/opinion/columnists
Navigation

Comment le président évitera la destitution

Coup d'oeil sur cet article

Alors que commence son procès en destitution au Sénat, la stratégie du président se résume à six éléments : effronterie, menaces, mensonges, hypocrisie, obstruction et faux-fuyants.

Personne ne conteste vraiment les faits. Donald Trump a fait pression sur le président de l’Ukraine, notamment en retenant illégalement une aide militaire vitale, pour qu’il annonce des enquêtes qui aideraient sa réélection. Il a ensuite bloqué systématiquement l’accès aux témoins et aux documents pertinents à l’enquête.

Pour les démocrates — et franchement, pour quiconque échappe encore au culte de la personnalité de Trump —, il s’agit là d’un abus de pouvoir et d’une entrave au Congrès. Ces offenses sont à la base des articles d’impeachment adoptés par la Chambre des représentants et justifieraient amplement sa destitution par le Sénat.

Effronterie et menaces

Donald Trump prétend que ses actions ont été irréprochables, voire parfaites. Il a admis ouvertement que son objectif dans la relation avec le président ukrainien était de lui faire annoncer des enquêtes sur Joe Biden et son fils. Son chef de cabinet, Mick Mulvaney, a révélé candidement qu’il y avait eu quid pro quo et que ceux qui y voient un problème devraient juste en revenir (get over it).

Trump peut s’en tirer aussi effrontément entre autres parce qu’il tient tous les législateurs républicains sous la menace de rétribution politique s’ils osent le défier. Ces menaces étaient à peine voilées alors que s’engageait le procès.

Mensonges et hypocrisie

Faut-il s’étonner que la stratégie de défense d’un président qui débite les faussetés et les mensonges à la tonne soit en bonne partie fondée sur des mensonges et des fabulations ?

Les avocats du président ont déjà proféré des faussetés manifestes au procès, prétendant entre autres que les républicains avaient été exclus des séances à huis clos de la Chambre des représentants.

Encore plus évidente que les mensonges est l’hypocrisie de partisans qui n’auraient aucune hésitation à condamner un démocrate pour des fautes bien moindres. Il en aurait fallu bien moins de la part de Barack Obama pour que les républicains tombent sur lui comme une tonne de briques. N’avaient-ils pas réclamé la prison pour Hillary Clinton pour une affaire de courriels ?

Obstruction et faux-fuyants

Comment Trump s’en tirera-t-il alors que les faits pèsent lourdement contre lui ? Ses défenseurs et lui continueront de bloquer aussi systématiquement que possible tout ce qui permettrait de fournir au Sénat et au public une image complète et exacte de cette affaire.

Les républicains du Sénat participent en bloc à la stratégie d’obstruction du président en fermant la porte à tout nouveau témoin et à tout nouveau document. Pourtant, ce ne sont pas les indices de preuves incriminantes supplémentaires qui manquent.

À ces blocages systématiques s’ajoutent des faux-fuyants qui entretiennent la confusion. Ainsi, les défenseurs du président s’enfoncent dans une procédurite aiguë qui leur permet d’éviter d’aborder le cœur du problème : un président qui se croit au-dessus des lois.

C’est ce même genre de faux-fuyants qui ont permis à Donald Trump d’esquiver les conséquences de ses actions frauduleuses en affaires et ses inconduites personnelles. La vérité finira un jour par le rattraper, mais entre-temps, les sénateurs républicains lui permettront de s’en tirer. Reste à savoir si les électeurs feront de même.