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Un dernier tour de piste pour Michel Barrette

Un dernier tour de piste pour Michel Barrette
photo courtoisie leconsulat.ca, Jocelyn Michel

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Après quatre décennies d’une carrière qui n’a connu aucun essoufflement, Michel Barrette veut partir au sommet. «Je ne veux pas rater ma sortie», confie l’humoriste, qui entame la dernière tournée de sa carrière.  

Le Journal a rencontré Michel Barrette là où il se plaît à recevoir les journalistes : chez lui, à son hôtel Les Trois Tilleuls, à Saint-Marc-sur-Richelieu. Le prétexte? Jaser de son 12e one-man-show, L’humour de ma vie, qui sera le dernier.   

À 62 ans, le verbomoteur a un goût insatiable de raconter qui l’habite encore plus que jamais. Pourquoi, alors, tirer sa révérence?   

«Je ne veux pas étirer la sauce, confie-t-il, convaincu. Ce n’est pas vrai qu’à 70 ans, je vais être encore sur scène. Et il n’y a pas beaucoup de gens qui vont pouvoir se vanter d’avoir passé 40 ans sur scène, en continu.»  

«Je ne me suis pas dit : je suis vieux, il faut que je m’en aille. Mais quand j’ai commencé, la nouvelle génération d’humoristes n’était pas née. Ils ont la moitié de mon âge. C’est grave, là!»  

Une carrière sans faille  

Michel Barrette aborde cette dernière étape sans la moindre tristesse. Sa réflexion est mûrie et pleinement assumée. Il s’accorde, avec raison, «le droit d’arrêter».    

«Il n’y a rien que j’aurais voulu faire et que je n’ai pas fait», dit-il, reconnaissant.  

Au terme de sa tournée, dans trois ans, il sera âgé de 66 ans et cumulera 40 ans de carrière. Lorsqu’on parcourt sa feuille de route, le constat est frappant : il n’a jamais connu de creux.   

En plus des tournées, Michel Barrette a entretenu en parallèle une carrière de 15 ans à la radio, a tourné dans 16 films et a eu des projets marquants à la télé comme Km/h, Pour le plaisir et Viens-tu faire un tour.  

«J’ai beaucoup, beaucoup travaillé, révèle-t-il. Il y a des périodes où je disais oui à tout. C’est presque trois carrières en une».  

Le meilleur  

Revenons à la scène. Parmi ses 12 one-man-shows, qui ont tous fonctionné, dit-il, Michel Barrette n’hésite aucunement à dire que L’humour de ma vie, auquel il réfléchit même la nuit, est son meilleur spectacle. Et cela, pour deux raisons.   

«Premièrement, parce que ça fait longtemps que je fais ça et que je connais bien mon métier. Deuxièmement, c’est que je ne veux pas manquer ma sortie. Les gens ont toujours ri, mais cette fois-ci, je veux qu’ils rient encore plus. Mon meilleur tour de piste, la dernière course que je vais faire, ce sera non seulement un podium, mais le tour le plus rapide. Ce serait drôle à 66 ans que je gagne le show d’humour de l’année», espère à haute voix celui qui n’a jamais gagné d’Olivier.  

«La plus belle affaire qui pourrait m’arriver avec ce show-là, c’est qu’on ne sente pas que je suis un homme en fin de carrière», laisse-t-il tomber après réflexion.  

Une relève de conteurs   

Avec modestie, Michel Barrette s’avoue presque complexé par la jeune génération de conteurs. Il se réjouit de voir éclore des humo-ristes comme Simon Leblanc, entre autres. Parce que pour lui, raconter, c’est faire son devoir de mémoire.  

«J’ai fait un show en Abitibi l’année passée, dit-il. Simon Leblanc faisait ma première partie et après, je ne voulais plus monter sur scène tellement il a été solide. Je suis content de voir qu’il y a de la relève pour moi ou Jean-Marc Parent, des gens qui vivent quelque chose, qui montent sur scène et qui nous le racontent. Je trouve ça formidable.»  

Que dirait-il aux jeunes humoristes? «Je sens de plus en plus de censure et j’haïs ben ça. Je leur souhaite de survivre là-dedans. Je souhaite à tous les humoristes actuels d’être encore là dans quarante ans pour se dire : non seulement j’ai été drôle, mais je suis encore là. Ma plus grande fierté, à moi, c’est ça.»  

Le dernier soir  

Beaucoup de salles de ce dernier tour de piste officiel affichent déjà complet. Mais Michel Barrette ne le cache pas, s’il lui prend une envie soudaine de raconter des histoires un soir, il a sa propre salle de spectacles à l’hôtel...  

 «Le dernier soir de la tournée, je vais brailler ma vie.»  

Michel Barrette sera en spectacle à Québec, le 29 janvier, ainsi qu’à Montréal, le 6 février. Pour toutes les dates, visitez michelbarrette.ca.   

Des sujets jamais abordés  

Pour son dernier tour de piste, Michel Barrette s’est entouré de collaborateurs qu’il connaît bien, comme Jeff Boudreault à la mise en scène, Dominic Sillon et Louis-Philippe Rivard à l’écriture, et Luc Senay à la direction artistique.   

Il confie qu’il abordera des sujets pour la première fois, comme les transgenres et le port du voile. «J’ai quelqu’un dans ma famille qui porte le voile, dit-il. Mais je me suis dit : comment je fais pour aborder ça? Je ne suis pas Guy Nantel. On n’est pas habitué à me voir parler de ça, et ce n’est pas le temps, au dernier show, de changer mon image pour que les gens se disent : “Voyons, qu’est-ce qu’il fait là ?”. Ma manière à moi de réagir à ces sujets-là, c’est de réagir comme un gars de mon âge, c’est-à-dire comme un dinosaure de 62 ans!»  

Michel Barrette, dessinateur et aquarelliste  

Ce n’est pas parce que Michel Barrette arrête de faire de la tournée que l’heure de la retraite a sonné. L’humoriste, qui possède des talents insoupçonnés de bédéiste et de peintre, a des projets plein la tête. S’il ne monte plus sur scène soir après soir, il continuera de raconter, mais autrement.  

Lorsque Le Journal lui a rendu visite pour un long et fascinant entretien de deux heures, le collectionneur chevronné nous a emmenés faire un tour dans sa «grotte» secrète, là où les nombreux objets historiques continuent de s’accumuler.  

Ce qui est beau chez Michel Barrette, c’est que même s’il semble avoir tout fait, il rêve encore, le regard allumé et la tête pleine idées.  

Il nous a montré avec fierté les aquarelles qu’il peint et les bandes dessinées qu’il a créées à l’âge de 11 ans, qui racontent, sans surprise, l’histoire d’un pilote automobile. Rarement le conteur a levé le voile sur ses autres talents.   

«Là, j’ai créé un personnage qui s’appelle Lucien, qui se prononce sur l’actualité. Je me suis amusé à faire des trois cases. J’aimerais ça, un jour, me retrouver dans un quotidien», souhaite-t-il.  

Série, film, musée...  

Michel Barrette espère aussi, dans un avenir rapproché, créer une série télévisée qui mettrait en scène les histoires qu’il raconte en spectacle. Il parle aussi depuis des années de faire un film avec son grand ami, l’humoriste français Michel Boujenah.  

«Je vais finir par y croire, que ça se pourrait. Là, je vais avoir le temps de faire tout ça. Ce sera une retraite où je n’aurai pas de deadline, pas de
pression.»  

Sinon, il continue de parcourir les ventes aux enchères pour enrichir sa collection de milliers d’objets liés entre autres à la musique, au cinéma et à la politique américaine, et dont une infime partie forme le musée qui se trouve aux Trois Tilleuls.  

Dans son bureau, il nous a raconté en détail et comme si c’était la première fois, toute l’histoire des objets qui ont appartenu à James Dean, Johnny Hallyday, Maurice Duplessis, Elvis et même Sharon Tate, actrice assassinée par Charles Manson.  

Quand on demande à Michel Barrette quel est le dernier objet dont il s’est porté acquéreur, il se lève après une courte réflexion et lance un maillot de bain pour homme qui traîne sur le dessus de son classeur. «Tiens, prends-le! C’est à Elton John!»