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Ce Québécois rêve à un poste d’entraîneur à temps plein dans la NFL

Fabio S. Gagnon apprend le métier chez les Rams de Los Angeles

Fabio S. Gagnon
Photo courtoisie

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LOS ANGELES | Dans l’ombre et loin des réflecteurs, Fabio S. Gagnon se farcit des semaines de travail de 80 heures pour apprendre son métier et réaliser son rêve d’être un entraîneur à temps plein dans la NFL.  

Bras droit de l’entraîneur des secondeurs extérieurs, Gagnon vient de terminer sa troisième saison dans la NFL à seulement 25 ans. Après des arrêts avec les Bills de Buffalo en 2017 et les Steelers de Pittsburgh en 2018, il travaille cette année avec les Rams de Los Angeles sous les ordres de Chris Shula.   

Premier entraîneur québécois de l’histoire dans la NFL, Gagnon est fier de son parcours, mais il ne veut pas s’arrêter en si bon chemin.  

«Je suis fier d’être où je suis rendu, mais mon but est de devenir le meilleur entraîneur possible, résume-t-il. Les joueurs exceptionnels ne se retrouvent pas sur le banc, mais les coachs doivent passer par là et faire leurs classes. C’est la seule façon d’apprendre la game dans son ensemble.»  

«Tu travailles de 5 h 30 à 23 h, tu couches au bureau et tu recommences le lendemain, poursuit Gagnon, qui se plaît parfaitement dans cet horaire de fou. Personne ne voit ton travail, mais c’est une question d’apprentissage. Je prépare nos coachs qui font peu de vidéo. Pour faire ça, tu dois aimer le football beaucoup plus que seulement la journée des parties ou le prestige rattaché à la NFL.»  

Des choses à apprendre  

Le diplômé en économie de l’Université St.Lawrence dans le nord de l’État de New York se sent-il prêt à franchir le dernier pas qui le mènera à un emploi à temps plein dans la NFL?   

«J’ai hâte à la prochaine étape, mais je ne suis pas prêt à 100 %. J’ai encore des choses à apprendre. Ces temps-ci, on regarde beaucoup ce que les 49ers font en défensive et il y a des couvertures que je découvre dans la façon de déguiser leurs choses. Je ne suis pas encore à mon mieux, mais je le serai dans quelques années.»  

Incertain de son statut pour la prochaine saison, Gagnon pourrait-il accepter une offre d’entraîneur de position si la possibilité se présente, et quitter les Rams? Après le Super Bowl, il aura une bonne idée de ce qui l’attend pour la prochaine campagne.  

 

Le secondeur des Rams de Los Angeles John Johnson III en compagnie de l’entraîneur adjoint des secondeurs de l’équipe, Fabio S. Gagnon.
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Le secondeur des Rams de Los Angeles John Johnson III en compagnie de l’entraîneur adjoint des secondeurs de l’équipe, Fabio S. Gagnon.

«Dans la bonne direction»  

«Ça dépend des opportunités qui pourraient se présenter, mais je suis très à l’aise avec l’idée de rester un an de plus avec les Rams. Je crois au potentiel de Chris Shula. Il possède de la graine de coordonnateur défensif et je pourrais le suivre ailleurs dans le futur. Je préfère rester associé à des gens en qui j’ai confiance plutôt que de sauter sur la première opportunité pour améliorer mon sort à court terme. Les millions attendront à 27 ou 28 ans. De toute façon, on vit très bien. Nous sommes logés et nourris et nous avons un salaire raisonnable.»  

«C’est le fun de voir où je suis rendu à seulement 25 ans, et je me considère en très bonne position, poursuit l’ancien porte-couleurs du Blizzard du Séminaire Saint-François qui a accroché ses épaulettes après un an au collégial pour se consacrer au coaching.   

«Il n’y a aucun entraîneur de position de 25 ans et moins dans la NFL. Il me reste des étapes à franchir, mais je suis content du chemin parcouru jusqu’à présent. Je ne suis pas un coach établi, mais je suis plus près que jamais de mon objectif, et je me dirige dans la bonne direction.»  

Un allié de taille à Buffalo  

Si aucun membre de sa famille n’a travaillé dans la NFL, Fabio S. Gagnon peut toutefois compter sur un allié de taille pour l’aider à gravir les échelons.  

Entraîneur des secondeurs des Bills de Buffalo depuis 2017 et impliqué dans la NFL depuis 17 ans, dont trois comme coordonnateur défensif des Jaguars de Jacksonville et trois autres avec les Bears de Chicago, Bob Babich guide le jeune Gagnon.  

«Coach Babich est un mentor pour moi, confie Gagnon. Beaucoup de jeunes coachs dans la NFL sont les fils d’anciens ou d’entraîneurs actuels. Moi, c’est plus difficile parce que je n’ai pas de parent qui peut m’aider. J’ai toutefois un mentor qui le fait.»  

Gagnon a travaillé sous les ordres de Babich en 2017 avec les Bills.   

«Comme il l’avait fait avant avec son fils Bobby, qui est maintenant l’entraîneur des maraudeurs des Bills, il m’a pris sous son aile et m’a montré comment ça fonctionnait. Ce n’est pas la première fois qu’il apprend à un jeune coach à devenir un entraîneur. Nous avons développé une bonne complicité et je n’hésite pas à communiquer avec lui quand j’ai des questions.»  

Comment Gagnon a-t-il gagné l’estime du vétéran entraîneur? «Il aime beaucoup ma passion du coaching et du football. Il avait trouvé que j’avais une bonne énergie lors de notre première rencontre.»  

Un précieux conseil  

Gagnon a retenu un conseil de Babich qu’il met en pratique. «En 2017, il m’avait dit de ne pas avoir peur de prendre de l’expérience avec différentes équipes si l’occasion se présentait. C’est important de connaître le plus de gens possible pour accroître ton réseau de contacts. Je connais des gens dans plus de 20 équipes dans la NFL. Il n’y a pas de poste qui s’ouvre dans la NFL. C’est toujours du bouche-à-oreille. Quelqu’un que tu connais dans ton réseau va soumettre ton nom.   

«Un de mes amis avec les Steelers dont le contrat de jeune entraîneur vient de prendre fin est comme bloqué parce qu’il n’y a pas de poste d’entraîneur principal disponible à Pittsburgh et qu’il n’a jamais travaillé ailleurs.»  

«De mon côté, j’ai la liberté de bouger. Je n’ai pas de famille et ma blonde est à Québec. À part mes bagages, je n’ai rien d’autre à déménager.»  

Gagnon entretient aussi une bonne relation avec le responsable des secondeurs des Rams, Chris Shula, dont le grand-père Don est l’entraîneur le plus victorieux de l’histoire de la NFL, le paternel David a dirigé les Bengals de 1992-1996 et l’oncle Mike occupait le poste de coordonnateur offensif des Giants la saison dernière.   

Un automne «complètement fou» entre Boston et L.A.  

Fabio S. Gagnon n’a pas chômé cet automne et il a mis les bouchées doubles pour remplir ses engagements.  

«Ce fut un automne complètement fou, résume Gagnon, qui a joué son football scolaire avec le Blizzard du Séminaire Saint-François. Je faisais des allers-retours entre Boston et Los Angeles entre mes examens et les parties.»  

En plus de travailler avec les Rams, il secondait les entraîneurs des Eagles de Boston College dans le cadre de sa maîtrise en administration du sport. Il souhaitait ainsi ajouter une corde à son arc.  

«Je n’avais jamais coaché dans la NCAA et c’était important que je développe une nouvelle perspective qui va m’aider dans le futur. Ce sont des jeunes qui n’ont pas terminé leur développement et c’est différent de la NFL. J’avais besoin de cette expérience de la NCAA.   

«Boston College offre un très bon programme de MBA et un bon programme de football en Division 1. Je ne prends pas mes études à la légère et la priorité était de terminer ma maîtrise. À Boston College, ça faisait leur affaire d’avoir un étudiant qui travaillait pour une équipe de la NFL et ils me laissaient toucher à tous les aspects. Avec les Rams, ils comprenaient ma situation. Je faisais beaucoup de travail à distance. J’aurais aimé être plus impliqué, mais je voulais terminer ma maîtrise. Je n’ai pas de regrets d’avoir fait les deux.»  

Une offre refusée  

Gagnon a reçu une offre de la NCAA l’hiver dernier, mais il a préféré décliner la proposition. «Mon mentor m’avait déniché un emploi au sein d’un programme où un de ses amis était entraîneur-chef, raconte-t-il. J’étais en direction de Boston College et l’entraîneur m’a appelé pour me demander de faire demi-tour et de venir le rencontrer. Je n’étais pas certain de ce que je voulais faire, soit coacher ou travailler dans les bureaux d’une équipe.»  

«J’avais au même moment des offres des Cardinals, des Ravens, des Falcons et des Rams, énumère Gagnon. Mon entrevue s’est bien passée avec les Rams. C’est un jeune personnel d’entraîneurs, ce qui me rejoignait plus.»  

«Pas inquiet»  

En déclinant la proposition qui lui aurait procuré un premier emploi à temps plein dans le football, Gagnon craignait de déplaire à son mentor Bob Babich, qui avait soumis son nom. Babich est l’entraîneur des secondeurs avec les Bills de Buffalo et besogne dans la NFL depuis 17 ans.  

«Il m’a dit de ne pas me sentir mal qu’il avait soumis ma candidature parce qu’il croyait à mes habiletés, mais de prendre la meilleure décision possible pour moi. Je ne suis pas inquiet. Je vais trouver quelque chose vraiment à mon goût.»