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40 ans plus tard: des «Voisins» toujours actuels

40 ans plus tard: des «Voisins» toujours actuels
MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

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MONTRÉAL – Les Voisins ont bien vieilli. La pièce écrite par Claude Meunier et Louis Saïa, il y a 40 ans, qui grossit et tourne en dérision tous les clichés associés à la banlieue et ses habitants, trouve encore une résonance en 2020, dans son absurdité et sa fine critique sociale.  

Les Productions Monarques ont eu le flair de ressusciter ce joyau du théâtre populaire québécois pour souligner ses deux décennies d’existence, en y accolant une distribution d’envergure, dotée d’un talent tout naturel pour ce type d’humour presque burlesque.   

Jean-Michel Anctil et Brigitte Lafleur (Georges et l’angoissée Laurette), Rémi-Pierre Paquin et Marilyse Bourke (Fernand et la nunuche Luce) ainsi que Guy Jodoin et Marie-Chantal Perron (le conservateur Bernard et Jeanine) incarnent avec un grand aplomb comique les trois couples au cœur de cette satire de la banlieue.   

Un truculent Pier-Luc Funk prête ses traits à Junior, fils de Georges et Laurette. Ce jeune adulte sans grande ambition est «prêt à déménager près de la salle de lavage». Catherine Brunet complète le tableau en personnifiant l’adolescente rebelle Suzy, qui trouve à redire sur tout, surtout sur ses parents.   

La mise en scène dynamique d’André Robitaille ne s’éternise pas, tout en mettant bien en relief le vide de l’existence de ces protagonistes en lesquels on reconnaît tous quelqu’un de notre entourage.   

En prime, on a laissé intactes des références de l’époque du début des années 1980. Jeanine (Marie-Chantal Perron) et Luce (Marilyse Bourke) papotent près d’une pyramide de cannes Campbell dans un Steinberg, et c’est le festival des vêtements couleur pastel ou carreautés bruns.   

 

40 ans plus tard: des «Voisins» toujours actuels
MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

 

40 ans plus tard: des «Voisins» toujours actuels
MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

 

Conversations insignifiantes   

On distingue le Meunier des beaux jours dans les textes à la fois hyper terre-à-terre et décalés des Voisins, où on s’impressionne à grands coups de tapisserie sur le mur du poêle, où les varices de la voisine deviennent objet de médisance et où on s’offusque du prix du steak haché. Popa de La petite vie chouchoutait ses vidanges, Bernard des Voisins taille et dorlote sa haie avec un soin maniaque. Même combat, lit à la verticale en moins.   

Les conversations insignifiantes et absurdes à souhait, elles, demeurent, et sont toujours aussi rigolotes parce que désespérantes de banalité. On enchaîne les répliques superficielles à la «Ça se taille bien, du pain tranché», ou «L’herbe, ça me relaxe; je m’en sers de plus en plus comme clôture». Un souper sans prétention finira par être le théâtre d’un petit drame, que les congénères prendront bien sûr à la légère, sans s’empêtrer dans les démonstrations d’empathie.   

On ne regarde pas Les Voisins en s’accrochant à un quelconque suspense, parce qu’on sait que le train-train quotidien des personnages ne mènera sûrement pas à de grandes surprises (quoique...). Mais on se demande quand même jusqu’où iront les énormités débitées par ces disciples de la piscine hors terre.   

 

40 ans plus tard: des «Voisins» toujours actuels
MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

 

Il ne faut d’ailleurs pas grimper dans les rideaux en écoutant Georges persifler à sa femme Laurette, qui lui confie s’ennuyer: «T’as une balayeuse neuve, sers-toi-en!».   

Mais c’est un peu ça, Les Voisins: des préjugés amplifiés, ridiculisés, énoncés comme de grandes vérités. Ces Voisins aux valeurs matérialistes et craintifs du qu’en-dira-t-on n’ont peut-être pas inventé le pain tranché, justement, mais nous en disent encore long sur nous-mêmes, même après 40 ans.   

La pièce Les Voisins est présentée au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts vendredi et samedi, puis part en tournée à travers le Québec.