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La générosité d’un champion

Jean-Luc Brassard mettait la discipline des bosses sur la carte il y a 26 ans

Ski acrobatique
Photo Martin Chevalier Jean-Luc Brassard a encore frais à la mémoire les souvenirs des Jeux de Lillehammer.

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MONT-TREMBLANT | En 1994, aux Jeux olympiques de Lillehammer, Jean-Luc Brassard a fait vibrer un pays tout entier en remportant une médaille d’or historique dans l’épreuve des bosses en ski acrobatique.

Vingt-six ans plus tard, cet athlète de premier plan hésite toujours à affirmer que c’est lui qui a mis cette discipline sur la carte au pays. Or, nous le ferons pour lui. Trop modeste, l’ami Jean-Luc.

Cette spécialité alors méconnue au Canada lui doit tout à une époque où ils n’étaient que deux, se souvient-il, à composer la délégation canadienne de cette spécialité chez les hommes.

Brassard a accepté de nous faire revivre cet exploit sans précédent qui aura inspiré d’autres compatriotes, dont Alexandre Bilodeau, Mikaël Kingsbury, Justine Dufour-Lapointe et bien d’autres, dans leur quête vers l’excellence.

Nous l’avons rencontré à Mont-Tremblant jeudi en prévision de la Coupe du monde. Ses judicieux commentaires dans son rôle d’analyste ont d’ailleurs fait le bonheur des spectateurs sur le site de la compétition, samedi. 

Âge précoce

D’entrée de jeu, Brassard n’en revient pas des performances des skieurs de bosses.

« On assiste, dit-il, à une progression constante dans le sport. Ces athlètes font à un âge précoce ce que nous on faisait en fin de carrière. C’est remarquable de voir comment ils sont rendus forts et habiles. Chez les filles, notamment, on a atteint un niveau exceptionnel. »

Les skieurs ont su reprendre le flambeau d’abord porté par Brassard, qui se rappelle tous les moments qui ont suivi son parcours mémorable en ce 16 février 1994.

« Après ma descente, relate-t-il, je n’ai vraiment eu que deux minutes à moi. C’est là que j’ai pu savourer ma victoire. Après on doit passer un test antidopage et c’est long. Puis le relationniste de presse vient à ta rencontre.

« C’est là que tu réalises que tu ne t’appartiens plus. Et s’amorcent les entrevues. On a commencé par NBC parce que le réseau américain paie une fortune pour les droits télévisuels.

Le fameux micro de TVA

« Je me souviens très bien d’avoir passé outre la consigne quand j’ai aperçu une caméra de TVA. Le journaliste, placé de l’autre côté de la clôture de sécurité, m’a alors passé le micro, même si en principe je ne devais pas lui parler. »

 Cette scène est encore visible sur la chaîne YouTube.

« Quelques heures après, a-t-il ajouté, j’ai été dirigé à l’endroit où se tenait la remise des médailles. Ç’a été un moment féérique quand j’ai pris place, avec mes parents, dans un traîneau tiré par deux rennes.

« Je me souviens d’être rentré dans ma chambre d’hôtel vers 20 h 30. Je n’en pouvais plus. Émotionnellement, j’étais vidé. Je me suis dit au diable le champagne. Je ne voulais pas terminer ma journée en état d’ébriété. Je voulais plutôt me souvenir de la journée. C’était trop unique. »

Une chanson de Michael Jackson interrompue

Le lendemain, un représentant de la délégation canadienne avait placé dans la porte de sa chambre d’hôtel une note lui disant qu’une quantité importante de messages lui étaient adressés. La plupart étant des demandes d’entrevues de journalistes qui n’étaient pas sur place.

« Je me présente au bureau du comité olympique pour réaliser que c’était une pile de... fax qui m’attendait, affirme-t-il. C’était au lendemain de ma descente. Je n’avais plus rien à faire. Or, j’ai tout lu, répondu à tout.

« C’était complètement fou, se souvient Brassard. Je me rappelle aussi d’avoir fait un appel à la station de radio CKMF le lendemain de la conquête de la médaille d’or. Quand le technicien a appris que c’était Jean-Luc Brassard au bout du fil, il s’est mis à crier.

« Il a tout de suite interrompu une pièce musicale de Michael Jackson pour me passer directement en ondes.

« Le relationniste du Comité olympique canadien m’avait souligné qu’il n’avait jamais vu un athlète retourner autant de demandes d’entrevues, a renchéri Brassard. Mais j’avais le temps... » 

Quand on vous dit que Brassard est un être généreux. Malgré tout, il ne veut pas prendre tout le crédit de sa descente mémorable.

« Il est vrai, déclare-t-il, qu’à mon époque, du ski de bosses ça sonnait comme... danse en ligne à Mont-Tremblant. Personne ne s’intéressait à ça. Moi je le faisais par amour, pas pour devenir... quelqu’un. C’est surtout la couverture médiatique qui a eu un gros impact sur notre sport. »

Un athlète d’exception

Brassard n’en revient pas aujourd’hui de la tenue de Mikaël Kingsbury qui a encore épaté la galerie en remportant samedi l’épreuve des bosses de la Coupe du monde de ski acrobatique à Mont-Tremblant.

« Son parcours est exceptionnel, répond Brassard. Je sais que je ne verrai plus ça de ma vie, tous sports confondus, au Québec du moins. Il ne se blesse jamais et son désir de vaincre est toujours présent. Il est tellement dominant que le monde tient pour acquis qu’il va toujours gagner.

« Ailleurs, on ne le suit pratiquement pas à l’étranger, si ce n’est par l’entremise de la web diffusion. Ce n’est pas pareil. On veut le voir à la télé. Je reviens toujours à l’exemple du Mini Putt. Oui, c’est plate, mais tu mets un Serge Vleminckx à l’animation, ça devient rien de moins que... hallucinant. » 


Aujourd’hui âgé de 47 ans, Brassard a été recruté par le ministère de l’Éducation du Québec pour prononcer des conférences dans les écoles et les centres sportifs sur les bons comportements sportifs. « C’est un sujet qui m’interpelle, dit-il. Je dis à tout le monde que je suis un produit de la compétition, mais il faut arrêter de penser qu’on fera des champions du monde à l’âge de dix ans. Les enfants doivent avoir du plaisir avant de penser à la performance. »

On peut également écouter Brassard à l’émission Dessine-moi un dimanche animée par Franco Nuovo sur les ondes d’Ici Première à Radio-Canada. « J’adore faire cette chronique, confie-t-il, où il est question d’aventures et de montagne. »