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Au travail comme à la guerre!

Les agents
Photo Courtoisie Les agents
Grégoire Courtois, Le Quartanier, 296 pages

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Le monde du travail est impitoyable, et le roman Les agents entend bien le démontrer. Bienvenu dans un univers moins futuriste qu’il n’y paraît.

L’histoire se passe en des temps lointains, où s’élèvent des tours de centaines d’étages remplis de gens qui ne quittent jamais leur poste de travail. La notion de domicile n’existe plus ; il ne reste que le bureau dans la vie.

Hors de celui-ci, tout en bas des tours, il y a la rue. C’est là que sont rejetés tous les mésadaptés du système. Comment font-ils pour survivre ? Nul ne le sait, et personne ne veut aller voir.

Des masses d’individus, appelés « agents », ne mettent donc jamais le nez dehors, suivent tous le même horaire, participent tous du même mouvement. Il s’agit, à cœur de jour, de suivre à l’écran des milliers de données surgies on ne sait d’où, mais qui assurent la stabilité du monde.

Ce monde est dirigé par les machines, matérialisation d’une perfection à laquelle les agents ne peuvent qu’aspirer. Les machines donnent des ordres que tout le monde suit aveuglément.

Guildes

Le seul répit vient des courtes pauses qui découpent la journée : ce sont des moments de repos et de ravitaillement, mais surtout des moments dangereux. Car c’est l’heure des affrontements, alors que chacun peut quitter son box et aller menacer les autres. La survie est en jeu ! Heureusement, une panoplie de gadgets, vendus à prix fort, permet de se protéger.

La solidarité subsiste quand même dans cet étrange univers. Les agents sont regroupés en guildes. Face au danger, cela « permet de dormir parfois, pendant que l’un de nous monte la garde ».

Le roman Les agents suit les cinq membres d’une de ces guildes, qui ont tous trouvé un moyen de garder un semblant de personnalité dans l’uniformité imposée par l’entreprise pour laquelle ils œuvrent.

Solveig a éliminé tous les poils de son corps ; Théodore s’est sectionné les orteils ; Laszlo filme les moindres instants de sa vie ; Clara s’est automutilée au nom de l’art ; Hick, la recrue, est un original qui a joint leurs rangs tardivement parce que, en toute innocence, il a tenu tête aux machines. 

Leur routine sera sérieusement ébranlée lorsque l’entreprise introduira une variation dans son fonctionnement. Il sera désormais possible d’obtenir un prêt qui augmente le crédit disponible pour acquérir des moyens de défense, donc la puissance d’une guilde.

Mais il y a une condition : que les membres de celle-ci occupent des box adjacents plutôt qu’éparpillés. La guerre aux box à conquérir est désormais ouverte ! 

Avec Les agents, Grégoire Courtois, qui a signé d’autres romans d’anticipation, pousse au bout de sa logique notre monde obsédé par le travail, l’image et la consommation. Son propos est cinglant et il ne fait aucun quartier. Ce qui donne amplement de quoi réfléchir, tout en se laissant prendre par la tension grandissante, très bien rendue.

Et ça donne froid dans le dos.