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François Paradis et sa volonté d’aller plus loin

Quebec
Photo Stevens LeBlanc « J’ai appris une chose dans la vie : se chicaner, ça gruge de l’énergie, et ça ne nous avance pas beaucoup […]. Alors dans le meilleur des mondes, tu évites ça », constate François Paradis, photographié à l’Assemblée nationale le 16 janvier.

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Les liens de proximité avec les gens ont toujours constitué l’essence même de la vie de François Paradis, que ce soit au fil de sa carrière d’animateur, ou plus récemment à titre de député et président de l’Assemblée nationale du Québec.  

« Ce qui me porte, c’est ça », confie le député de Lévis, qui nous accueille dans son grand bureau à l’hôtel du Parlement, un endroit chaleureux, à son image.    

François Paradis y a réservé un espace pour regrouper des photos de gens qu’il aime et de beaux moments qu’il a vécus. Sa conjointe, Brigitte, qui est devenue son épouse tout récemment lors d’une cérémonie privée, et son fils William trônent au centre de ces précieux souvenirs.  

En face, une immense armoire ancienne accueille des cadeaux diplomatiques reçus lors de visites de fonctions ailleurs au pays et dans le monde.  

L’ouverture à d’autres cultures a toujours été importante pour François Paradis. Les fonctions qu’il occupe depuis novembre 2018 représentent pour lui une opportunité de le faire d’une autre façon.  

Quand l’opportunité s’est présentée à une élection partielle dans Lévis, François Paradis terminait ses traitements contre un cancer. Il s’est dit que c’était sa chance de faire avancer des sujets qui lui tiennent à cœur, mais cette fois en politique.  L’ex-animateur s’est récemment livré en entrevue à notre chroniqueuse Karine Gagnon (photo).
Photo Stevens LeBlanc
Quand l’opportunité s’est présentée à une élection partielle dans Lévis, François Paradis terminait ses traitements contre un cancer. Il s’est dit que c’était sa chance de faire avancer des sujets qui lui tiennent à cœur, mais cette fois en politique.  L’ex-animateur s’est récemment livré en entrevue à notre chroniqueuse Karine Gagnon (photo).

« Non, ce n’était pas prévu », dit-il au sujet de sa seconde carrière en politique. « C’est un chemin, je suis là maintenant, très fier d’y être, avec des défis et des objectifs, tout ce que ça suppose comme travail d’adaptation et d’apprentissage. »  

Quand il sort, soit pour des raisons personnelles ou pour participer à des activités professionnelles, l’ex-animateur est toujours heureux de pouvoir jaser avec les gens. Les échanges sont toujours sympathiques, toujours souriants. Il aime raconter des anecdotes, et écouter celles des autres.  

« Je trouve que c’est une belle continuité, bien humblement, de pouvoir continuer à garder cette proximité avec les gens », dit-il.  

Doué pour le chant   

François Paradis estime être un heureux mélange de ses deux parents. D’un côté, il tient de son père poète, qui était très cérébral, et de l’autre, de sa mère créative et boute-en-train.  

Tous deux lui ont appris, chacun à sa façon, à bien saisir l’autre, à savoir quand parler et quand garder le silence. « Des fois, il y a des moments de silence qui parlent plus que des moments où on tente de trouver le mot qu’on devrait mettre à sa place. »  

Né à Sorel, il a grandi à Trois-Rivières, dans un environnement très artistique. Il est le deuxième de trois enfants, « la rose entre deux épines », lance-t-il pour taquiner ses deux sœurs.  

Il se souviendra toujours de la fameuse tradition qu’avait instaurée leur père, à Noël. Celui-ci avait l’habitude de leur lire des bouts de conte, tirés des Trois messes basses d’Alphonse Daudet. Le curé s’y empressait de terminer ses messes pour pouvoir aller s’empiffrer. Leur père souhaitait ainsi les amener à réfléchir sur les valeurs.  

Petit, il a beaucoup chanté, pour le plaisir. Il a d’ailleurs fait sa première apparition à la télévision vers l’âge de huit ans, en chantant de l’opéra aux Beaux Dimanches.  

Après la fin du primaire, des obligations professionnelles transportent la famille à Québec. « J’ai été amené à aller travailler un peu partout [...], à Montréal, à Sherbrooke et ailleurs, mais la base était à Québec. »  

À 18 ans, François Paradis décroche son premier emploi à la radio, à CJRP Radiomutuel. Il en profite pour terminer ses études en sciences politiques et journalisme, ce qui le mène à la télévision « dans ce qu’était MATV avant », glisse-t-il.  

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

Il enchaîne ensuite pendant 35 ans, sans aucun arrêt, les postes d’animation à la télévision. Il a notamment animé TVA en direct.com pendant près d’une décennie. Il a aimé parler avec les gens, tenter de trouver des solutions à des problèmes, obtenir des confidences qui lui donnent encore des frissons.    

Des gens lui disent qu’ils l’écoutent encore, tant sa présence à la télé faisait partie des habitudes. Cette manière de communiquer pourrait d’ailleurs lui manquer. Toutefois, il estime la vivre aussi à travers ses fonctions parlementaires et de président, où elle amène aussi quelque chose d’important.  

Son héritage familial n’est sans doute pas étranger au fait qu’il a tendance à se questionner beaucoup et à se remettre souvent en question.  

« Homme d’arguments »  

La joute parlementaire peut parfois donner lieu à certains dérapages, qu’il se doit de gérer à titre de président de l’Assemblée. Il admet avoir été ébranlé à quelques reprises, entre autres lorsque son autorité a été contestée, avant les Fêtes.  

Peu enclin à la controverse ou à la confrontation, il se décrit plutôt comme « un homme d’arguments » qui n’hésite pas à remettre en question les façons de faire et à prendre du recul lorsqu’il le faut.  

« Je pense qu’on peut passer des idées sur des arguments solides », dit celui dont le rôle neutre de président consiste à faire en sorte que la liberté d’expression de tous les députés soit respectée, peu importe le parti.  

« Je suis un perfectionniste. Il arrive que Brigitte doive me dire : “Arrête de jongler, tu peux te donner un espace pour toi”. Mais j’ai cette tendance à réfléchir, à voir plus loin, à tenter de deviner ce qui va se passer. »  

Perdre la voix  

L’épreuve du cancer, qui s’est invitée dans sa vie en 2013, l’a par ailleurs poussé à revoir ses perspectives. Il ne pourra jamais oublier cet instant où un médecin lui a appris qu’il souffrait d’un cancer des cordes vocales.  

Sa voix, c’était son outil de travail. Ça l’est encore aujourd’hui. Pendant longtemps, il a cherché des explications à cette situation, avant de réaliser qu’il ne pourrait jamais trouver.  

Certes, il avait côtoyé le cancer, en s’impliquant pour Opération Enfant Soleil. Il avait noué des contacts privilégiés avec des enfants courageux, dont certains disparus, qui l’ont profondément touché et qu’il n’oubliera jamais. Mais il n’était pas préparé à devoir faire face à la maladie lui-même.  

Sous le choc, il s’est soumis à des traitements de radiothérapie, et a vécu la maladie en secret. Seuls quelques proches savaient. Il a même continué à travailler pendant un bout.  

La pire période s’est avérée quelques semaines après les traitements. Une nuit, il a constaté qu’il avait complètement perdu la voix. « Je me suis dit : “ça y est, c’est fini, je fais quoi maintenant ?” »  

Comme des milliers d’autres personnes au Québec chaque année, François Paradis a vécu l’épreuve du cancer. Il a eu la chance d’être bien entouré, et s’est donné le droit de pleurer et de se questionner, ce dont il a témoigné dans un livre.  On le voit en septembre 2014 lors du lancement de cet ouvrage.
Photo JEAN-FRANCOIS DESGAGNES
Comme des milliers d’autres personnes au Québec chaque année, François Paradis a vécu l’épreuve du cancer. Il a eu la chance d’être bien entouré, et s’est donné le droit de pleurer et de se questionner, ce dont il a témoigné dans un livre.  On le voit en septembre 2014 lors du lancement de cet ouvrage.

Incapable de parler ni de manger pendant une période, il a couché ses réflexions sur papier, dans le livre Ma job ou ma vie, paru en 2014. Dans cette « zone de fragilité », ses proches lui ont apporté un soutien inestimable qui lui donne encore le trémolo à son évocation.  

Cinq ans plus tard, il est considéré en rémission, mais le sujet demeure avec raison très émotif. Sa voix, quant à elle, demeure plus fragile. Elle peut casser lorsqu’il est fatigué ou après une journée chargée.  

Vivre le moment présent  

François Paradis a néanmoins appris à vivre avec cette vulnérabilité, cette crainte qui reste après l’épreuve. Encore ici, il rappelle l’importance de la proximité avec les gens qui nous entourent, de près ou de loin.  

Puis, chaque jour, M. Paradis prend le temps de s’arrêter pour réfléchir à un moment positif dans sa journée. Il prend aussi soin de vivre le moment présent. Il lui arrive, le soir, de placer sur pause une émission que sa conjointe et lui sont en train d’écouter.  

« Je prends juste quelques secondes pour réaliser où on est, ce qu’on fait [...] Je pense qu’on doit se nourrir de ça. La vie nous demande beaucoup, c’est un monde de performance où tout va vite, et c’est correct, mais chacun décide de la vitesse où ça se passe. »  

Quand l’opportunité s’est présentée pour lui en politique, lors d’une élection partielle dans Lévis, François Paradis aurait pu reculer. C’est sa volonté de continuer et d’aller plus loin, mais pas dans un chemin facile, qui l’a convaincu de se lancer, analyse-t-il. Un choix qu’il est bien loin de regretter.  

En rafale  

Un vrai « gamer »   

François Paradis le dit avec fierté, il est un véritable passionné de nouvelles technologies et de jeux vidéo. « Je suis un vrai “gamer”, j’adore ça », lance-t-il avec excitation, avant de se lancer dans une discussion sur les nouveautés et ses jeux préférés avec un caméraman avec qui il a déjà eu l’occasion de jouer dans le passé. Le député n’en est pas moins conscient pour autant de l’importance de continuer à communiquer entre êtres humains. « C’est un peu le drame, c’est de savoir comment se servir des nouvelles technologies dont on ne peut se passer, mais sans briser cette relation privilégiée d’une communication étroite. » Ainsi, ajoute-t-il, les nouvelles technologies qui permettent de régler des dossiers en 140 caractères, ça ne fonctionne pas. « Tu ne vivras jamais le sentiment, la déception [...] si tu n’établis pas ce contact. » Il demeure toutefois optimiste et croit qu’on assistera au retour du balancier.  

Beauté des voyages  

Son travail de président de l’Assemblée nationale amène aussi François Paradis à voyager à l’étranger pour y rencontrer d’autres présidents parlementaires. Il s’agit pour lui d’une autre façon de s’ouvrir à de nouvelles cultures, bien que ces voyages ne représentent pas l’occasion de visiter ces destinations. Les horaires sont en effet très chargés, mais c’est tout de même l’occasion de rencontrer des figures politiques marquantes et d’échanger plus en profondeur sur les différents systèmes démocratiques.  

Quoi qu’il en soit, l’ex-animateur a toujours adoré voyager dans sa vie personnelle. Il s’est fait un devoir d’initier son fils aux voyages. Il lui a toujours conseillé de prendre le temps de s’asseoir et d’observer pendant quelques heures, lorsqu’il arrive dans une nouvelle ville.