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La «machine» et l’hypocrisie environnementale

Periode des questions
Photo Simon Clark

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2020 doit être l’année de l’environnement. Le gouvernement Legault déposera un plan de réduction des GES très attendu. Mais avec les horreurs de gestion du ministère responsable étalées cette semaine, il y a de quoi douter des résultats.

Le ministre Benoit Charette a du pain sur la planche. Il doit présenter le plan de consigne élargie pour les contenants en verre et en plastique, puis trouver une solution à l’agonie des centres de tri.

Ensuite, il déposera en deux temps un plan de réduction des gaz à effet de serre. Cet hiver, une stratégie avec des cibles globales identifiera les secteurs d’activité à électrifier. Puis, selon nos informations, un plan de mise en œuvre avec des mesures précises viendra seulement l’automne prochain.

L’objectif de diminuer les GES de 20 % sous la barre de 1990 pour 2020 a été complètement raté, les statistiques les plus récentes faisant état d’une baisse de 8,7 %. Dans dix ans, l’objectif est d’atteindre une diminution de 37,5 % !

La classe politique peut tenir de beaux discours, le ministère de l’Environnement s’est comporté comme un cancre dans les dernières années.

Et ce, malgré le Fonds vert, financé en grande partie par les automobilistes, qui devait servir de levier extraordinaire pour financer des mesures efficaces de réduction de GES.

Résistance et incompétence

Après que tous les ministères eurent pigé dans la cagnotte pour des initiatives farfelues, le Conseil de gestion mis en place par le précédent gouvernement libéral pour faire le ménage s’est buté à la fois à la résistance et à l’incompétence du ministère.

Sa patronne, Sylvie Chagnon, a révélé en commission parlementaire que les sclérosés de l’Environnement avaient mis huit mois avant de lui envoyer le personnel requis pour constituer le « chien de garde » du Fonds vert.

Les bonzes du ministère l’ont ensuite tenue dans la noirceur en refusant de lui transmettre les données financières du Fonds.

C’est tellement un non-sens que c’en est tragicomique. L’entité créée pour surveiller le fonds n’avait aucune idée des entrées et des sorties d’argent, alors qu’elle devait instaurer « rigueur, transparence et reddition de comptes » !

Devant les élus, la pauvre se questionnait mardi sur l’utilisation de surplus du fonds de 1,5 milliard $ « dormant quelque part dans les coffres du gouvernement », alors que le ministre Benoit Charette a rétorqué que ces montants avaient été réalloués à des mesures plus efficaces, dans le cadre du dernier budget.

Pas d’états financiers

Il faudra attendre pour en avoir la preuve, puisque les états financiers du Fonds n’ont pu être audités par le vérificateur général depuis 2017 !

À deux reprises, dont pas plus tard qu’en décembre dernier, les représentants du VG ont dû retourner les fonctionnaires de l’Environnement à leurs devoirs parce qu’ils avaient fourni des chiffres truffés d’erreurs.

Et personne ne peut expliquer pourquoi une somme de 75 millions $ a été soustraite du Fonds au fil des ans pour des « frais d’administration ».

À l’Environnement, plusieurs préféraient « le maintien du statu quo », comme l’a souligné la PDG du conseil, Sylvie Chagnon. Mais en plus, les autres ministères qui profitaient des sommes entassées dans le fonds se sont comportés de façon à briser ce qui pouvait nous rester d’illusion sur l’importance accordée à cet enjeu.

Lors d’une tournée qu’elle a effectuée à l’été 2018, plusieurs lui ont dit qu’ils préféraient modifier l’objectif de réduction de GES qu’ils s’étaient fixé, parce qu’ils étaient loin du compte. Donc, cacher la vérité, plutôt que s’améliorer.

« On m’a dit, on comprend, Sylvie, mais tu n’es pas notre priorité. »

Voilà comment on traite la question de l’environnement dans la « machine gouvernementale », derrière des portes closes.

Avec son projet de loi déposé l’automne dernier, le ministre Benoit Charette abolira le Conseil de gestion du Fonds et prendra seul les commandes. En plus des multiples autres défis qui l’attendent, il devra effectuer tout un redressement pour que le Fonds vert gagne ses lettres de noblesse.

En attendant, devant l’étalage de ce gâchis, je me suis senti « scandalisé », comme le député péquiste Sylvain Gaudreault. Dégoûté, à juste raison, l’élu a déploré qu’on « brise la confiance » des Québécois, essentielle dans la poursuite des efforts de lutte aux changements climatiques.