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Mourir de désespoir, faute de mieux

Mourir de désespoir, faute de mieux
Simon Clark/Agence QMI

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Le gouvernement du Québec a annoncé qu’il rendait «inopérant» le critère de «mort naturelle raisonnablement prévisible» qui faisait partie intégrante des conditions pour recevoir l’aide médicale à mourir.   

On n’avait pas d’autre choix, dit-on, afin de respecter le jugement de la Cour supérieure du Québec qui a accueilli les arguments de Nicole Gladu et de Jean Truchon un peu plus tôt cette année.   

Or, cette façon de faire rendra l’aide médicale à mourir (AMM) accessible à certains patients souffrant de maladies mentales sévères.   

Le consensus futile  

Ce qui semble faire le plus réagir, c’est la manière dont la nouvelle a été annoncée, en point de presse, comme s’il s’agissait d’une note de bas de page. Sans crier gare et sans le fameux « consensus social », sans la sacro-sainte acceptabilité sociale, on annonce à des malades, mais aussi à leurs familles, qu’ils pourront maintenant demander de mourir.  

Pour ma part, je n’ai que faire du consensus social en matière d’AMM pour les personnes souffrant de maladies mentales. Demander l’opinion de tout un chacun sur un sujet aussi délicat sans expliquer d’abord les concepts de base est tout à fait ridicule. Au Québec, on n’arrive même pas à parler ouvertement de maladie mentale. Comment peut-on espérer décider de la vie et de la mort des personnes qui en sont atteintes ?  

Le suicide assisté  

En janvier 2019, il y a maintenant un an, avant même le jugement Baudouin, des chercheurs de l’Université de Montréal réclamaient le droit à l’AMM pour les personnes atteintes de maladies mentales.  

En 2016, un comité parlementaire avait recommandé la même chose. (Il avait aussi recomm andé que les mineurs puissent avoir accès à l’AMM, mais c’est un autre débat.)   

Dans ces deux cas, ce dont il est question, c’est davantage de suicide assisté que d’aide médicale à mourir. L’argument de fond, c’est que de refuser l’aide médicale à ces malades, c’est leur refuser de mourir dignement. Parce que quand une personne souffre moralement de manière insoutenable et qu’elle n’a pas d’autre solution, que lui reste-t-il sinon le suicide ?  

Mais dans un tel cas, peut-on juger que la personne qui demande à mettre un terme à ses souffrances est réellement apte à consentir ?  

Trop souvent, les personnes qui souffrent de maladie mentale sévère n’arrivent plus à voir qu’une vie moins souffrante est possible. On parle de schizophrénie, de bipolarité, mais aussi de dépression majeure.  

On ne permet pas les dispositions anticipées en matière d’AMM parce que la loi exige que la personne puisse consentir au moment de recevoir les soins. Or, comment pourra-t-on juger de l’aptitude à consentir aux soins, de la clarté d’esprit, d’une personne dont c’est l’esprit même qui cause la détresse et la souffrance ?  

100 sur 4 000  

Si les statistiques québécoises sont proportionnelles à celles de la Belgique (où l’aide médicale à mourir est admise pour les personnes souffrant de maladies mentales), ce serait environ 100 cas de maladies mentales qu’on retrouverait pour les 4 000 demandes qui ont été accordées et traitées depuis 2015.  

Dire ça, c’est presque dire que 100 vies sur 4 000, c’est pas tant que ça. Mais chaque vie compte.   

On ne le dit pas assez, mais les services en santé mentale au Québec font pitié. Dans les prochains jours, on se fera une bonne conscience en «causant pour la cause». Une belle initiative, mais un exemple flagrant que notre réseau est loin de suffire à la tâche. Un moment aussi de constater à quel point les maladies mentales sont stigmatisantes et à quel point le travail de pédagogie sur ce sujet ne fait que commencer.   

Avant de proposer aux personnes malades de choisir la mort, ne devrait-on pas, au minimum leur permettre d’envisager la vie ? 

Si vous avez besoin d'aide pour vous ou pour l'un de vos proches. Sans frais, partout au Québec, 24 h/24 1 866 APPELLE (277-3553)