent pas, je dis simplement que d’ouvrir l’aide médicale à mourir à ces maladies est un geste énorme pour notre société.    

La commission spéciale Mourir dans la dignité s’est penchée, de façon transparente et démocratique et durant de nombreuses années, sur ces questions. Comment les ministres de la Santé et de la Justice peuvent-elles croire qu’il est acceptable d’annoncer de tels changements comme ça, sans débat, sans discussion?    

Un instant.