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[PHOTOS] Voici 10 hôpitaux oubliés de Québec

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La ville de Québec possède un bon réseau d'hôpitaux, dont plusieurs sont patrimoniaux. Pensons à l'Hôtel-Dieu (1639), le plus ancien hôpital au nord du Mexique, et à l'Hôpital général (1692).   

On retrouve également les hôpitaux Jeffery Hale, Saint-Sacrement, Enfant-Jésus et Saint-François d'Assise, pour ne mentionner que ceux-là.    

Au fil du temps, il y a également eu dans la capitale plusieurs autres hôpitaux, souvent privés, dont la présence a été éphémère. Plusieurs devaient leur existence à la présence militaire, ainsi qu'à celle du port et de l'immigration. Voici donc 10 de ces hôpitaux aujourd'hui disparus.   

1) L'Hôpital de la Garnison   

L'hôpital militaire de Québec vers 1925, BAnQ, collection initiale, Edgar Gariépy.
L'hôpital militaire de Québec vers 1925, BAnQ, collection initiale, Edgar Gariépy.

Dans les années 1810, l'Administration militaire britannique acquiert un terrain situé entre les rues Saint-Louis et Sainte-Geneviève, au pied du Cavalier-du-Moulin. On y construit un hôpital militaire, l'Hôpital de la Garnison, également connu sous l'appellation d'Hôpital Saint-Louis.    

Selon les années, il peut accueillir entre 150 et 350 hommes. Il est particulièrement occupé au cours des épisodes d'épidémie de choléra de 1832 et de 1834.    

À la suite de l'incendie du palais de justice de la rue Saint-Louis survenu en 1873, cet hôpital accueille temporairement le tribunal.    

Dans les années 1890, on en fait le quartier des soldats mariés de la garnison.    

En 1940, un incendie réduit l'édifice en cendres. On le désignait alors comme «les vieilles casernes».    

Tout au long de son histoire, il aura eu plusieurs dépendances comme un corps de garde, une cuisine, un entrepôt à paille, des latrines, une morgue et une fosse à cendres.    

Aujourd'hui, il ne demeure que des vestiges protégés sous une dalle de béton de l'ancien édifice des poids et mesures qui a été démoli il y a quelques années à peine.   

2) Le Dispensaire   

Le docteur Anthony von Iffland vers 1870, BAnQ, Fonds J. E. Livernois ltée.
Le docteur Anthony von Iffland vers 1870, BAnQ, Fonds J. E. Livernois ltée.

À Québec, au début du XIXe siècle, les malades peuvent compter sur l'Hôtel-Dieu pour offrir des services médicaux. Cependant, cet hôpital ne peut recevoir qu'une vingtaine de malades à la fois.    

Quant à l'Hôpital général, on y accueille surtout des indigents, des vieillards et des aliénés.    

C'est dans ce contexte qu'en septembre 1818, les docteurs Anthony von Iffland, Charles N. Perreault, Pierre de Salles Laterrière et Augustin Mercier organisent une collecte de fonds publics pour créer un dispensaire, sur le modèle de ceux qu'on retrouvait alors en Angleterre. La particularité de cette institution est que non seulement on y soignait les malades, mais on y enseignait également la médecine. Ce sera la première école de médecine au pays.    

À Montréal, la première école d'enseignement médical verra le jour en 1822 au Montreal General Hospital.    

L'existence du Dispensaire de Québec sera éphémère puisqu'il devra fermer ses portes dès janvier 1820, faute de fonds. Les médecins n'avaient pu amasser que 100 livres; la Chambre d'assemblée leur avait refusé toute aide financière. Le Dispensaire était situé dans la côte de la Fabrique.   

3) L'Hôpital des Émigrants   

Hôpital des Émigrants, carte de Québec, 1835, BAnQ, Alfred Hawkins, détail.
Hôpital des Émigrants, carte de Québec, 1835, BAnQ, Alfred Hawkins, détail.

Il y a déjà eu un hôpital sur la rue D’Aiguillon, dans le faubourg Saint-Jean. Il s’agissait de l’Hôpital des Émigrants ou encore The Hospital for Reception of Sick Emigrants. Il était situé du côté sud de la rue, entre les rues Sainte-Marie et Sainte-Claire, à l’est de l’église actuelle Saint-Jean-Baptiste.    

Ouvert en 1820, il était quasiment l’antithèse d’un hôpital. En effet, il s’agissait d’un bâtiment de bois construit à la hâte, son système d’égout était sommaire et sa salubrité était déficiente.    

Dans une annexe, on y pratiquait des autopsies et des dissections. Les voisins se plaignaient des odeurs nauséabondes qui émanaient de l’institution. Il ne survivra heureusement pas longtemps.    

Il est fermé en 1834 lors de l’ouverture de l’Hôpital de la Marine. Dès lors, on y accueille des familles dans le besoin.    

Finalement, le 4 mars 1837, il est complètement détruit par un incendie qui dure à peine une heure. Il ne demeure aucune trace tangible de cet hôpital.   

4) L'Hôpital Près-de-Ville   

Le choléra à Québec en 1832, huile sur toile de Joseph Légaré, Musée des beaux-arts du Canada, no 7157.
Le choléra à Québec en 1832, huile sur toile de Joseph Légaré, Musée des beaux-arts du Canada, no 7157.

Près-de-Ville était un secteur de la ville situé en bordure du fleuve Saint-Laurent, immédiatement au nord du Cap-Blanc.    

Lors de l'épidémie de choléra de 1832, tous les hôpitaux de la ville sont débordés. C'est ainsi que le 15 juin de cette année-là, on ouvre un hôpital temporaire à Près-de-Ville. On en confie le fonctionnement aux docteurs Anthony Von Iffland et Edmund Bailey O'Callaghan.    

Cette infrastructure d'urgence aurait été localisée dans une brasserie.    

Pour tenter de neutraliser l'épidémie, on inhumait les morts dès leur décès, et ce, sans cérémonie.    

Un terrain vacant voisin de l'hôpital de fortune faisait office de cimetière.    

L'Hôpital Près-de-Ville et son petit cimetière seront utilisés de nouveau lors des épidémies de 1834, 1849, 1851, 1852 et 1854.   

5) L'Hôpital de la Marine   

Carte postale de l’Hôpital de la Marine vers 1870, archives de la Ville de Québec.
Carte postale de l’Hôpital de la Marine vers 1870, archives de la Ville de Québec.

Au XIXe siècle, le port de Québec est l’un des plus importants au monde. Chaque année, des milliers d’immigrants y transitent.    

C’est pourquoi, en 1831, une loi est votée pour doter la capitale d’un hôpital de la marine. La deuxième épidémie de choléra de 1834 accélérera son ouverture.    

L’institution était située dans le quartier Saint-Roch, en bordure de la rivière Saint-Charles, où l'on retrouvait encore récemment l’Agence du revenu du Canada sur la rue de la Pointe-aux-Lièvres. Son élévation principale faisait face à la ville.    

L’Hôpital de la Marine sera en service jusqu’en 1889.    

En 1857, il était devenu un hôpital universitaire affilié à l’Université Laval.    

En 1890, les sœurs du Bon-Pasteur se porteront acquéresses de l’établissement pour en faire un asile pour jeunes filles, puis un orphelinat, l’hospice Saint-Charles.    

À compter de 1945, il deviendra un hôpital militaire puis un hôpital d’anciens combattants. L’édifice est finalement détruit par les flammes en 1962.   

6) L'hôpital Saint-Luc   

Hôpital Saint-Luc vers 1930, Livernois, BAnQ, Fonds l'Action catholique.
Hôpital Saint-Luc vers 1930, Livernois, BAnQ, Fonds l'Action catholique.

En 1909, les docteurs Achille et Albert Paquet, W. Beaupré et J. Alexandre Edge font l'acquisition de l'ancien édifice des Chevaliers de Colomb situé au 32 de la rue Sainte-Ursule dans le Vieux-Québec. Ils en font l'hôpital Saint-Luc.    

Il s'agissait d'une institution privée où n'importe quel médecin pouvait traiter ses patients, peu importe sa nationalité ou sa religion.    

Les docteurs Achille Paquet, Albert Paquet et Paul Poliquin, ainsi que les infirmières Isabella Wilson et Maria Beaumier-Paquet feront fonctionner ce petit établissement jusqu'en 1956. Il est alors vendu à la communauté religieuse des Oblats de Marie-Immaculée.    

En 1959, le docteur Noël Carter l'achète pour en faire un hôpital pour enfants handicapés, l'institut Saint-André. Il accueillera une cinquantaine d'enfants.    

Aussitôt, le docteur Carter le déménage à Loretteville, dans des locaux plus spacieux.    

En 1960, l'ancien hôpital Saint-Luc est transformé en immeuble à appartements, les Appartements Verchères.   

Aujourd'hui, l'édifice a conservé le même numéro civique ainsi que sa façade. On y retrouve toujours des appartements.   

7) L'Hôpital des enfants de la Grande Allée   

La Grande Allée vers 1880. Bandon Lodge est la quatrième maison sur la droite, sur la tour ronde où flotte un drapeau. BAnQ, Fonds Fred C. Würtele.
La Grande Allée vers 1880. Bandon Lodge est la quatrième maison sur la droite, sur la tour ronde où flotte un drapeau. BAnQ, Fonds Fred C. Würtele.

À l'endroit où l'on retrouve aujourd'hui le complexe administratif H, familièrement appelé le «bunker», s'élevaient autrefois de belles résidences victoriennes. Parmi celles-ci se trouvait Bandon Lodge.    

En 1922, la docteure Irma Levasseur, le pédiatre René Fortier et l’orthopédiste J. Édouard Samson s’associent pour fonder un hôpital destiné à accueillir les enfants pauvres et malades.    

En décembre 1922, Irma Levasseur acquiert Bandon Lodge pour y installer la nouvelle institution pédiatrique. Dès janvier 1923, un premier malade y est admis. Au mois de juin suivant, les sœurs dominicaines de l'Enfant-Jésus deviennent les auxiliaires de l'hôpital et en assureront le fonctionnement sous la supervision des trois médecins. Il sera désormais appelé l'Hôpital de l'Enfant-Jésus.    

Dès octobre 1923, il déménage sur le côté nord de la rue Saint-Vallier, entre les rues Marie de l’Incarnation et Verdun.    

Enfin, en mars 1927, on le retrouve dans l'ancien juvénat des Frères des Écoles chrétiennes situé sur le chemin de la Canardière où il se trouve toujours aujourd’hui.   

8) L'Hôpital Civique   

L’Hôpital Civique de Québec après 1915, archives de la Ville de Québec.
L’Hôpital Civique de Québec après 1915, archives de la Ville de Québec.

À plusieurs reprises au XIXe siècle, les citoyens de Québec réclament aux autorités municipales un hôpital civique qui accueillerait les malades contagieux.    

En 1891, la Ville de Québec ouvre sur la rue des Prairies, dans le quartier du Palais, un petit hôpital civique pour accueillir les malades contagieux. Cet hôpital reçoit des cas de variole, de scarlatine et de diphtérie.    

Au début des années 1910, les pressions se font insistantes pour que la Ville de Québec construise un hôpital civique moderne.    

En 1913, le maire, Napoléon Drouin, conclut une entente avec les Sœurs de la charité de l’Hôpital Saint-Michel-Archange pour qu’elles prennent en charge l’administration du nouvel Hôpital Civique, qui sera construit sur le chemin de la Canardière [...] au coût de 100 000$, selon les plans de l’architecte Léon Pinsonneault [...]. Il est inauguré le 30 septembre 1915. Il est situé sur un site «avec une heureuse exposition au soleil et au grand air, loin du bruit et de la poussière, dans un endroit charmant». (Texte tiré du livre Limoilou, un quartier effervescent de Réjean Lemoine, publié aux Éditions GID en 2014, p. 148)   

9) L'Hôpital militaire des plaines   

L'Édifice Casault, Le Soleil, 21 septembre 1967.
L'Édifice Casault, Le Soleil, 21 septembre 1967.

En 1940, l'hôpital militaire de la rue Saint-Louis est détruit par un incendie. C'est à ce moment que le ministère de la Défense nationale fait construire une quarantaine de bâtiments sur les Cove Fields, à l'endroit où se trouve de nos jours la scène principale du Festival d'été de Québec sur les plaines d'Abraham.    

Ces bâtiments sont destinés à accueillir un camp d'internement pour des prisonniers allemands. On y construit également un nouvel hôpital militaire, le Quebec Military Hospital. Il comptait 75 lits.    

Au milieu des années 1960, il est fermé au profit de l'Hôpital des Anciens Combattants situé à Sainte-Foy, aujourd'hui le CHUL.    

En 1967, l'ancien hôpital des Cove Fields est reconverti pour accueillir le quartier général de la Milice du Québec anciennement situé au parc de l'Artillerie. Ce service militaire comptait 6000 miliciens et 25 000 cadets.    

Le bâtiment est renommé Édifice Casault en souvenir du commandant Louis-Adolphe Casault, chef d’état-major adjoint de la milice canadienne de 1868 à 1876.    

C'est vraisemblablement à la fin des années 1970 que l'Édifice Casault aurait été démoli.   

10) L'Hôpital Saint-Joseph de Bellevue   

L'ancien Hôpital Saint-Joseph de Bellevue du chemin Sainte-Foy en 2019, Google Street View.
L'ancien Hôpital Saint-Joseph de Bellevue du chemin Sainte-Foy en 2019, Google Street View.

En 1943, les docteurs Antoine Couture, Norbert Bourgault et Fabien Gagnon achètent l'ancien domaine Bellevue, propriété de Jimmy Valentine. Il est situé immédiatement à l'est du parc des Braves sur le chemin Sainte-Foy.    

Le nouvel Hôpital Saint-Joseph de Bellevue comporte tous les services et toutes les installations des hôpitaux publics. Il est agrandi en 1945 et en 1948, alors que les sœurs de Saint-Joseph de Saint-Vallier en prennent possession et en assurent la direction.    

En même temps, elles acquièrent la maison voisine. Elles en font le pavillon Sainte-Marie où sera logé le personnel religieux et laïc.    

L'hôpital servira presque exclusivement de maternité. En 1961, l'institution devient publique, mais elle est forcée de fermer ses portes en 1971 pour répondre aux normes du ministère des Affaires sociales.    

Aujourd'hui, l'édifice existe toujours. Il a déjà abrité l'ancien Club Kinsmen.   

Un texte de Jean-François Caron, historien   

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Pour plus d'information, consulter: Guide des archives hospitalières de la région de Québec 1639-1970, BAnQ, ressource en ligne à: https://www.banq.qc.ca/ressources_en_ligne/intruments_rech_archivistique/hopitaux/