/misc
Navigation

Auschwitz et commémorations: Andrzej Duda et Donald Trump n'y sont pas

Auschwitz et commémorations: Andrzej Duda et Donald Trump n'y sont pas
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Au moment où plusieurs leaders mondiaux se retrouvent en Israël pour souligner le 75e anniversaire de la libération du camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau, l’absence remarquée des présidents polonais et américain met en relief une faille parmi les alliés des États-Unis.  

Ces commémorations sont d’une grande importance. Plus d’un million de Juifs sont morts dans ce camp qui fut le plus meurtrier du régime nazi. Aménagé en 1940 à l’ouest de Cracovie, en Pologne, le complexe d’Auschwitz s’étendait sur 42 km carrés et se divisait en trois camps: Stammlager, Birkenau et Monowitz.   

Ce sont les troupes de l’Armée rouge qui y pénétreront en 1945 et qui offriront une assistance aux quelques milliers de survivants mal en point que les nazis n’avaient pas déportés ou évacués avant l’arrivée de l’armée soviétique.  

De récentes démonstrations d’antisémitisme en Allemagne et aux États-Unis confèrent à l’événement un caractère symbolique encore plus grand. La déclaration d’urgence de la ville de Dresde face à la recrudescence de l’idéologie nazie ajoute à l’urgence d’agir. Il faut dépasser le seul devoir de mémoire.  

Si les délégations de plusieurs pays sont nombreuses et que beaucoup de chefs d’État sont présents, comment expliquer l’absence du président polonais Andrzej Duda et du président américain Donald Trump?  

L’absence du président polonais est plus simple à expliquer. Il y a une querelle ouverte entre Vladimir Poutine et lui. Les deux hommes s’affrontent sur la responsabilité du déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale.   

D’un côté, Duda s’est désisté parce que les organisateurs n’ont pas prévu qu’il prenne la parole, alors que Vladimir Poutine le fera. Pour le Polonais, cette situation est inacceptable, puisque Auschwitz était situé dans la Pologne occupée et que les Juifs de Pologne ont été touchés plus durement que tous les autres par les camps d’extermination.  

Si Poutine invoque avec raison la présence de l’Armée rouge lors de la libération du camp, Duda lui reproche de réécrire l’histoire en oubliant le pacte germano-soviétique du début du conflit. Et le président russe envenime les choses en lui répondant qu’on a tendance à oublier l’antisémitisme qui régnait en Pologne à l’époque.  

Alliés d’Israël et de la Pologne, les États-Unis se sont désolés du fait que Duda ne puisse prendre la parole lors des commémorations et ils affirment comprendre les motifs de son absence.   

On rapporte que quelques membres de l’administration seraient en colère et qu’ils considéreraient que la Russie profite de l’événement pour marquer des points. Après tout, ce ne serait pas la première fois que Vladimir Poutine évoque la grandeur passée de l’URSS tout en omettant les dérapages du régime. Lorsque Poutine semble faire porter le blâme à la Pologne en référant à l’antisémitisme qui avait cours avant la guerre, on reconnaît dans ses déclarations la propagande à laquelle il nous a habitués.  

Les États-Unis déplorent également les relations difficiles entre la Pologne et Israël. Les deux pays sont divisés par une querelle autour, encore une fois, de l’antisémitisme. Les propos de Poutine évoqués plus haut trouvent leur origine dans ce bras de fer historique.   

Si l’histoire est au cœur de ce froid qui divise des alliés des Américains, les États-Unis y voient des retombées dans leur gestion actuelle de la situation dans la région. Sur le plan stratégique, les États-Unis ont besoin d’alliés (face à l’Iran, par exemple) et la division qui règne va à l’encontre des besoins américains. Pour l’instant, c’est la Russie qui tire son épingle du jeu, autant en réécrivant l’histoire qu’en se rapprochant d’Israël.  

Est-ce assez pour expliquer l’absence du président américain? Je me le demande. Au-delà des enjeux stratégiques, Donald Trump pouvait marquer des points politiques importants en se présentant. Le président pouvait aisément courtiser le vote de la communauté juive aux États-Unis pendant une année électorale en participant aux commémorations.  

Vous constatez que les commémorations de 2020 vont bien au-delà du devoir de mémoire et de la symbolique; ce qui se déroule aujourd’hui en Israël démontre à quel point la situation est complexe, et que les alliances fluctuent. C’est en observant cette situation que j'espère souvent que le président américain se montre prudent. On peut hausser le ton et frapper du poing sur la table, mais la réalité nous rattrape éventuellement.   

Si le président américain n’a pas de stratégie à moyen ou à long terme, des dirigeants comme Vladimir Poutine en ont.