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Le jour où les Expos sont morts...

Ken Hill
Photo d’archives

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Il y a de ces journées qu’on a l’impression d’avoir vécues avec passion. On a tellement lu et discuté des événements qu’on a la quasi-certitude d’avoir vu marcher Kevin Malone vers le monticule, d’avoir entendu Rodger Brulotte, d’avoir partagé l’incrédulité des confrères.

C’est le jour où les Expos sont morts. Certains diront que les Expos sont morts avec les adieux remplis de larmes refoulées de Jacques Doucet quand l’équipe a fait ses adieux à Montréal...

Mais les journalistes et les chroniqueurs savent que les Zamours sont morts le 6 avril 1995 dans un champ secondaire à West Palm Beach.

Les gars s’en souviennent encore. La table de pique-nique où ils s’assoyaient entre deux nouvelles catastrophiques, le monticule où Kevin Malone, le directeur général, s’installait pour annoncer les catastrophes et répondre, atterré, aux questions.

La roulotte pas loin de la ligne du premier but...

TROIS SURDOUÉS ÉCHANGÉS

La journée avait commencé avec la confirmation de l’échange de Ken Hill, le grand droitier des Expos. 

C’était déjà la déprime. En août précédent, les Expos formaient la meilleure équipe du baseball. Puis, la grève des joueurs avait tué l’élan des Expos vers la Série mondiale. Pendant l’hiver, Claude Brochu avait laissé partir Larry Walker, notre nouveau membre du Temple de la renommée, sans même faire une petite offre pour au moins recevoir un choix de repêchage. Perdu, envolé au Colorado le grand Larry. Le beau blond avec une claque !

Puis là, à l’ouverture retardée du camp d’entraînement, les joueurs apprenaient que Hill était parti. Et Kevin Malone sortait de la roulotte pour leur annoncer que Marquis Grissom s’en allait avec les Braves.

Serge Touchette s’en rappelle.

« On était assommés. Les joueurs ne savaient pas ce qui se tramait, les journalistes essayaient de se remettre les idées en place pour travailler... moi, je me rappelle surtout d’avoir retrouvé Marquis Grissom en pleurs dans le stationnement. Pis de Marcel en bermuda avec ses petites jambes.

Marcel étant évidemment Michel Lajeunesse, de la Presse canadienne...

Rodger Brulotte retient aussi qu’on avait échangé dans la même foulée le releveur étoile John Wetteland.

« Claude Brochu aurait pu sauver les Expos. L’équipe avait encore ce qu’il fallait pour être championne. Mais il était tellement pressé de la vendre et de la déménager ailleurs en se négociant un poste de président qu’il ordonnait qu’on procède à ces ventes de feu », raconte Brulotte.

CINQ EXPOS AU TEMPLE

J’espère de tout mon cœur qu’on va revoir les Expos à Montréal. Dans toute ma carrière, c’est avec les Zamours et le zoo formé par les journalistes que j’aurai eu le plus de plaisir.

Rodger Brulotte s’appelait Pantoufle. Jamais su pourquoi. Mais hier, Rodger était un homme fier. Voir cinq Expos au Temple de la renommée du baseball, ça le remplit de bonheur. J’ai compris un peu pourquoi en l’écoutant.

« Charles Bronfman a été un propriétaire formidable. Il avait compris qu’il devait investir dans les filiales. Gary Carter, Andre Dawson, Bill Gullickson, des dizaines de nos meilleurs avaient grandi dans les filiales. On travaillait comme des malades pour faire progresser nos jeunes », de dire Pantoufle.

C’est hier seulement que j’ai appris que la carrière de Brulotte, le grand maître des relations publiques et du marketing, avait débuté dans les champs brûlés des clubs mineurs des Expos. Dans le A, le AA et le AAA. Le jeune Brulotte était l’adjoint de Mel Didier, le génie derrière la moisson des talentueux Expos.

« On consacrait le temps nécessaire. Ça commençait à 8 heures le matin et ça se terminait à 4 heures de l’après-midi. Comme les joueurs de hockey soviétiques de l’époque. On formait les jeunes. Gary Carter était un joueur de champ intérieur à son arrivée avec l’organisation. On l’a transformé en receveur. Andre Dawson était arrêt-court, on en a fait un joueur de champ centre. C’est plein d’exemples semblables. Le personnel d’entraîneurs des Expos dans les ligues mineures était extraordinaire. Ils étaient bien payés », de raconter Pantoufle.

C’est finalement Roger D. Landry qui l’a appelé au département de marketing. Le reste, comme Youppi, c’est l’histoire.

BIJOU, LE KID ET LE FRANÇA...

Je souhaite aux Québécois des années 2020 et suivantes de vivre l’extraordinaire plaisir que les Expos ont déjà procuré aux amateurs et aux... journalistes.

Couvrir le Canadien a toujours été une affaire terriblement sérieuse et un peu névrosée. Mais arriver chez les Expos à la mi-août, retrouver les confrères du baseball était une aventure fabuleuse. Les voyages de baseball étaient différents. On restait trois jours dans chaque ville. L’équipe s’occupait de tout, même des bagages et des valises et surtout, les personnages colorés étaient... abondants.

Le Kid Carter, taquin et complice de tous les tours pendables de Pantoufle, la grande gueule à Cromartie, Bryn Smith qui se fiait sur Bijou Rinfret pour sortir en ville, le França, Claude Raymond, Parking Marion, cette bande de joyeux lurons mêlait travail et rires comme aucun autre groupe dans l’histoire du Québec.

Et la bande de 1994 était tout aussi le fun. Felipe Alou, le vieux (déjà) mentor, Larry Walker, Marquis Grissom, Pedro Martinez, gros comme un gringalet mais capable de passer le rasoir à un frappeur trop proche du marbre...

Et Touche qui était encore aussi drôle...

Qu’ils reviennent, qu’on les aime, que la ville vibre encore...

Salut Larry Walker ! Jusqu’à nouvel ordre, tu seras le dernier Expo au Temple. 

DANS LE CALEPIN |  Luis Rojas a été nommé gérant des Mets de New York. C’est un des fils de Felipe Alou. « Il a appris son baseball à Laval », a lancé Felipe en apprenant la nouvelle. Authentique.